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Le luxe arrête la fourrure : est-ce suffisant pour compenser l'impact de l'industrie de la mode sur l'environnement ?

ÉCLAIRAGE - Moncler et Dolce & Gabbana ont récemment annoncé la fin de la fourrure animale pour leurs vêtements. Une avancée applaudie par les associations de défense des animaux, mais est-ce suffisant ?

Des manteaux en fourrure (illustration)
Des manteaux en fourrure (illustration)
Philippine Rouvière Flamand

Moncler, Dolce & Gabbana, mais aussi PradaKering et Burberry : toutes ces marques de luxe ont annoncé la fin de l'utilisation de fourrure animale dans leurs productions. "Les marques qui s’engagent dans le processus d’arrêt de l’utilisation de matériaux animaux sont à mettre en avant, même si elles auraient pu faire mieux, ou plus tôt… L’essentiel est d’aller dans cette direction", explique Muriel Arnal, présidente et fondatrice de One Voice, à RTL.fr. L'arrêt de l'utilisation de fourrure animale est une demande des consommateurs, porté par les associations de protection du bien-être animal. Le fait que les marques de luxe les plus célèbres s'y mettent est une excellente nouvelle pour ces défenseurs.

Pour autant, si certaines marques ont voulu s'engager sur le bien-être animal en arrêtant la production de vêtements faits en vraie fourrure, elles continuent d'utiliser d'autres matières controversées. Le cuir, les plumes, le duvet sont également issus d'animaux, souvent élevés dans des conditions inimaginables. "Pour produire les plumes et le duvet que l’on voit malheureusement fréquemment sur les podiums ces dernières saisons, des oiseaux terrifiés sont plumés à vif ou abattus dans des conditions abominables après toute une vie de souffrances. C’est tout aussi cruel et inacceptable que la production de fourrure, vastement décriée par les créateurs", explique Anissa Putois de PETA France à RTL.fr.

Pour y voir plus clair, il y a des labels. Si une marque affiche le label FFR, cela veut dire que seule la fourrure animale est bannie de sa production. D'autres labels comme Animal Free vont plus loin dans l'engagement des marques. D'après Muriel Arnal, "il est possible d’obtenir ce label si l’on s’engage à l’arrêt total de l’utilisation de produits issus de la souffrance animale, tels que le cuir ou les plumes".

Des matières synthétiques pour remplacer

Le revers de la médaille, c'est que les matières animales sont remplacées par des matières synthétiques. La plupart d'entre elles sont issues du pétrole (polyester, nylon, acrylique) et ont un impact environnemental fort, de la fabrication aux lavages. Le simple fait de laver des vêtements en matière synthétique pollue les océans : le lavage abîme de façon microscopique les vêtements, qui relâchent des fibres dans l'eau de lavage. Les fibres sont tellement fines qu'elles ne peuvent pas être séparées de l'eau dans les usines de traitement des eaux usées. Ces fibres sont des microplastiques, dont plus de 1,5 million de tonnes seraient relâchées chaque année dans les océans, selon une étude de l'Union internationale pour la conservation de la nature.

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En ce qui concerne l'utilisation de la fausse fourrure synthétique, elle ne fait pas complètement sens d'un point de vue écologique (sans parler de bien-être animal). "L’intérêt de l’arrêt de la fourrure est de cesser aussi d’utiliser des matériaux polluants, les dérivés du pétrole, et de se déprendre d’une esthétique qui fait que l’on considère les poils animaux comme beaux à porter", affirme Muriel Arnal à RTL.fr. 

Matières synthétiques moins polluantes que les matières animales

Pour autant, les matières synthétiques auraient un impact environnemental bien moins important que les matières animales. D'après Anissa Putois, "la fourrure animale est doublement polluante : l’élevage d’animaux dans des conditions intensives (80% des élevages) génère beaucoup d’excréments qui polluent les cours d’eau environnants, et utilise de nombreuses ressources. Une étude indépendante (CE Delft Report, 2013) a démontré que les conséquences environnementales de la production de vraie fourrure sont toujours plus lourdes (jusque 10 fois plus) que celles de la fausse fourrure et du textile non-animal". En ce qui concerne le cuir, "il faut environ trois fois plus d’hydrocarbure pour produire du cuir animal que pour produire du simili cuir".

En plus de l'élevage, le traitement des matières est extrêmement polluant. Elles sont traitées avec des produits chimiques pour ne pas pourrir dans les penderies et ne sont donc plus biodégradables comme le serait la fourrure d'un animal dans la nature. 

Des matières de remplacement naturelles

Afin de limiter au maximum l'impact environnemental des matières de remplacement, des producteurs travaillent avec des matières innovantes et durables. Anissa Putois de PETA France prend l'exemple de ECOPEL, qui fournit des fausses fourrures, fabriquées à partir de déchets de maïs, aux marques de luxe.

Pour le similicuir, des options végétales remplacent le plastique. Raisin, ananas, pomme, champignon, cactus ou kombucha sont des alternatives bien moins polluantes. Ces faux cuirs sont fabriqués à partir de déchets de production. "Hugo BossChanelH&M, et bien d’autres ont fait le choix du Pinatex, une matière réalisée à partir de feuilles d’ananas (déchets de l’industrie alimentaire)", poursuit Anissa Putois.

La diminution voir l'arrêt total de l'utilisation de matière animale dans l'industrie de la mode semble donc en bonne voie. Selon Muriel Arnal, de One Voice, "la fourrure ne sert absolument à rien, puisque d’autres matières chaudes existent". De plus en plus de consommateurs et de marques semblent être du même avis et prennent conscience de la pollution et de la maltraitance animale que l'utilisation de ces matières entraîne. L'arrêt de la fourrure n'est qu'un pas dans cette direction, "qui devrait être suivi par l’arrêt total de toute matière provenant de l’exploitation animale", conclut Anissa Putois. "À mesure que les consommateurs réfléchissent plus à l’impact de leurs achats, les marques s’adaptent et mettent en place des mesures pour diminuer leur impact". 

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