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INFO RTL - Les incidents scolaires liés au voile islamique et aux tenues traditionnelles se multiplient

Info RTL 144 entorses à la loi de 2004 sur la laïcité à l’école ont été recensées au deuxième trimestre, contre 97 au premier d’après les policiers du SCRT qui ont livré le 8 juin une analyse du phénomène. Ils alertent sur des enseignants "démunis".

Le port du voile en France est autorisé dans l'espace public (illustration)
Le port du voile en France est autorisé dans l'espace public (illustration)
Crédit : iStock / Getty Images Plus
INFO RTL - Les incidents scolaires liés au voile islamique et aux tenues traditionnelles se multiplient
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Thomas Prouteau - édité par Nicolas Barreiro

Certains y verront une publication opportuniste du ministère de l’Intérieur après l’article de l’Opinion dénonçant début juin une "épidémie de tenues islamiques" dans les établissements scolaires. D’autres, au contraire, la confirmation d’un phénomène qui inquiète le corps enseignant. 

Le Service central du renseignement territorial (SCRT), service de police héritier des RG et chargé notamment du suivi des communautarismes, a publié le 8 juin une note confidentielle, consultée par RTL, sur les entorses à la loi de 2004 sur la laïcité à l'école. S’il ne reprend pas le terme polémique "d’épidémie" le document de douze pages confirme la "multiplication" ces derniers mois de cas d’élèves qui refusent d’ôter leur voile islamique ou qui souhaitent porter des tenues "traditionnelles", pour les filles des robes amples qui couvrent le corps type jilbebs ou abayas, pour les garçons kamis ou djellabas.

Affichant une certaine prudence les auteurs soulignent dès l’introduction l’influence probable du "contexte politico-médiatique" favorable aux revendications "séparatistes", en l’espèce la campagne présidentielle et la présence à la fois de candidats ouvertement anti-islam et d’autres dénonçant "l’islamophobie institutionnelle". Mais leur constat est tranché : les policiers du renseignement relèvent une "nette recrudescence" des incidents liés à ces tenues depuis décembre 2021, notamment dans le Gard, à Bordeaux et dans le Val-d’Oise.  

Une "écrasante majorité" des faits concerne l'Islam

Le 2 juin à Marseille, lors de son premier déplacement avec le nouveau ministre de l’éducation, Pap Ndiaye, Emmanuel Macron avait réagi à l’article de l’Opinion en déclarant vouloir "la clarté et tous les chiffres" sur le sujet. Contactée par RTL, une source policière au fait du dossier affirme que la note du SCRT était en préparation bien avant mais concède que "Marseille a sans doute accéléré les choses".    

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Dans le détail le document relève que 144 entorses à la loi de 2004 ont été recensées par le ministère de l’Éducation nationale entre janvier et mars 2021 principalement dans le secondaire. Ce qui représente 50% d’augmentation par rapport au premier trimestre ou 97 entorses avaient été rapportées. Un chiffre important mais à rapporter aux 5,6 millions d’élèves scolarisés dans les lycées et collèges. Autre point de comparaison, on en comptait 150 sur toute l'année 2018.

En théorie ces 144 incidents concernent toutes les religions car la loi ne permet pas de les catégoriser en fonction des confessions. Mais "l’écrasante majorité" des faits concerne l’Islam précise à RTL la source policière au fait du dossier. L’annexe de la note lève toute ambiguïté puisque le SCRT livre la description détaillée d’une quarantaine de situations jugées les plus problématiques remontées par les établissements, situations toutes en lien avec l’Islam.

Des établissements concernés à travers toute la France

De la même manière le type d’incident, port du voile, port de tenues "traditionnelles" ou contestation d’enseignement n’est pas précisé mais là encore la quarantaine de situations décrites permet de se faire une idée. La problématique des tenues occupe la moitié des cas.

Dans un lycée de Bordeaux plusieurs jeunes filles "sont arrivées dans l’établissement porteuses d’abayas au retour des vacances de printemps", décrit la note du SCRT. Dans le Gard, plusieurs établissements ont signalé le port de tenues "religieuses", aussi bien des garçons en "djellabas" que des filles en "jilbeb". Dans ce département les enseignants constatent une "recrudescence du prosélytisme" et la "contestation de certains enseignements comme le refus d’aller à la piscine ou de regarder une vidéo de musique populaire" écrivent les policiers. 

Dans la Creuse un élève s’est présenté en "djellaba" et a répondu que "vendredi était jour de prière" quand on lui a demandé de l’enlever. Dans le Val d’Oise enfin, et c’est presque le plus surprenant dans la synthèse produite par le SCRT, plusieurs lycées de Garges-lès-Gonesse, Arnouville, Saint-Ouen-l’Aumône, Osny ou encore Argenteuil sont confrontés à des élèves qui "n’enlèvent plus le voile" au sein de leur établissement. 

Dans l’un d’eux, l’équipe pédagogique a reçu une dizaine de jeunes filles qui portent le voile "dans les couloirs et la cour de l’établissement". L’équipe s’est vue opposer, toujours selon la note des renseignements, des arguments "adaptés et préparés" ce qui suggère que "leur entreprise est concertée". Pour rappel, autant la loi de 2004 ne prohibe pas explicitement les tenues traditionnelles sauf à être jugées "ostentatoires" autant elle interdit strictement le port du voile islamique.

Une démarche "culturelle" et non "cultuelle"

Face à ces situations le SCRT constate d’ailleurs que les chefs d’établissement sont obligés d’apprécier "au coup par coup" le caractère religieux des tenues. Décision parfois difficile car pour échapper à d’éventuelles sanctions disciplinaires les élèves revendiquent souvent une démarche "culturelle" et non "cultuelle" d’après la note. Les enseignants sont souvent "démunis" concluent les policiers. 

La question des tenues présumées islamiques à l’école n’est pas nouvelle. Des polémiques inflammables émergent régulièrement depuis le début des années 2010. Une source policière rappelle aussi que depuis l’assassinat de Samuel Patyles enseignants sont plus enclins à signaler les incidents. 

Fait plus inquiétant, la note du renseignement alerte sur les enseignants "souvent pris pour cible" par les élèves concernés ou leurs parents qui "utilisent" les réseaux sociaux pour dénoncer une stigmatisation. Les auteurs affirment que des "influenceurs identitaires" se sont saisis de ce phénomène pour remettre en cause la loi de 2004 et inciter les jeunes filles à signaler leur situation des collectifs contre l’islamophobie en tant que "victime de criblage ethnique".

Comment expliquer cette hausse ?

Les policiers du renseignement s’attachent à contextualiser le phénomène. D’abord, la période étudiée coïncide avec la campagne avec le ramadan 2022, moment qui suscite habituellement un "regain de religiosité". Ils relèvent également que les activistes "fréristes, salafo-fréristes ou pro-Erdogan" se sont emparés des crispations communautaires provoquées par les candidats à la présidentielle "ouvertement hostiles à l’islam".  

Mais ce sont les "causes plus profondes" de ces revendications adolescentes que le SCRT entend aussi décrypter. Le rejet de laïcité témoigne plus largement selon la note d’une "montée de l’individualisme" et d’élèves qui tentent de négocier avec les chefs d’établissement pour la prise en compte de leurs désidératas particuliers. Dans ce contexte le réseau social TikTok jouerait un rôle moteur avec des "intervenants" invitant leurs followers à entrer au collège ou au lycée avec leur voile ou leur abaya sous forme de défi.  

Plus globalement encore les policiers chargés de surveiller les atteintes à la laïcité relèvent deux autres facteurs : le déclin manifeste de la connaissance de l’origine historique de la laïcité et de la loi de 1905 par les élèves. Et en parallèle l’influence "majeure" sur la jeunesse des "valeurs et des grands récits mis en avant par la culture américaine". En clair, l’influence du multiculturalisme présenté comme vecteur d’émancipation notamment dans les séries américaines de Netflix citées explicitement dans la note. Ce qui pousserait d’une part les ados musulmans à revendiquer leur appartenance religieuse par les tenues mais inciterait aussi les autres ados à ne s’y opposer au nom des valeurs anglo-saxonnes de "tolérance" et de "liberté de chacun". 

Comment répondre au phénomène ?

Ce travail d’analyse et d’explication n’empêche pas une conclusion sous forme d’avertissement : pour les renseignements, tout "accommodement raisonnable" ne peut conduire qu’à de "nouvelles demandes plus problématiques encore". Les policiers soulignent donc l’importance d’une réponse homogène par les chefs d’établissements face à ces remises en cause de la laïcité et leur suggèrent de faire appel au "plan national de formation aux valeurs de la République", mis en place au sein de l’Éducation nationale.  

Contactée par RTL, une formatrice des personnels enseignants confirme le phénomène et l’enjeu essentiel d’une réponse adaptée qui prenne en compte tous les facteurs liés à l’adolescence pour éviter des crispations supplémentaires quand le dialogue permet bien souvent de désamorcer les conflits et d’obtenir le retrait des tenues contestées. 

Pour le SCRT il n’y a pas de doute : à la rentrée, une "nouvelle offensive des activistes islamistes exploitant l’évolution des mentalités de la jeunesse" est "plus que probable". 

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