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"Beauvau de la Sécurité" : immersion dans le quotidien des policiers

"Immersions" s'est consacré à une parole rare, celle de policiers de terrain à quelques heures de l'ouverture du "Beauvau de la sécurité".

Des manifestants font face à des policiers lors d’une manifestation de soutien aux organisateurs d’une rave illégale du Nouvel An qui a vu 2 400 personnes défier les règles du virus à Rennes, dans l’ouest de la France, le 23 janvier 2021.
Des manifestants font face à des policiers lors d’une manifestation de soutien aux organisateurs d’une rave illégale du Nouvel An qui a vu 2 400 personnes défier les règles du virus à Rennes, dans l’ouest de la France, le 23 janvier 2021.
Crédit : SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP
"Beauvau de la Sécurité" : immersion dans le quotidien des policiers
05:54
"Beauvau de la Sécurité" : immersion dans le quotidien des policiers
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Sina Mir - édité par Camille Guesdon

"Immersions" s'est consacré à une parole rare, celle de policiers de terrain à quelques heures de l’ouverture du "Beauvau de la sécurité". Après une année de polémique sur les violences policières, ce grand débat commence cet après-midi chez les forces de l’ordre et va durer 3 mois. Dans quel état sont nos fonctionnaires pour en arriver là ?

Au centre du malaise actuel, il y a déjà un grand sentiment de lassitude chez les policiers, derrière les boucliers en manifestation par exemple. Pour le comprendre, on a d’abord embarqué dans les rues du XIIème arrondissement de Paris avec une compagnie de maintien de l’ordre. Dans le camion, on retrouve des fonctionnaires qui ne comptent plus les week-ends passés sur le terrain, les violences et les tensions systématiques qui vont avec.

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À leur tête le commandant Pierre, "14 ans de boutique comme on dit", qui a été chargé avec ses hommes d’intervenir sur une rave party il y a 10 jours au milieu de la voie publique. "Dès qu'on avance, c'est des projectiles, des canettes de bières, des bouteilles en verre. Il y a encore quelques années le fonctionnaire ou le collègue aurait pu être agressé par un ou deux individus et le reste de la foule les aurait retenus, ou aurait même fait relever le collègue pour le faire repartir". Mais aujourd'hui cela a changé "les gens regardent ou participent". 

Ce qui sème en plus le doute dans les rangs après la polémique autour de la loi de Sécurité Globale et la diffusion des images de policiers, la vidéo sera à nouveau un des chantiers centraux de ce "Beauvau de la sécurité".

Polémique autour de la loi de Sécurité Globale

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Certains policiers sont contre la diffusion d'images de policiers lors des manifestations en raison des dérapages et de la peur d'être pointé du doigt à tort. Les deux, certains policiers de terrain le disent très sincèrement. Selon un policier anonyme, "on ne verra pas les 14 ans où j'ai bien travaillé, on verra la fois où j'ai dérapé".

Jean-Jacques, dont on a transformé la voix pour préserver son anonymat, a plus d’une dizaine d’années de maintien de l’ordre derrière lui. Il y a quelques semaines, il a rangé son bouclier et demandé à changer de service. "Je suis rentré par vocation, et je reste pour l'alimentaire, c'est ça le pire. Quand des gens nous crie 'suicidez-vous', ça veut dire que nos vies ne valent pas grand chose. De mon point de vue, je le ressens comme ça".

Et à cela s’ajoute le sentiment de ne pas être suffisamment soutenus par sa hiérarchie. Pour beaucoup 2020 a été vécue comme l’année du "police-bashing" permanent, d’une chasse au policier, médiatique, politique pour reprendre leurs mots. Selon un policier, "cela va du chef de l'État qui a de beaux discours, mais dès qu'il y a quelque chose on est vite jugés sur une image. J'entends certains préfets qui ne prennent pas la responsabilité sur certaines choses. On a un objectif, on essaie de l'atteindre, on essaie de faire les choses le plus proprement possible. Mais en manifestation, la propreté n'existe pas".

Un sentiment d'abandon

Ce sentiment d’abandon se concrétise aussi dans le quotidien avec des commissariats agrandis dans des algécos, même si cela n’est pas nouveau. Avec des conducteurs de patrouilles peu expérimentés à cause du manque de gradés en région parisienne dans certains cas. Ce sera l'un des thèmes d’ailleurs de ce Beauvau. Il y a manque d’encadrement et ce malgré des interventions risquées qui se répètent, avec deux fois plus d’agressions de policiers en 15 ans.

"Quand vous arrivez à un stade où vous êtes obligés de cacher le fait d'être policier car on a des enfants qui vont à l'école (...) ce n'est plus une fierté d'avoir un père policier". Et pourtant David, que vous entendez, est ce qu’on appelle dans le jargon un "baqueux". Un policier membre d’une brigade anti criminalité de nuit qui en a vu, avec plus de 20 ans de maison, il est délégué du syndicat Alliance et comprend aujourd’hui que le métier ne fasse plus envie.

L'accompagnement, absent du Beauvau de la Sécurité

L’accompagnement, c’est pourtant le grand absent de la feuille de route de ce Beauvau. Ce n'est pas vraiment dans la culture de la maison de s’épancher sur le poids d’interventions traumatisantes et pourtant c’est bien l'une des clés des violences policières selon le Dr Charriot. Il dirige l’unité médico judicaire de l’hôpital de Bondy et voit passer chaque année des centaines de policiers blessés dans son bureau.

Deux faces s'affrontent dans la réalité : les violences policières et les agressions contre les policiers à l’origine de ce Beauvau de la Sécurité. Avec en fond la crainte dans les commissariats que ce grand débat soit fait pour calmer les syndicats de police une fois de plus et qu’il accouche d’un rendez-vous manqué.

"Immersions" de Sina Mir "dans le malaise des forces de l’ordre" est à retrouver en podcast et en format encore plus riche comme chaque mois sur l’appli RTL, sur notre site internet et sur vos plateformes de podcast favorites.

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