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Coronavirus : en PACA, la formation d'étudiants infirmiers suspendue

Les étudiants de deuxième année voient leur formation suspendue pour augmenter le nombre d'aides-soignants dans les établissements de soins.

Une infirmière à l'hôpital d'Argenteuil, dans la banlieue parisienne (photo d'illustration).
Une infirmière à l'hôpital d'Argenteuil, dans la banlieue parisienne (photo d'illustration). Crédit : Fred Dufour - AFP
Coline Daclin Journaliste

"On n'est plus étudiants. On n'est plus rien." Étudiante infirmière en deuxième année à Avignon, Alice* est en colère. L'Agence régionale de Santé de Provence-Alpes-Côte d’Azur (ARS PACA) a décidé lundi 16 novembre de suspendre la formation des étudiants infirmiers de deuxième année dans la région, au moins jusqu'au 13 décembre. "On ne peut plus avoir cours, ni aller en stage alors qu'on devait commencer la semaine prochaine. C'est incompréhensible", déplore l'étudiante de 21 ans. 

En suspendant les formations, l'ARS espère pousser les étudiants à s'engager en renfort comme aides-soignants dans les établissements qui en ont besoin. "Les étudiants infirmiers de 2e année peuvent s’inscrire pour être recrutés via des contrats de vacations ou des CDD avec les établissements bénéficiaires sur la plateforme renfort RH de l’ARS", explique l'institution dans un mail adressé à RTL.fr

Des craintes pour leur formation

Seuls les étudiants de deuxième année sont concernés, car ils disposent à ce niveau de formation d'une équivalence leur permettant d'exercer en tant qu'aide-soignant. Ceux en troisième année en revanche ne sont pas arrêtés. "On nous a expliqué que les 3ème année seraient bientôt diplômés, qu'il ne fallait pas les impacter", raconte Alice. 

Comme d'autres étudiants infirmiers, Alice craint pour sa formation. Aide-soignante et infirmière, ce n'est pas le même métier. Sans les stages, les étudiants infirmiers ne pratiquent donc plus les soins et les techniques normalement nécessaires à la validation de leur diplôme. "Si on est diplômés sans rattraper ce temps de stage sacrifié, on risque de ne pas savoir quoi faire quand on sera en poste, voire de mettre des gens en danger", alerte l'étudiante. 

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De son côté, l'ARS tente de rassurer : "Il est évident que la situation est inédite, complexe et que cette décision difficile à prendre peut entrainer des incompréhensions des étudiants. Néanmoins, l’ARS est en lien étroit avec les instituts, les directeurs des soins infirmiers des établissements pour que cette décision n’ait pas d’impact négatif sur la formation de ces élèves."

Les aides aux étudiants maintenues

À la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI), Bleuenn Laot, la présidente, assure à RTL.fr recevoir de nombreux appels d'étudiants inquiets, venant de PACA comme d'ailleurs. Elle soutient que d'autres régions envisageraient à ce jour la même mesure qu'en PACA. 

"Cette solution était déjà mentionnée dans un vademecum du ministère de la Santé, mais il s'agissait du dernier scénario", explique la présidente de la FNESI. En effet, le document précise bien que la formation des infirmiers et infirmières peut être suspendue "en cas de tensions RH majeure" et "pour une durée d’un mois renouvelable". En PACA, l'ARS précise dans son arrêté que la mesure est renouvelable une fois. "On comble un manque d'investissement dans du personnel par le volontariat des étudiants", dénonce Bleuenn Laot. 

La mesure permet aux étudiants qui travaillent comme aides-soignants de bénéficier d'un CDD, et d'un salaire d'aide-soignant. Par ailleurs, "toutes les aides, indemnités de stage et bourses d’étude, seront maintenues à l’identique par la Région, pour tous ces étudiants", précise Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, dans un communiqué. Un avantage par rapport aux étudiants infirmiers réquisitionnés pendant leurs stages, payés en temps qu'étudiants. Pendant la première vague, le tarif au niveau national était d'environ un euro de l'heure. Il a été revalorisé pour passer à 3,90 euros de l'heure, pour un contrat de 35 heures. 

Volontaire ou pas ?

Les étudiants infirmiers doivent désormais choisir ce qu'ils vont faire. Leur IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) et l'ARS les laissent libres de s'inscrire ou pas comme volontaires. Louise*, elle aussi étudiante à Avignon, s'est déjà inscrite. "On est dans une formation altruiste, on doit veiller avant tout au collectif", déclare-t-elle à RTL.fr. D'autres, comme Emma*, étudiante à Salon-de-Provence, hésitent. "En règle générale, on est tous volontaires. Mais là, je ne sais pas si je m'inscrirai. On essaie de se mettre d'accord avec mes camarades de promotion pour rester tous soudés."

Pour expliquer ces hésitations, il y a évidemment le mécontentement face à des mesures prises selon la FNESI "sans concerter les étudiants". Mais pas seulement. Il y a aussi la solidarité avec les étudiants qui ne peuvent pas se porter volontaires pour diverses raisons. "Beaucoup ont déjà un job à temps partiel. S'ils s'absentent de leur job, ils seront licenciés", explique notamment Louise. 

Même si elle sera volontaire, l'étudiante avignonnaise regrette une mesure peu stratégique voire "contre-productive". "Certains étudiants sont des travailleurs d'établissements de soins, dont la formation est payée par leur établissement. Eux ont été automatiquement remis à la disposition de leur employeur", indique-t-elle. En pratique, "ceux qui n'ont pas été rappelés ne peuvent pas s'inscrire comme volontaires, et ceux qui l'ont été ne sont pas forcément des endroits où il y a du besoin."

Contre la mesure, certains étudiants se mobilisent et prévoient déjà des lettres ouvertes et des manifestations. De son côté, la Région soutient qu'un "budget de 2 millions d’euros est consacré par la Région, avec le soutien de l’Etat" pour les étudiants. "C’est le témoignage de la reconnaissance de l’ensemble de la majorité régionale pour ceux qui vont être appelés en renfort pour lutter contre l’épidémie sur notre territoire régional", selon Renaud Muselier.

* A la demande des intéressées, les prénoms ont été changés

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