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Fausse couche : une épreuve encore taboue qui touche pourtant une femme sur dix

ÉCLAIRAGE - Selon une étude, une femme sur dix a déjà fait une fausse couche. Pourtant, le sujet reste tu, et l'accompagnement des parents souvent insuffisant.

Fausse couche : une épreuve qui touche une femme sur dix, pourtant taboue (illustration)
Fausse couche : une épreuve qui touche une femme sur dix, pourtant taboue (illustration) Crédit : istock
Coline Daclin Journaliste

C'est un phénomène beaucoup plus répandu qu'on pourrait le penser. Selon un rapport publié mardi 27 avril dans The Lancet, une femme sur dix a déjà fait une fausse couche. En se basant sur plusieurs autres travaux publiés ces 20 dernières années, les auteurs du rapport estiment que 23 millions de fausses couches se produisent chaque année dans le monde, soit environ 15% du total des grossesses. Soit environ "44 grossesses perdues chaque minute".

Dans l'éditorial qui accompagne le rapport, The Lancet met surtout en avant un aspect du problème : le manque d'accompagnement des personnes qui en sont victimes. "Pendant trop longtemps, le fait de faire une fausse couche a été minimisé et, souvent, pas pris au sérieux", regrette la prestigieuse revue médicale, qui plaide pour "une refonte complète du récit autour de la fausse couche, et des soins médicaux et conseils offerts aux femmes qui font des fausses couches".

Ce qu'on appelle "fausse couche" est une interruption spontanée de grossesse qui survient au cours des 5 premiers mois. Elle peut être isolée, ou répétée. D'après le rapport publié dans The Lancet, 1,9% des femmes en ont fait deux, et 0,7% en ont fait trois. Selon le site de l'Assurance maladie, on parle de fausses couches à répétition lorsqu'une femme "de moins de 40 ans, enceinte avec le même partenaire, présente au moins 3 fausses couches spontanées consécutives avant 14 semaines d’aménorrhée".

Désir d'enfant et anticipation de la naissance

"Pour les médecins, c'est malheureusement souvent quelque chose de banal. Quand les femmes demandent des précisions sur pourquoi elles ont perdu le bébé, on ne fait généralement pas d'exploration du problème, car cela ne se fait qu'à partir de la troisième fausse couche", raconte à RTL.fr Laure Chauvet, écoutante à l'association Agapa, qui accompagne les parents touchés par une grossesse qui n'a pu être menée à son terme. 

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Même si l'enfant à naître n'est encore considéré médicalement comme un embryon ou un fœtus, certains parents peuvent avoir besoin de faire un véritable travail de deuil. "Très tôt au cours de la grossesse, de nombreuses femmes se préparent à accueillir un enfant. Au moment où elles le perdent, elles ont parfois déjà choisi le prénom", indique Laure Chauvet. 

"Même avant trois mois de grossesse, l'arrêt brutal d'une grossesse reste un traumatisme pour de nombreux parents", complète la vice-présidente de l'association Naître et Vivre, Myriam Morinay. Pour elle, il n'est pas question pour autant de remettre en cause les termes d'"embryon" ou de "fœtus", qui ont permis la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse. Elle demande seulement à ce que le désir d'enfant et le ressenti des parents soit pris en compte quand l'arrêt de la grossesse est involontaire et subi.

"On minimise la perte"

Comme les fausses couches interviennent en début de grossesse, certaines femmes n'ont pas encore annoncé à leur entourage qu'elles étaient enceintes au moment où elles en sont victimes. "Elles se sentent donc souvent très isolées", assure Laure Chauvet, de l'association Agapa. "Elles n'en ont souvent pas non plus parlé à leur employeur, et elles doivent donc continuer à travailler, car il n'existe pas de congé maladie pour elles", ajoute-t-elle.

Les deux militantes s'accordent sur l'existence d'un tabou autour des fausses couches. "Le deuil périnatal en général est tabou, car c'est quelque chose d'insupportable pour beaucoup de gens. En début de grossesse, ça l'est encore plus, car on minimise la perte", estime Myriam Morinay auprès de RTL.fr. 

Un effet de la crise sanitaire pour fissurer le tabou ?

"On dit 'tu es jeune, tu en auras d'autres' ou 'de toutes façons ton enfant n'aurait pas été viable'", confirme Laure Chauvet. Souvent, les personnes concernées ne se sentent ainsi pas légitimes pour en parler, ou pour aller vers une association qui pourrait les accompagner.

Pour "dissiper le tabou", l'association Vivre et Naître a créé en 2013 l'initiative "Une fleur une vie", qui consiste à créer un bouquet géant pour honorer chaque enfant mort pendant ou juste après la grossesse. "Mais ce n'est pas un sujet vendeur", confie Myriam Morinay.

Depuis quelques temps pourtant, le tabou semble se fissurer. Ces derniers mois, la mannequin Chrissy Teigen et l'épouse du prince Harry, Meghan Markle, ont révélé qu'elles avaient fait une fausse couche. "Avec la crise sanitaire, on parle de plus en plus de la mort et des questions de société en général", analyse Myriam Morinay, qui estime que "tous les moyens sont bons pour briser le tabou". "Aucun deuil ne devrait rester non-accompagné", tranche-t-elle.

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