3 min de lecture Attaque à Strasbourg

Attentat à Strasbourg : pourquoi les théories du complot plaisent autant

ÉCLAIRAGE - L'annonce de la fusillade à Strasbourg a déclenché son lot de théories conspirationnistes sur les réseaux sociaux, comme après chacune des attaques qui a frappé la France ces dernières années.

Une fusillade a éclaté dans le centre-ville de Strasbourg, le 11 décembre 2018
Une fusillade a éclaté dans le centre-ville de Strasbourg, le 11 décembre 2018 Crédit : Abdesslam MIRDASS / AFP
BenjaminHuepro
Benjamin Hue
et Cécile De Sèze

Un "attentat qui tombe à pic" pour le Président, "un coup monté pour faire peur aux gens pour la suite des manifestations", une fusillade "étrange (...) alors que le gouvernement est menacé"... Mardi 11 décembre, dans la foulée de l'annonce de la fusillade qui a frappé le marché de Noël de Strasbourg, les accusations de complot se sont multipliées sur les réseaux sociaux, notamment sur des groupes Facebook de soutien aux "gilets jaunes", où de nombreux internautes ont néanmoins tenu à se désolidariser des messages complotistes.

Comme après chacune des attaques qui ont frappé la France depuis 2015, des théories conspirationnistes remettent en cause la réalité du drame qui interviendrait pour détourner les projecteurs médiatiques d'un autre événement mettant à mal le pouvoir, ici le mouvement des "gilets jaunes", mobilisés depuis bientôt un mois pour défendre leur pouvoir d'achat.


Pour étayer leurs démonstrations, les internautes complotistes ont joué sur des ressorts habituels : des captures d'écran montrant des articles de presse mis en ligne plusieurs heures avant que l'on ait connaissance des faits ou un tweet du préfet de la région Grand-Est qui aurait été publié dès la fin de matinée.

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Des décalages qui trouvent en fait des explications techniques triviales, telle que la modification des paramètres des fuseaux horaires sur Twitter, comme l'a démontré Le Monde, ou le fait que le fuseau horaire de la plateforme soit réglé par défaut sur celui des États-Unis.

"Un bouclier et un glaive"

Cet épisode illustre à nouveau combien les thèses conspirationnistes gagnent du terrain dans les esprits des Français. Selon une enquête de la Fondation Jean-Jaurès et du site Conspiracy Watch publiée début janvier, huit Français sur dix seraient en adhésion avec au moins une théorie proposée dans l'étude.

Les théories du complot reposent d'abord sur des ressorts psychologiques. "La théorie du complot c'est un bouclier et un glaive", soulignait en janvier Rudy Reichstadt auprès de RTL.fr. Un glaive car c'est "un discours de mise en accusation", et un bouclier car "il protège d'une réalité déplaisante".

"Globalement, le complotisme c'est la rencontre d'une offre psycho-politique et d'une demande sociale", analysait encore le directeur du site Conspiracy Watch. Elles alimentent "un besoin d'unicité" permettant à leurs tenants de se dire "Moi, je connais la vérité, je ne suis pas un mouton" et se doublent d'un "plaisir cognitif" ressenti lors de la lecture d'une théorie qui "tout à coup, a du sens".

Défiance envers les médias

Le mouvement des "gilets jaunes", qui a trouvé dans Facebook une caisse de résonance en phase avec ses exigences de verticalité et de transparence, l'a encore démontré récemment en étant agité par de nombreuses rumeurs infondées et intox, comme la thèse selon laquelle le pacte de Marrakech, un texte non-contraignant fixant des principes basés notamment sur la défense des droits de l'Homme, devait vendre la France à l'ONU et aux migrants.

Le succès des théories complotistes s'accompagne d'une défiance envers les médias traditionnels et les structures officielles, un sentiment en partie amplifié par Facebook dont les algorithmes ont atténué la portée des publications des sites d'information pour mieux mettre en avant celles des proches et des groupes de discussion.

Cette crise de confiance médiatique et institutionnelle complique la lutte contre la désinformation. Les plateformes numériques et les autorités ont mis en place des stratégies pour endiguer le phénomène mais les campagnes touchent une audience moins large que les publications qu'elles combattent et renforcent souvent la conviction de leurs propagateurs.

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2018-12-12 16:02:00
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