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PMA pour toutes : pourquoi l'idée d'enfants "sans pères" inquiète les opposants

INTERVIEWS - Des rangs de la Manif pour Tous à l'Académie de médecine, l'ouverture de la PMA à toutes les femmes suscite l'indignation autour de la naissance d'enfants "sans père". Ces craintes sont-elles justifiées ?

Lors de la 40e Marche des fiertés, samedi 24 juin 2017, la "PMA pour toutes" a été réclamée
Lors de la 40e Marche des fiertés, samedi 24 juin 2017, la "PMA pour toutes" a été réclamée Crédit : XAVIER VILA/SIPA
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"La France va inscrire dans sa loi le père facultatif et permettre la venue au monde d'enfants sans père." Devant l'Assemblée nationale mardi 24 septembre, la députée Agnès Thill s'est opposée avec véhémence au projet de loi d'ouverture de la PMA à toutes les femmes. Comme beaucoup de personnes s'opposant à cette réforme, elle s'est indignée de cette "mutilation" provoquée par la possibilité de voir naître un enfant "sans père".

L'eurodéputé François-Xavier Bellamy parlait au début du mois de "malédiction". Samedi c'est l'Académie nationale de médecine qui a émis "des réserves" quant à ce projet de loi porté par la ministre de la Santé Agnès Buzyn. 

Pourtant, plusieurs études montrent que, pour un enfant, être élevé par un couple de femmes n'a aucune incidence sur son développement. C'est plutôt l'homophobie ou la cla,clandestinité dans laquelle il pourrait être élevé qui aurait un impact négatif sur sa construction. 

Sur le sujet, les résultats les plus récents proviennent d'une gigantesque enquête universitaire menée en Californie sur les mêmes familles homoparentales depuis les années 1980, soit depuis plus de 30 ans. 

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Il ressort de cette étude dont un pan dédié à leur santé mentale a été publié en 2019, que les enfants de couples lesbiens ne sont pas plus malheureux que la moyenne. Une autre étude menée en Australie, montre même que les enfants de couples homosexuels en général sont parmi les plus heureux.

Un discours conservateur idéologique

Dans son avis rendu samedi 21 septembre, l'Académie nationale de médecine reconnaît l'existence de ces études, mais "ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d'observation sur des enfants n'ayant pas toujours atteint l'âge des questions existentielles".

Ce qui est en jeu, c'est cette idéologie basée sur le père et le patriarcat

Laurence Croix, maîtresse de conférence en psychologie
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Une posture "idéologique" selon Laurence Croix, maîtresse de conférence en psychologie et en science de l'éducation et autrice de l'ouvrage Le père dans tous ses états. "Ils émettent des réserves non pas à partir de ces études, mais à partir d’a priori", fustige-t-elle auprès de RTL.fr.

Comme pour La Manif pour Tous et les personnes tenant des discours conservateurs, "ce qui est en jeu, c'est cette idéologie basée sur le père et le patriarcat", poursuit-elle. "Comme à chaque loi sur l'émancipation des femmes et des enfants depuis la Révolution française, on nous donne l'impression que sans cette figure du patriarche, le monde va s'effondrer !"

Ce n’est pas le couple hétérosexuel qui garantit le bon développement de l’enfant

Laurence Croix, maîtresse de conférence en psychologie
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Laurence Croix insiste : le fait d'être élevé par un couple de mères n'a aucun impact sur le développement d'enfant. Elle cite l'exemple de beaucoup d'entre eux qui, malgré le fait d'avoir grandi dans des familles dites traditionnelles, ont eux-mêmes des problèmes "psychotiques". "Ce n’est pas le couple hétérosexuel qui garantit le bon développement de l’enfant", répète-t-elle. 

Et pour ce qui est des figures masculines, un enfant se tourne "naturellement" vers d'autres personnes, explique-t-elle. C'est ce que raconte Elya, qui a décidé d'avoir un enfant toute seule. Dans le podcast Nouvelles Mères, elle raconte que son fils Elon se tourne vers les hommes de sa famille pour avoir des modèles masculins. "Mais ces modèles peuvent être aussi en dehors de la famille", explique Laurence Croix.

L'impact de l'homophobie sur les enfants

Invitée de RTL mardi 24 septembre, Marine Le Pen a estimé qu'avec l'adoption du projet de loi de la PMA pour toutes les femmes, l'enfant né d'une PMA vivrait dans le mensonge. "L'État va mentir à l'enfant en lui disant sur son état civil : 'Tu es né de deux mamans'. Ce mensonge n'est pas tenable", a fustigé la présidente du Rassemblement national (RN).

Un enfant peut très bien grandir en sachant qu’il a grandi depuis une PMA

Laurence Croix, maîtresse de conférence en psychologie
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"Un enfant peut très bien grandir en sachant qu’il a grandi depuis une PMA", répond Laurence Croix. Qu'il soit élevé par une femme seule ou un couple de femmes, ce qui est important, c'est de "dire la vérité sur les origines de l'enfant". Dans son cabinet, elle reçoit depuis longtemps des enfants élevés dans des couples homosexuels, de femmes ou d'hommes. "Leur seule souffrance, c’est de vivre dans la clandestinité", explique-t-elle. 

C'est ce que reflète également l'étude menée en Californie. "Une corrélation importante a été trouvée entre la stigmatisation homophobe vécue à l'adolescence, et la manifestation interne ou externe de problèmes émotionnels ou de comportement", écrivent les autrices de l'étude. Concrètement : les enfants de couples lesbiens souffrent davantage d'être victimes d'homophobie que d'être élevés par deux femmes.

Une nouvelle forme de filiation

Il est vrai qu'aujourd'hui le droit français est basé sur une filiation paternelle, et que seule une des deux mères est reconnue comme parent à part entière dans le cas d'un couple lesbien, explique la juriste Lisa Carayon à RTL.fr.  "Mais réformer permet d'adapter le droit aux nouvelles formes de familles, telles que les familles homoparentales, qui sont déjà une réalité."

Ainsi, le projet de loi de la PMA pour toutes prévoit de remédier à ce problème en proposant un nouveau type de filiation, pour que deux femmes puissent être reconnues dans le droit, mères de leur enfant.

Le droit ne dicte pas ce qui doit être, (...) c’est un outil politique qui s'adapte aux évolutions sociales

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Maîtresse de conférence en droit, Lisa Carayon a été auditionnée au sujet de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes en tant que présidente du Groupe d'information et d'action sur les questions procréatives et sexuelles (GIAPS). Parmi les opposants à la PMA, elle note que certains juristes s'opposent à ce projet de loi, défendant la filiation paternelle.

"Ils partent du droit pour dire ce que la société doit être, or la société est libre d'évoluer", explique-t-elle. "Le droit ne dicte pas ce qui doit être, il explique comment on a organisé la société dans le passé, et c’est un outil politique qui s'adapte aux évolutions sociales". 

Une observation qui fait écho aux premiers mots d'Agnès Buzyn lors de l'ouverture des débats à l'Assemblée mardi. Devant les députés, la ministre de la Santé, a qualifié l'ouverture de la PMA à toutes les femmes comme "une chance" pour la société.

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