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Coronavirus : des soignants ont-ils dû travailler en étant positif à la Covid-19 ?

Martin Hirsch a assuré au Grand Jury que ce n'était pas le cas, mais le collectif Inter Blocs soutient toutefois que le "principe de précaution" n'a pas été respecté.

Une infirmière se prépare à soigner un patient touché par le COVID-19 dans l'unité de soins intensifs de l'Hopital Bichat AP-HP à Paris le 13 mars 2020.
Une infirmière se prépare à soigner un patient touché par le COVID-19 dans l'unité de soins intensifs de l'Hopital Bichat AP-HP à Paris le 13 mars 2020.
Crédit : Anne CHAON / AFP
Coline Daclin
Journaliste

Les soignants sont en première ligne face à l'épidémie de coronavirus. Selon Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris invité dimanche 20 décembre du Grand Jury, "10.000 personnes ont été contaminées" dans les hôpitaux parisiens, et "cinq personnes" en sont mortes.

Prévenir les cas de Covid-19 au sein du personnel soignant est donc primordial, à la fois pour leur santé propre, mais aussi pour celle de leurs patients. "Si on est cas contact, ou positif, ou avec des symptômes, on s'isole et on arrête de travailler [...] Qu'on soit médecin, infirmier ou directeur, on s'arrête 7 jours", assure donc Martin Hirsch au sujet de la politique de l'AP-HP en la matière.

Lorsque Benjamin Sportouch lui demande de confirmer qu'il n'y a pas eu de soignants qui porteurs de la Covid-19 ont continué de travailler parce qu'ils étaient asymptomatiques, le directeur de l'AP-HP insiste : "Oui, j'en suis à peu près sûr". "Il peut y avoir la situation d'une personne qui a voulu retravailler et qu'on n'a pas pu convaincre" de rester chez elle, concède seulement Martin Hirsch.

Une réponse qui fait tiquer le collectif de soignants Inter Blocs, qui parle de "fake news". "Donc ce sont les soignants qui ont voulu travailler en étant positifs à la Covid-19 ? Vous mentez et vous culpabilisez encore les soignants ! Une honte !", réagit le collectif sur Twitter.

Un avis du Haut Conseil de Santé Publique

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En effet, dans le pays, certains soignants ont assuré avoir été obligés de travailler alors qu'ils étaient positifs à la Covid-19. Des cas ont été rapportés en Loire-Atlantique, en Isère, dans l'Aube ou encore dans les Alpes-Maritimes. 

Un avis du Haut Conseil de Santé Publique du 23 mai est alors évoqué pour justifier leur travail. Il indique que les hôpitaux peuvent maintenir en place un soignant infecté s'il est "non remplaçable" et "asymptomatique", tant que que "la balance bénéfice/risque" n'est pas défavorable. 

"Si des soignants ont dû travailler à l'AP-HP alors qu'ils étaient contaminés, c'est au nom de cet avis du Haut Conseil de Santé Publique, pas de leur décision propre", soutient auprès de RTL.fr Gregory Chakir, porte-parole d'Inter Blocs. Il assure que son collectif a recueilli de nombreux témoignages de personnels de différents hôpitaux de France, qui disaient avoir été obligés par leurs cadres supérieurs à rester travailler. Au regard de l'existence de ces situations, il était selon lui "indécent" de désigner les soignants comme "responsables" de ce genre de décision. 

En ce qui concerne l'AP-HP en particulier, le syndicat SUD assure n'avoir eu aucune remontée de soignants malades et obligés à travailler. "L'institution n'a jamais dit ou écrit qu'il fallait rester travailler lorsqu'on était contaminé et asymptomatique", assure à RTL.fr Cathy Le Gac, co-secrétaire de SUD Santé AP-HP. Martin Hirsch semble donc avoir raison lorsqu'il affirme que l'AP-HP n'est pas allé "chercher" des soignants contaminés "pour demander de combler les manques de personnel". 

La protection des soignants en question

Gregory Chakir précise toutefois qu'il est "souvent très difficile" pour les soignants concernés de témoigner, et vise un autre aspect du problème. En effet, il est possible que d'autres soignants contaminés et asymptomatiques soient restés travailler car, comme l'indiquent des documents internes en date du 16 septembre et du 6 novembre, la politique de l'AP-HP est de maintenir en poste les cas-contacts en l'attente des résultats de leur test, tant qu'ils sont asymptomatiques et s'ils ne peuvent pas télétravailler. Une vigilance supplémentaire à d'éventuels symptômes et aux gestes barrières est toutefois de mise. Gregory Chakir estime que cette mesure "ne respecte pas le principe de précaution".

Par ailleurs, les soignants malades peuvent revenir travailler au bout de sept jours. Mais cela n'empêche pas qu'il y ait "des rechutes" de la maladie, selon un membre du syndicat SUD de l'AP-HP. Pour rappel, l'Institut Pasteur considère qu'en moyenne, la contagiosité débute "2 jours avant l’apparition des symptômes et jusqu'à 7 à 10 jours après le début des symptômes".

Selon lui, comme pour Gregory Chakir, le problème est surtout que dans une situation où il peut être complexe de savoir qui est contaminé et qui ne l'est pas, les soignants "ont manqué de protections individuelles", comme les masques FFP2 ou les surblouses. À ce sujet, le collectif Inter Blocs a d'ailleurs lancé une action en justice contre l'État pour dénoncer un "défaut de protection et sécurité des infirmiers de bloc opératoire".

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