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"Un projet démesuré" : à Verdon-sur-Mer, en Gironde, un projet de ferme à saumon suscite l'indignation des associations

Un projet de ferme terrestre de saumons suscite une vive controverse en Gironde. Porté par Pure Salmon, ce projet ambitieux promet de renforcer la souveraineté alimentaire française, mais se heurte à une forte opposition des associations écologistes et des acteurs locaux, inquiets des impacts environnementaux et économiques.

Du saumon préparé pour être commercialisé (image d'illustration)

Crédit : Charly TRIBALLEAU / AFP

Eléonore Aparicio

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Un projet industriel d’envergure visant à implanter ce qui pourrait devenir l'une des plus grandes fermes terrestres de saumons au monde est au cœur d’un débat public et environnemental en Gironde, sur le site du Verdon-sur-Mer, à l’embouchure de l’estuaire du fleuve. Le projet est porté par la société Pure Salmon, financée par un fonds singapourien, qui souhaite installer sur environ 14 hectares une ferme d’élevage de saumons en systèmes de recirculation d’eau (RAS), une technologie d’aquaculture terrestre. 

L’objectif affiché est de produire 10.000 tonnes de saumon par an, soit environ 4 % à 5 % de la consommation française, en créant 250 emplois. Pure Salmon défend ce projet comme contribuant à soutenir une souveraineté alimentaire, dans un contexte où près de 99 % du saumon consommé en France est importé. Le projet a été voté par une majorité d'élus de la communauté de communes Médoc-Atlantique, "sans informer les conseillers municipaux de chaque commune", précise l'assocation Seastemik qui lutte notamment contre la pisciculture intensive. 


"Ce projet, c'est un projet d'usine de saumon qui est de taille démesurée. Qui dit projet démesuré, dit impact démesuré également derrière", assure à RTL.fr Esther Dufaure, co-directrice de l'association Seastemik. 

C'est purement expérimental

Esther Dufaure, co-directrice de l'association Seastemik

L’entreprise affirme vouloir produire un saumon sain, "sans antibiotiques" élevé "dans le respect de l’environnement et du bien-être animal". Elle met en avant une technologie contrôlée, censée maîtriser les impacts, et assure que les normes environnementales seront respectées, notamment pour le traitement des eaux usées, qui ne seraient pas rejetées directement dans l’estuaire. 

Des promesses qui ne convainquent pas les associations écologistes. Esther Dufaure dénonce du "greenwashing". "Nous, ce qu'on regarde, c'est l'existant à l'échelle européenne et mondiale. Et les constats, c'est qu'il y a énormément d'incidents. (...) On a recensé plus de 17 accidents de mortalité, où des millions de saumons meurent d'un coup, en raison d'accidents technologiques, telle qu'une panne", assure-t-elle. 

"C'est beaucoup de technologies derrière pour maintenir les courants d'eau, le pH, la température, l'alimentation, la gestion des déjections. On voit bien qu'en fait, c'est une technologie qui est non opérationnelle, qui n'a pas de fonctionnement routinier, c'est purement expérimental", explique-t-elle à RTL.fr. 

98% de contributions défavorables

Pour dénoncer ce projet, plus de 800 personnes ont défilé à Verdon-sur-Mer dimanche 18 janvier. "Des pêcheurs, des commerçants, des producteurs d'huitres, toute la fière conchilicole était aussi présente, des personnes qui font du fumage de poissons au niveau du bassin d'Arcachon au Cap Ferré", raconte la co-directrice de Seastemik. 

Une enquête publique, qui s'est tenue du 15 décembre 2025 au 19 janvier 2026, a recueilli plus de 20.000 contributions. "Un record historique de participation, assure Esther Dufaure, c'est du jamais vu en France". Sur les 20.000 contributions, 98% sont défavorables. "C'est vraiment une première qui montre qu'il y a un vrai consensus à l'échelle du territoire local, mais aussi à l'échelle du territoire national", estime-t-elle. 

Un moratoire de 10 ans

Face aux risques environnementaux et économiques posés par de tels projets, une coalition de 27 ONG réclame un moratoire de 10 ans pour stopper cette pratique industrielle dans le pays. Cette pause permettrait aux scientifiques d'évaluer "l'intérêt de la France à développer ce type d'usine sur son territoire".

"On a besoin d'envoyer un signal fort aux industriels pour qu'ils se rendent compte que tout simplement, la France n'est pas une terre d'accueil, qu'on consomme effectivement beaucoup trop de saumon, qu'on en est conscient. Donc, on a décidé de changer aussi nos modes de consommation et que ce n'est pas possible de venir s'installer comme ça et de mettre en péril une économie locale qui est déjà bien installée", martèle Esther Dufaure. 

Les associations attendent avec impatience la décision du préfet sur le maintien ou non du projet de ferme à saumons. Si le préfet donne son aval à Pure Salmon, les opposants ont déjà annoncé leur intention de recourir à des actions en justice pour contester cette décision.

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