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Coronavirus : "Elle est partie avec l'infirmière, je ne l'ai jamais revue", raconte le mari d'une victime

TÉMOIGNAGE - "Je ne sais pas dans quelles conditions elle est décédée, c'est ça le malheur. Je souhaite qu'elle ait souffert le moins possible", confie l'époux d'Yvette, l'une des premières victimes du coronavirus en France.

Julien Sellier RTL Petit Matin Julien Sellier iTunes RSS
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Coronavirus : "Elle est partie avec l'infirmière, je ne l'ai jamais revue", raconte le mari d'une victime Crédit Image : Lionel BONAVENTURE / AFP | Crédit Média : Samuel Goldschmidt / RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Générique 6
Samuel Goldschmidt édité par Marie Gingault

Yvette est morte du coronavirus le 26 mars 2020 à l'hôpital de Belfort - Nord Franche-Comté : l'une des 1.500 premières victimes de l'épidémie en France. RTL a rencontré Alain son mari, et Stéphane son fils, qui ont accepté de raconter cette période : les premiers symptômes, la dégradation de l'état de santé, l'hospitalisation et la mort brutale. Mais aussi les difficultés pour l'enterrement et les obsèques, avec les premières mesures de limitation très strictes du nombre de personnes qui pouvaient être présentes durant le premier confinement. Un parcours qui les marque encore aujourd'hui, et qui a empêché toute la famille de faire son deuil correctement.

"Mon épouse est décédée le 26 mars. La semaine après elle avait ses 80 ans et on devait fêter nos 50 ans de mariage", confie Alain, très ému. "On était malade tous les deux, je l'ai emmenée puis on s'est quittés dans le hall de l'hôpital sans pouvoir se toucher. Une fois qu'elle est partie avec l'infirmière, je ne l'ai jamais revue", se remémore douloureusement son époux. 

Je souhaite qu'elle ait souffert le moins possible

Alain, mari de Yvette
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"Quand je suis arrivé à l'hôpital au début, on m'a retéléphoné pour me dire que je pouvais aller voir maman. Et là, la première chose que le médecin me dit c'est 'on pense que c'est une personne que l'on peut encore sauver'", relate pour sa part Stéphane, le fils d'Yvette. "Quand vous arrivez, ils vous équipent, la surblouse, le masque, la charlotte. Je suis allé la voir et quand je l'ai vue dans sa chambre, elle était assise, elle était tranquille, elle essayait de manger", raconte-t-il. "La première chose que j'ai faite c'est que j'ai appelé papa, pour qu'ils puissent communiquer (...) L'objectif du médecin c'était de recréer un espoir, recréer une envie de vivre, parce qu'elle était complètement en train de décliner", ajoute Stéphane. Il raconte que, très rapidement, l'état de sa maman s'est considérablement dégradé. 

"On a pu la contacter tous les jours, et le mercredi soir plus personne ne répondait au téléphone. Le jeudi matin c'est moi qui ai reçu l'appel comme quoi elle était décédée", indique le fils d'Yvette. "C'est dur, parce qu'il faut l'annoncer au reste de la famille, vous n'avez pas le droit de l'embrasser, de la prendre dans les bras, c'est très dur", ajoute-t-il. Alain, parle pour sa part "d'un vide", qui ne le quitter plus. "Je ne sais pas dans quelles conditions elle est décédée, c'est ça le malheur. Je souhaite qu'elle ait souffert le moins possible", dit-il.

Des funérailles au goût amer

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Concernant les funérailles, "on n'a pas eu le droit de faire grand-chose", regrette Alain. "Tout le monde est resté sur le trottoir, sauf nous quatre", indique-t-il. Stéphane remercie les porteurs funéraires : "Ils ont été sympas sur ce coup-là parce qu'ils ont accepté de laisser le corbillard dehors, ils ont sorti un peu le cercueil et on a pu faire un moment de recueillement et là on a pu être les onze, plus la personne qui parlait. Après, pour rentrer dans le cimetière c'était quatre". 

À l'église, il y avait une tolérance de 15 personnes. "En sachant que la famille proche on prenait déjà onze places, c'était sans chanteurs, sans musique, sans ce qu'il y a habituellement dans les offices religieux pour un décès", souligne le fils d'Yvette, pour qui ces funérailles expédiées laissent un goût d'inachevé. 

Alain qui fait partie d'une église évangélique a put compter sur le soutien du responsable de son église. "Il m'a dit, on va faire des tests sur Zoom. Est-ce que t'es d'accord qu'on passe en direct la cérémonie dans l'église, pour les gens. Il y avait plus de 100 connexions, ça fait qu'on était quand même une grande famille et qu'on était tous liés", positive Alain. 

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