Remaniement ministériel : les 4 dossiers qui risquent de provoquer des tensions au sein du gouvernement

ÉCLAIRAGE - L'Élysée a dévoilé la composition du dernier gouvernement du quinquennat de François Hollande, jeudi 11 février. Certains ministres aux convictions a priori opposées vont devoir cohabiter au sein de la même équipe.

65% des Français jugent que l'action de François Hollande et Manuel Valls n'est pas à gauche
Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
65% des Français jugent que l'action de François Hollande et Manuel Valls n'est pas à gauche

François Hollande a donc opéré son dernier remaniement ministériel, jeudi 11 février, avant la fin de son mandat. L'ancien premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a fait son retour au gouvernement tandis que les écologistes Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili ont intégré l'équipe. Ce gouvernement censé servir les intérêts du Président en vue du scrutin de 2017 est composé de ministres qui n'ont pas toujours été sur la même ligne politique. 

Projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landesprimaire à gauche, gestion des ego... François Hollande va devoir composer avec des ministres aux convictions parfois opposées.

1. L'épineux dossier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Le président de la République a anticipé les critiques sur le dossier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Au soir de la nomination du gouvernement, conformément à une information divulguée par RTL, il a annoncé sur TF1 et France 2 la tenue d'un référendum local d'ici au mois d'octobre 2016 pour décider de l'avenir de ce projet d'aéroport. Selon nos informations, il serait, pour l'heure, impossible de le faireLa loi française n'autorise pas aux collectivités d'organiser un référendum dans un dossier tranché par l'État. 

La sortie de crise devra attendre. Pis, les débats en Conseil des ministres entre Jean-Marc Ayrault, l'ancien maire de Nantes qui a toujours porté le projet à bout de bras, et les écologistes, qui y sont farouchement opposés, risquent d'être tendus. François Hollande devra trancher et donc diviser.

2. Manuel Valls et Emmanuel Macron, les meilleurs ennemis

Les tensions ne se sont jamais autant fait sentir entre le premier ministre Manuel Valls et son ministre de l'Économie, Emmanuel Macron. Lui confier les rennes d'un "Grand Bercy" avait été un moment envisagé. Au final, le ministre ne voit pas ses prérogatives élargies. Au contraire, il rétrograde de la 11e à la 14e place au sein du gouvernement, derrière Emmanuelle Cosse.

Le ministre de l'Économie paye sans doute son attitude notamment à l'égard de la déchéance de nationalité. Mais pas seulement. "Emmanuel Macron lui a volé le rôle de briseur de tabou de la gauche, qui était jusqu'à présent sa spécialité, analyse L'Express. La loi Macron II, qui devait intervenir sur le secteur de l'économie numérique, ne verra pas le jour, dépecée et confiée à ses collègues Myriam El-Khomri et Michel Sapin." 

Le ministre de l'Économie n'a pas, non plus, pu bénéficier d'une tribune pour défendre son projet de loi à l'Assemblée nationale en 2015, le premier ministre Manuel Valls préférant user de l'article 49-3 de la Constitution pour faire adopter le texte.

3. Les relations Valls-Ayrault limitées au strict minimum

François Bayrou, le président du Modem, l'a rappelé au micro de RTL ce 12 février, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls ne sont pas les meilleurs amis. Les deux derniers premiers ministres de la Ve République n'ont pas les mêmes convictions et ne s'en cachent pas. À plusieurs reprises, Jean-Marc Ayrault n'a pas manqué de le rappeler. 

Au soir de la défaite de la majorité aux élections départementales de mars 2015, l'ex-premier ministre n'a pas hésité à demander implicitement un changement de cap au gouvernement de Manuel Valls. Il a rappelé qu'il n'y avait pas de "frondeurs" socialistes lorsqu'il était à Matignon (mai 2012-mars 2014). 

À l'époque où le gouvernement était mené par le député de Loire-Atlantique, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls n'a pas manqué de défier son autorité, rappelle Challenges"Manuel Valls avait combattu le premier ministre Ayrault à visage découvert. Contestation de son autorité. Mise en pièce de propositions parmi les plus importantes. Affirmation au grand jour d'une ambition : occuper l'hôtel de Matignon. Depuis la place Beauvau, il s'attachera à démolir Jean-Marc Ayrault."

En nommant Jean-Marc Ayrault au Quai d'Orsay, François Hollande a souhaité limiter les relations entre les deux hommes au strict minimum. "Le ministre des Affaires étrangères bénéficie d'un statut à part selon Challenges qui affirme que le retour de Jean-Marc Ayrault au gouvernement est dû à François Hollande et à François Hollande seulement. Le chef de la diplomatie bénéficie en quelque sorte d'un statut d'extraterritorialité. Il n'a de comptes à rendre qu'au chef de l'État." La situation a donc le mérite d'être claire.

4. Primaire à gauche : 8 jours avant sa nomination, Emmanuelle Cosse l'espérait

Si l'on sait que la primaire Les Républicains doit avoir lieu les 20 et 27 novembre, la gauche, elle, réfléchit. Pas convaincus par le quinquennat de François Hollande, des écologistes, Daniel Cohn-BenditCécile Duflot et... la nouvelle ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, en tête, ont lancé un appel à une primaire de la gauche et des écologistes. 

Le 3 février, une conférence emmenée par Yannick Jadot et l'économiste Thomas Piketty lançait cette opération en grande pompe à la Bellevilloise à Paris (XXe). La nouvelle recrue du tandem Hollande/Valls n'a pas hésité à s'afficher aux côtés de Cécile Duflot, Daniel Cohn-Bendit et les frondeurs socialistes, Laurent Baumel, Christian Paul ou Pascal Cherki, qui dénoncent les politiques gouvernementales depuis près de deux ans.

Certes, Emmanuelle Cosse ne s'est pas reniée en affirmant que son entrée au gouvernement n'a rien changé sur son opposition à la déchéance de nationalité. Il sera tout de même difficile pour elle de ne pas soutenir François Hollande, avec qui elle partagera un bilan, le moment venu. Les militants EELV sont dans l'incompréhension. Cécile Duflot, qui l'a précédée à la tête du mouvement ainsi qu'au ministère du Logement, s'est déjà confrontée au problème et n'en est pas ressortie renforcée.

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par Ludovic GaltierJournaliste RTL
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Remaniement ministériel : les 4 dossiers qui risquent de provoquer des tensions au sein du gouvernement
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ÉCLAIRAGE - L'Élysée a dévoilé la composition du dernier gouvernement du quinquennat de François Hollande, jeudi 11 février. Certains ministres aux convictions a priori opposées vont devoir cohabiter au sein de la même équipe.
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2016-02-13 09:00:00
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