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Une cheminée (Photo d'illustration)
Crédit : Jellel Gasteli / Godong / Bridgeman Images via AFP
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Mardi 17 novembre 1998, dans l'après-midi, Colette Marie appelle le commissariat de Honfleur. Elle s'inquiète du silence de sa voisine Gisèle Loquet, une veuve qui habite la vieille fermette à colombages de la Jakaimée, à la sortie du bourg d'Équemauville. Colette a dîné chez elle hier soir, huîtres et champagne. Depuis, Gisèle ne répond plus au téléphone. À 12h30, un marchand de cidre ambulant est passé à la fermette mais il n’y avait personne. Il a juste aperçu des lueurs de braises dans la cheminée.
Deux gardiens de la paix se rendent sur place. La porte de l'habitation n'est pas verrouillée. Une forte odeur de fumée se fait sentir. Devant la cheminée, c'est un corps réduit en cendres que l'on distingue. Il ne reste rien sauf un bout de crâne et un pied humain qui a échappé au feu, chaussé d'une pantoufle rouge. La PJ de Caen est alertée. Le lieutenant Yannick Le Roy et le commandant Christian Morin découvrent la morte au coin du feu. Il s'agit bien de Gisèle Loquet.
Gisèle Loquet, retraitée, veuve depuis quelques mois, est une figure du coin. Avec Bernard, son mari, elle a longtemps tenu un bar PMU à Honfleur puis une brasserie à Cabourg. Elle ne s'entendait plus du tout avec les enfants de son époux, Christophe et Ghislaine. Cette dernière n’a pas caché sa détestation pour sa belle-mère aux enquêteurs. On s’aperçoit que cette concierge d’immeuble est une joueuse invétérée. Elle dépense sans compter au casino. Ses comptes sont à sec.
Jeudi 2 septembre 1999, les policiers en charge de l'affaire Gisèle Loquet reçoivent un surprenant coup de fil. La belle-fille, Ghislaine, a des choses à leur dire. Elle leur donne rendez-vous devant la tombe de son père au cimetière de Saint-Martin-aux-Chartrains, pas très loin de Pont-L’Evêque. Elle raconte avoir fait un rêve qui la perturbe. Son père lui est apparu, il lui a conseillé d’aller voir la police. "J'y suis pour quelque chose dans la mort de Gisèle", lâche-t-elle alors.
Dans la soirée du 16 au 17 novembre, Ghislaine a mangé au restaurant avec sa meilleure amie, Valérie Levillain. Puis, en passant devant la fermette de Gisèle, elle a remarqué une voiture. "Elle se met toute seule en cause et nous raconte, ce soir-là, qu'après la soirée passée avec sa belle-sœur, elle a eu un soupçon d’infidélité post-mortem de son père. Et ça a dérapé", indique Yannick Le Roy, directeur d'enquête à la PJ de Caen, dans L'Heure du Crime, sur RTL. Après de telles confidences, Ghislaine est mise en examen pour homicide volontaire et écrouée.
Deux ans après la mort de Gisèle Loquet, la belle-fille Ghislaine, est devant la cour d'assises du Calvados, à Caen. Elle paraît timide mais c'est pourtant sans hésitation, d'une voix claire et intelligente, qu'elle raconte une enfance tragique. À sept et huit ans, elle a perdu successivement dans des accidents de voiture sa petite sœur et sa mère. Puis, Gisèle est entrée dans la vie de la famille. Elle lui interdisait de toucher aux affaires de sa mère. La maltraitait. Malgré son récit, Ghislaine Loquet est condamnée à 7 ans de prison pour "violences ayant entraîne la mort sans la donner".
En 2005, une femme, entendue dans un dossier de violences sur enfants par un juge de Caen, dit avoir des choses à dire sur sa dénonciatrice, une certaine Valérie Levillain. Une enquête est alors très discrètement ouverte. Ghislaine Loquet, sortie de prison après avoir purgé sa peine, est réentendue. Elle affirme à nouveau qu'elle était seule. Pourtant, placée sur écoute, elle évoque ce rebondissement et ne cache pas son inquiétude.
Lundi 9 octobre 2006, Valérie Levillain est en garde à vue. Elle nie en bloc les accusations. Quand à Ghislaine Loquet, elle vient de craquer en garde à vue : "J'ai frappé la première. Valérie a suivi. Gisèle était sur son fauteuil".
Valérie Levillain finit alors déclarer : "Oui j'ai menti, oui j'étais présente mais je n'ai pas donné de coups". Valérie Levillain passe cinq mois en prison. Quatre ans plus tard, la justice organise enfin une reconstitution. Valérie Levillain répète qu'elle n'a pas touché la victime. Ghislaine Loquet l'accable, la présente comme la meurtrière.
Vendredi 10 octobre 2014, Valérie Levillain est à son tour devant les assises du Calvados dans le dossier Gisèle Loquet. Elle comparait libre. Au moins trois femmes l'accablent. Après trois heures de délibéré, Valérie Levillain est acquittée. "La vérité est à chaque fois morcelée. On ne va pas au bout de l’explication ou on n'a pas la clef de la mort exacte de Gisèle Loquet. Il y a deux versions qui se rejoignent et s’opposent sur l’essentiel alors comment gérer sereinement une telle affaire ? Les jurés se sont prononcés selon leur intime conviction et le doute a bénéficié à l'accusée", explique Yannick Le Roy.
- Frédéric Leterreux, journaliste police-justice, correspondant pour Le Journal du Pays Yonnais.
- Commandant Yannick Le Roy, directeur d'enquête à la PJ de Caen. Auteur du livre More Majorum, publié aux éditions Héraclès. Un ouvrage inspiré de l'affaire.
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