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Coronavirus : quelles raisons pour la mortalité "exceptionnelle" en Seine-Saint-Denis ?

La mortalité dans le département a bondi de 63% d'une semaine à l'autre, avec des raisons diverses, dont la précarité des habitants.

La mortalité du Covid-19 en Seine-Saint-Denis a fortement augmenté à la fin du mois de mars 2020
La mortalité du Covid-19 en Seine-Saint-Denis a fortement augmenté à la fin du mois de mars 2020 Crédit : Ludovic MARIN / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
et AFP

Le département le plus pauvre de France souffre d'un "excès de mortalité exceptionnelle" en cette période d'épidémie de Covid-19. La Seine-Saint-Denis est fortement touchée par le coronavirus, si bien que les pompes funèbres se disent débordées et assurent "n'avoir jamais vu ça", indique l'AFP. 

Entre le 21 et le 27 mars , le nombre de décès a bondi de 63% par rapport à la semaine précédente. Un niveau "exceptionnel", souligné jeudi soir par le directeur général de la Santé Jérôme Salomon. Pour comparaison, la hausse atteint 32% à Paris et 47% dans le département voisin du Val-Oise.

Sollicitée par l'AFP, la direction de la Santé dit "ne pas avoir d'explication dans l'immédiat" quant à ces chiffres, d'autant plus étonnants que le nombre de décès à l'hôpital est plus faible en Seine-Saint-Denis que dans les autres territoires d'Île-de-France. Un hiatus que le transfert de malades vers d'autres hôpitaux ne saurait expliquer.

Du côté des pompes funèbres, on évoque par contre de "nombreux cas de morts à domicile et dans les maisons de retraite". "On est tous complètement débordés, je n'ai jamais vu ça ! C'est catastrophique. Même la canicule de 2003, c'est incomparable", témoigne un patron du secteur.

Les populations précaires sont plus touchées

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"En Seine-Saint-Denis, il y a plus de morts car il y a plus de contaminés, tout simplement", dit Frédéric Adnet, chef du Samu 93. Dans le département de 1,6 million d'habitants, l'un des plus denses de France, "le virus circule beaucoup plus facilement qu'ailleurs", ajoute-t-il. Et à cela, il y a des raisons démographiques mais aussi sociales. 

"Le confinement est complexe dans les territoires défavorisés comme le nôtre, où il y beaucoup de familles nombreuses dans des petits logements, des foyers de travailleurs migrants, des bidonvilles", explique l'urgentiste. "On sait que les maladies infectieuses touchent plus durement les plus précaires, car la transmission est plus facile, et qu'il sont plus difficiles à suivre", poursuit-il.

Même constat du côté des médecins de "Place santé", un centre de santé associatif situé au coeur de la cité des Francs-Moisins à Saint-Denis. "L'impression que l'on a, c'est que l'épidémie va être exacerbée dans les quartiers populaires où des inégalités de santé existent déjà", dit la coordinatrice du centre, Gwenaëlle Ferré, qui dénombre "plusieurs foyers avec plusieurs cas" de coronavirus.

Des travailleurs exposés, un confinement respecté

Autre facteur facilitant la circulation du virus, de nombreuses personnes habitants ce territoire ont des métiers qui ne sont pas suspendus, et n'arrêtent pas de travailler à cause d'un statut parfois précaire. "Dans notre patientèle, il y a beaucoup d'aides-soignantes, d'aides à domicile et de travailleuses en Ehpad", qui vont être "très exposées", explique la coordinatrice. Sans compter "les caissières, les livreurs".

Concernant un non respect du confinement, l'argument est balayée par l'ARS Île-de-France : "Les gens qui sont entrés en réanimation cette semaine, ce sont des gens qui ont contracté la maladie avant la mise en confinement", explique l'Agence régionale de santé, fatiguée de la polémique.

Dans le département, les règles du confinement sont, "comme ailleurs, globalement bien respectées", a aussi tenu à souligner cette semaine le préfet du 93, Georges-François Leclerc, saluant "l'esprit de responsabilité" des habitants.

Le président PS du Conseil départemental, Stéphane Troussel, pointe du doigt "un système de santé plus faible qui pèse dans l'accès aux soins" et le fait qu'il y ait "moins de médecins et moins de lits de réanimation" dans le 93. Mais pour le chef du Samu, Frédéric Adnet, l'explication de l'excès de mortalité n'est pas là. 

Selon lui, les habitants de Seine-Saint-Denis, même les plus précaires, n'hésitent pas à solliciter les secours et "sont soignés comme ailleurs" en France. "Tout le monde appelle le 15, dès que les gens ont du mal à respirer ils appellent. Pour les maladies vitales, les gens vont à l'hôpital", dit-il.

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