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Reprise de l'école : "Il y a des profs qui ont littéralement disparu", assure Olivier Bost

ÉDITO - Seul un élève du primaire sur 4 a véritablement repris l'école. À qui la faute ? Les consignes trop strictes du ministère ou les professeurs absents ? Certains parents s'impatientent.

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Reprise de l'école : "Il y a des profs qui ont littéralement disparu", assure Olivier Bost Crédit Image : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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L'Edito Politique - Olivier Bost
Olivier Bost
édité par Camille Sarazin

L'école reprend péniblement en raison des mesures sanitaires très restrictives, mais aussi à cause d'une certaine mauvaise volonté... Cela est en train de devenir un sujet très politique. 
 
Parce que derrière chaque élève, chaque enfant, il y a des parents, qui reprennent ou tentent de reprendre le travail, des parents qui s'en plaignent. Les élus, les candidats aux municipales, les députés sont interpellés et ils ont commencé à le faire remonter au ministère.

Comme le confie l'un de ses collègues au gouvernement, il y a un décalage entre ce que dit Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, et la réalité qui est ressentie et vécue par les parents.

1 enfant en primaire sur 4 a revu sa classe

Avec par exemple des chiffres qui ne veulent rien dire. 90% des écoles ont rouvert. Très bien mais combien d'enfants y vont ? En fait très peu et les situations sont très disparates. Comme le soulignait le journal l'Opinion, à peine un enfant en primaire sur 4 a revu sa classe et parfois quelques heures à peine par semaine.

À peine plus d'un collégien sur dix, là encore, pour des heures très réduites. Dans les lycées, pour beaucoup, il y aura une journée voire une demi-journée en tout et pour tout pour marquer la fin de l'année.

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Le gouvernement envisage bien le 22 juin d'accepter un peu plus en monde en classe. Mais pour la plupart des élèves, l'école sera déjà finie depuis longtemps. Entre les communiqués de presse lénifiant du ministère et ce que ressentent les parents, il y a donc un fossé.

Comment expliquer ce décalage ?

C'est la poule et l'oeuf... Vous écoutez les syndicats de profs, c'est la faute aux 60 pages d'instructions pour les précautions sanitaires à respecter pour accueillir les enfants, des 3 minutes de lavage de mains, au sens d'entrée et de sortie... C'est l'administration dans ce qu'elle a de plus kafkaïen.

Mais pour certains, c'est une belle excuse. Il y a une deuxième explication, dont le ministère ne se vante pas trop, il y a des profs qui ont littéralement disparu ou qui ne veulent pas revenir et ils n'ont pas été trop embêtés. Le confinement a révélé des profs incroyables, engagés dans leur métier multipliant les visio-conférences. Et puis il y en a d'autres. C'est une minorité mais ils ne sont jamais revenus ou n’ont jamais donné de nouvelles aux enfants.

Tous ceux qui avaient déjà un rapport distancié avec le travail, m'a confié un député, ont carrément pris leur distance avec tout travail. Un ministre résume autrement les choses  : "On a dit aux gens que pour sauver le monde, il fallait rester dans son canapé et certains sont très bien dans leur canapé."

Jean-Michel Blanquer n'y est pas pour grand chose. Lui ne voulait pas fermer les écoles et il voulait les rouvrir très vite mais à Matignon, chez le Premier ministre, on veut encore déconfiner à petits pas et on se montre ultra-prudent. Le problème est aussi à chercher dans l'organisation de l'Education nationale, on peut rester dans son canapé sans être inquiété.

Pourquoi ces professeurs absents ?

C'est un vieux sujet, le manque de gestion des ressources humaines, pour ne pas dire l'absence. Dans les écoles primaires, le directeur n'est pas responsable des profs et dans les collèges et les lycées, les signalements des chefs d'établissement sont rarement écoutés.

Les enseignants en souffrent aussi puisque qu'ils soient engagés dans leur métier ou qu'ils abandonnent complètement leur fonction, il n'y a ni reconnaissance, ni sanction. 

Plusieurs fois, Jean-Michel Blanquer a promis de s'y atteler. Mais c'est un chantier qu'il repousse régulièrement. Et ce n'est surtout pas le moment de l'évoquer, ni d'aller trop embêter ceux qui rechignent à travailler. Parce que c'est explosif et pour reprendre en partie cette expression très désagréable de Claude Allègre, de sinistre mémoire pour les profs et pour le climat, ce n'est pas le moment de mettre le feu au pelage du mammouth.

En tout cas, surtout pas juste avant un remaniement. D'où la prudence de Jean-Michel Blanquer qui veut absolument rester ministre de l'Éducation nationale. D'où sa méthode Coué, qui consiste à répéter que l'institution a fait des miracles, que l'on est en train de réinventer l'éducation alors que des profs sont aux abonnés absents déjà en vacances d'été depuis plusieurs mois. De très nombreux parents ont pu le constater... Ce qui fait dire, dans cette période d'amabilité d'avant remaniement, à l'un de ses collègues : "Jean-Michel Blanquer avait déjà perdu les profs, là il est en train de perdre les parents."

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