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Coronavirus : Taïwan, Allemagne... les femmes dirigeantes gèrent-elles mieux la crise ?

DÉCRYPTAGE - Taïwan, Allemagne, Finlande, Nouvelle-Zélande... Chacun de ces pays est érigé en modèle dans la lutte contre la propagation du Covid-19. Et ils ont un point commun : ils sont dirigés par des femmes.

Tsai Ing-wen (Taïwan), Jacinda Ardern (Nouvelle-Zélande) et Angela Merkel (Allemagne) sont citées en exemple dans la gestion de la crise sanitaire du coronavirus.
Tsai Ing-wen (Taïwan), Jacinda Ardern (Nouvelle-Zélande) et Angela Merkel (Allemagne) sont citées en exemple dans la gestion de la crise sanitaire du coronavirus. Crédit : AFP
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François Lenglet et Marie Zafimehy

"Quel point commun ont les pays qui gèrent le mieux la crise du coronavirus ? Des femmes à leur tête." C'est le titre d'un article publié dans le prestigieux magazine Forbes le 13 avril dernier. En pleine pandémie de Covid-19, celui-ci fait l'éloge de la politique menée par la Nouvelle-Zélande, l'Allemagne ou encore Taïwan pour lutter contre la propagation du virus et en tire la conclusion suivante : être dirigé par une femme paraît un avantage en situation de crise.

Le magazine américain cite en particulier les exemples de Jacinda Ardern, première ministre de la Nouvelle-Zélande, d'Angela Merkel chancelière allemande, ou encore Tsai Ing-wen, présidente de Taïwan. Qu'elles soient cheffe de gouvernement ou cheffe d'État, celles-ci se sont illustrées par une politique à la fois efficace et transparente depuis les débuts de la pandémie

Pourtant, il est important de ne pas tirer de conclusion hâtive selon François Lenglet. "Ce n'est pas parce que deux phénomènes se produisent ensemble - une femme au pouvoir et une épidémie maîtrisée - qu'ils sont liés par un liens de causalité", explique-t-il dans le hors-série du podcast Lenglet-co dédié au coronavirus. "Concomitance n'est pas conséquence", prévient le journaliste.

L'avantage d'être une île

Première observation - et avantage non-négligeable - la plupart des pays ayant le mieux maîtrisé l'épidémie sont des îles. C'est le cas de Taïwan, de la Nouvelle-Zélande et de l'Islande (dirigée par Katrin Jakobsdottir) qui prévoit aussi de tester toute sa population, soit 300.000 habitants. Être une île fournit des "frontières naturelles qui sont plus faciles à contrôler", explique François Lenglet. 

La première ministre islandaise Katrin Jakobsdottir à Londres le 4 décembre 2019.
La première ministre islandaise Katrin Jakobsdottir à Londres le 4 décembre 2019. Crédit : DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP
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Et le Royaume-Uni ? "Ils ont été moins précautionneux", reconnaît le journaliste. Pendant longtemps, le Premier ministre Boris Johnson - lui même contaminé - a ainsi plaidé la stratégie de l'immunité collective. Il s'est ensuite ravisé et a donné des consignes restreignant la circulation de la population - sans toutefois annoncer des mesures strictes de confinement. Aujourd'hui, avec plus de 12.000 décès liés au nouveau coronavirus, le Royaume-Uni est un des pays avec le plus fort taux de mortalité dans le monde.

Préparation et transparence

Si Taïwan a pu réagir rapidement, estime François Lenglet, c'est parce que le pays avait déjà été confronté à une épidémie similaire : celle du SRAS qui avait fait 774 morts dans le monde en 2002-2003. "Le pays avait appris de cette expérience, avait des stocks stratégiques de masques, et puis avait été habitué à cette distanciation sociale", explique le journaliste. 

De plus, l'île a bénéficié de sa proximité avec l'Empire du milieu et dès le début de l'épidémie avait alerté l'OMS, estimant que les chiffres communiqués par la Chine étaient bien moindres que la réalité. "Ça leur a permis, grâce à ces informations d'anticiper beaucoup mieux, conclut-il. Le gouvernement a-t-il sans doute bien géré la chose mais il avait de facto une longueur d'avance".

En Allemagne, "avec Madame Merkel, sans doute ce gouvernement a-t-il beaucoup d'atouts", reconnaît François Lenglet. Pourtant, selon lui, c'est l'expertise industrielle du pays et la qualité du système de santé qui ont été décisives dans la gestion de la crise. Avec le déploiement d'un dépistage massif de la population et 28.000 lits de réanimation (contre 5.000 en France) l'Allemagne était mieux préparée. Sachant que les deux états dépensent des montants équivalents en termes de santé, il faudra s'interroger sur la manière dont la France dépense ses deniers, estime François Lenglet. 

The Guardian évoque lui une autre raison - plus légère - pour expliquer l'efficacité de la politique allemande. Selon le magazine britannique, Angela Merkel connaît bien les sciences : elle est diplômée d'un doctorat de physique quantique.

Attention aux raccourcis sexistes

Selon Forbes, les cheffes d'état et de gouvernement de ces pays ont aussi su faire preuve "d'amour" vis-à-vis de leurs concitoyens et concitoyennes. En Norvège et au Danemark, les premières ministres Erna Solberg et Mette Frederiksen ont par exemple organisé des conférences de presse durant lesquelles elles répondaient aux questions des enfants. "Combien d'autres innovation humaines seraient permises par l'arrivée au pouvoir de davantage de femmes ?" interroge le magazine.

La première ministre norvégienne Erna Solberg lors d'une presse conférence consacrée aux réponses aux questions des enfants sur la crise du coronavirus le 16 mars 2020.
La première ministre norvégienne Erna Solberg lors d'une presse conférence consacrée aux réponses aux questions des enfants sur la crise du coronavirus le 16 mars 2020. Crédit : Lise Åserud / NTB Scanpix / AFP

Une observation dont The Guardian prend le contre-pied. Être une femme ne fait pas une meilleure dirigeante : une telle affirmation "renforce les idées sexistes et inutiles selon lesquelles les femmes seraient plus bienveillantes et coopératives". Par contre, note le journal, il est vrai que les femmes estiment souvent qu'elles doivent travailler deux fois plus pour obtenir les mêmes postes de pouvoir que les hommes. Ceci les conduit à être plus réfléchies et plus compétentes que leurs homologues masculins. 

Il s'agit là d'un des facteurs évoquées par deux études menées sur le sujet par la Harvard Business Reviews, l'une datant de 2012 et l'autre de 2019. La plus récente, basée sur les données récoltées auprès de leurs managers, montrait ainsi que les femmes étaient jugées en moyenne plus compétentes que les hommes lorsqu'il s'agissait d'occuper des postes de direction : sur 19 compétences évaluées, elles dépassent leurs scores de leurs collègues masculins pour 17 d'entre elles.

Si vous souhaitez poser des questions à François Lenglet, écrivez à temoins@rtl et ou laissez un message sur la page Facebook de RTL.

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