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PMA pour toutes : 3 questions sur l'avis "daté" de l'Académie de médecine

ÉCLAIRAGE - L'académie nationale de médecine a rendu un avis avec "réserves" sur l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, une position jugée "datée" par Agnès Buzyn.

Lors de la 40e Marche des fiertés, samedi 24 juin 2017, la "PMA pour toutes" a été réclamée
Lors de la 40e Marche des fiertés, samedi 24 juin 2017, la "PMA pour toutes" a été réclamée Crédit : XAVIER VILA/SIPA
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy
et AFP

Alors que les débats sur la l'ouverture de la PMA à toutes les femmes commencent le mardi 24 septembre à l'Assemblée nationale, l'Académie nationale de médecine (ANM) a rendu samedi un avis avec "réserves" sur le projet de loi porté par le gouvernement.

L'ANM émet notamment des doutes sur "la conception délibérée d'un enfant privé de père" qui selon elle, n'est "pas sans risques" pour son "développement psychologique" et son "épanouissement".

Un argument régulièrement avancé par les opposants au projet de loi. Dans un communiqué, La Manif pour Tous s'est d'ailleurs félicitée d'un d'un "avis retentissant qui change radicalement la donne". De son côté, le gouvernement a défendu sa position et son projet de loi. Invitée de RTL dimanche 22 septembre la ministre de la Santé Agnès Buzyn a jugé que cet avis était "peut-être un peu daté".

1. Qu'est-ce que l'Académie de médecine ?

L'Académie nationale de médecine est l'héritière de l'Académie royale de médecine créée au XVIIIème siècle. Elle a été officiellement renommée après la Seconde guerre mondiale en 1947.

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Elle est composée de médecins, chirurgiens, biologistes, pharmaciens et vétérinaires "reconnus pour leurs travaux scientifiques et pour les responsabilités qu’ils ont assumées dans le domaine de la santé", précise l'ANM sur son site internet.

Selon ses statuts, l'Académie nationale de médecine peut être saisie d'une demande d'avis par le gouvernement et peut aussi s'autosaisir sur toute question concernant les domaines de la santé et de l'éthique médicale. 

2. Que contient exactement l'avis de l'ANM ?

L'ANM n'a pas rendu d'avis seulement sur l'ouverture de la PMA, mais sur l'ensemble du projet de loi de bioéthique, dont la PMA est la mesure phare. Il a été adopté en séance par l'Académie mardi 17 septembre, par 69 voix pour, 11 contre et 5 abstentions. Son rapporteur est l'ancien ministre de la Santé de Jean-Pierre Raffarin, Jean-François Mattei.

L'Académie "reconnait la légitimité du désir de maternité chez toute femme quelle que soit sa situation", mais juge qu'"il faut aussi au titre de la même égalité des droits tenir compte du droit de tout enfant à avoir un père et une mère dans la mesure du possible". 

La conception délibérée d'un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure

Avis de l'ANM sur l'ouverture de la procréation médicalement assistée
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Cependant, l'ANM émet des "réserves". "La conception délibérée d'un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n'est pas sans risques pour le développement psychologique et l'épanouissement de l'enfant".

"L'argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour l'enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l'absence d'impact avéré sur le devenir de l'enfant", poursuit l'Académie. Mais elle "ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d'observation sur des enfants n'ayant pas toujours atteint l'âge des questions existentielles". 

L'Académie "estime que, de plus en plus malmenée par les évolutions sociétales, la figure du père reste pourtant fondatrice pour la personnalité de l'enfant comme le rappellent des pédopsychiatres, pédiatres et psychologues". 

3. Pourquoi cet avis est-il contesté ?

"Considérer qu'il y a un lien direct entre défaut de construction de l'enfant et famille monoparentale est faux", a déclaré Mme Buzyn, invitée du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, dimanche. Interrogée sur le fait de savoir si l'avis de l'Académie de médecine était "idéologique" et "politique", elle a répondu : "Peut-être, en tous les cas peut-être daté." 

Les études que nous avons à notre disposition (...) ne sont pas des études inquiétantes

Agnès Buzyn, ministre de la Santé
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"Aujourd'hui, nous avons un quart des familles françaises qui sont des familles monoparentales (...) Ne me dites pas qu'un quart des enfants français qui vivent et qui naissent dans ces familles ont des difficultés de construction", a répliqué la ministre. "Les études que nous avons à notre disposition sur les enfants qui sont élevés dans des familles monoparentales ne sont pas des études inquiétantes", a-t-elle poursuivi. 

D'autres membres du gouvernement se sont également exprimés pour défendre le projet de loi face à l'avis de l'ANM. Parmi eux : le secrétaire d'État Gabriel Attal et le ministre Julien Denormandie. Invité de France 3 dimanche, ce dernier s'est dit convaincu “qu’un enfant peut pleinement s’épanouir au sein d’un couple de même sexe”. De plus, il a rappelé que les familles homoparentales sont aujourd'hui une réalité : comme le montre la dernière étude de l'INSEE, 25% des couples de femmes vivent avec au moins un enfant.

Je ne partage pas l’avis 'réservé' du rapport de mes collègues de l’académie de médecine

Guy Vallancien, chirurgien membre de l'Académie de médecine
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Un avis partagé par de nombreux professionnels dont des membres de l'Académie de médecine eux-mêmes. C'est le cas du généticien Philippe Froguel et du chirurgien Guy Vallancien. "Je ne partage pas l’avis 'réservé' du rapport de mes collègues de l’académie de médecine, a tweeté ce dernier. Ce qui compte avant tout c’est la présence d’au moins 2 adultes pour élever l’enfant. Parents et grands parents."

D'autres médecins ont pris position contre cet avis comme l'urgentiste Patrick Pelloux. "C'est l'académie de médecine qui est une rupture anthropologique majeure et pas la PMA", a-t-il posté dimanche. La journaliste et militante pour les droits LGBTQ+ Alice Coffin a elle rappelé la composition majoritairement masculine de l'Académie alors qu'il s'agit d'un projet de loi concernant les femmes. L'ANM est selon elle, un "boy's club".

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