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"En 2049, la société solidaire sera morte", imagine Andréa Bescond

BILLET - Alors que le mouvement de grève dans l'hôpital public s'intensifie, Andréa Bescond s'est imaginée ce que serait la France sans lui en 2049.

oeil monde - L'oeil de... Natacha Polony & Andréa Bescond & Philippe Caverivière & Olivier Mazerolle iTunes RSS
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"En 2049, la société solidaire sera morte", imagine Andréa Bescond Crédit Image : RTL | Crédit Média : RTL | Date :
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Andréa Bescond édité par Maeliss Innocenti

Nous sommes en 2049, tu es une vieille dame dorénavant et tu te promènes avec ton petit fils de 6 ans. Soudain, il s’arrête, interpellé et te dit : "Oh mamie ! Regarde comme il est beau ce centre commercial." "Oui mon chéri, c’est une magnifique architecture !" "Alors pourquoi tu as l’air triste ?" "Je suis triste parce qu’il y a des années, ce beau bâtiment, c’était un hôpital public."

"Mamie, c’est quoi un hôpital public ?" "Eh bien mon chéri, un hôpital public, c’était un endroit où les gens pouvaient être soignés, peu importe leur niveau social, c’était gratuit." "Gratuit ? Je ne connais pas ce mot, qu’est-ce que ça veut dire gratuit ?" "Ah oui c’est vrai qu’en 2040, ce mot a été supprimé du vocabulaire… mon chéri, gratuit, ça voulait dire qu’on ne payait pas."

"Quoi ? On ne donnait pas d’argent pour être soigné ?" "Oui, enfin, presque. Ça voulait dire qu’avant, les gens payaient des impôts pour qu’une personne malade ou blessée puisse bénéficier des traitements nécessaires pour récupérer sa santé. Il y avait une caisse avec de l’argent qui servait à tout le monde. Jadis, mon chéri, être soigné était un droit fondamental." "Oh ! Mais c’est bien ça !" "Oui, c’était bien."

"Notre système a cessé d'être solidaire"

"Mais mamie, pourquoi ça existe plus l’hôpital public en 2049 ?" "Oh mon garçon, c’est un peu compliqué de tout t’expliquer mais, il y a un moment où notre système a cessé d’être solidaire, il a décrété que l’hôpital public coûtait trop d’argent à la société, alors, on a commencé à réduire les effectifs des travailleurs, on les a méprisés, on leur a demandé de fonctionner comme une entreprise, d’aller plus vite, d’être rentables." 

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"Alors ceux qui soignaient, n’avaient plus de temps pour ceux qui étaient malades, c’est ça ?" "C’est ça mon amour, et au fur et à mesure, le système a détruit leur vocation, et paradoxalement, ce sont les soignants qui sont tombés malades d’épuisement, ils ont perdu leur belle énergie et beaucoup ont démissionné."

"Pourquoi personne les a aidé mamie ?" "À ce moment-là, en France, vers 2020, il y avait beaucoup de problèmes, et l’hôpital public, c’est passé pour un problème comme un autre, comme une sorte de privilège, tu vois. Souvent, dans les discours politiques, on nous disait que nous, les Français, nous étions des privilégiés, que nous étions réfractaires au changement. On nous disait que dans certains pays, il n’existait pas ce droit à être soigné. Alors, plutôt que de se battre pour un système de santé solidaire mondial, plutôt que de niveler les peuples vers le haut, au fil des années, on nous a nivelés vers le bas. Plus tard, on nous a supprimé nos droits en nous disant qu’il fallait faire des économies et que c’était ça, le progrès."

"Être bien traité est devenu un luxe"

"Ça veut dire qu’à partir de 2020, il n’y avait plus d’argent en France ?" "Non mon cœur, il y avait de l’argent en France mais il était juste très mal réparti. Peu importe ce qu’on votait, nous appartenions à un système libéral dans lequel l’argent devait rapporter de l’argent. Et évidemment, l’hôpital public ne rapportait pas d’argent à la société, il en coûtait, alors, petit à petit, le système l’a désintégré." "Et pourtant ça devait être bien parce qu’en 2020 et avant ça, tout le monde pouvait être soigné gratuitement, waouh, la chance !"

"Tu vois mon cœur, toi qui es né en 2043, tu penses qu’être soigné gratuitement, c’est une chance, moi qui suis née en 1979, je pense qu’être soigné gratuitement, c’est un droit. C’est ce qu’il nous fait croire ce système, il nous fait croire qu’être bien traité dans une société, c’est payant, au fur et à mesure, tout est devenu payant et très cher. Être bien traité est devenu un luxe qu’on ne peut pas tous s’offrir même si on a travaillé toute sa vie."

"Mais toi mamie, tu es malade, tu as de l’argent pour être bien ?" "Ah non mon chéri, je ne peux pas m’offrir les traitements d’un hôpital ou d’une clinique privée… Ma retraite est bien trop faible, mais ne t’inquiète pas, ta mamie est maligne, elle arrive à dealer quelques fioles de morphine au marché noir pour ne pas trop souffrir." 

"Mamie je t’aime !" "Moi aussi je t’aime mon chéri, mais j’aurais dû t’aimer davantage en réagissant quand vers 2020, ce système a commencé à supprimer toutes les notions solidaires. Je te demande pardon de t’avoir légué une société si égoïste et si inégale. J’aurais dû me lever, m’opposer, à la place de cela, je suis restée engluée dans mon petit confort car j’étais encore jeune, active et jamais malade. Je me suis contentée de poster mon indignation sur les réseaux sociaux et cela n’a servi à rien. La société solidaire est morte comme je mourrai moi : pauvre, honteuse et triste."

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