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Cyclisme : pourquoi gagner Milan-San Remo est le plus grand défi de la carrière de Tadej Pogacar

Premier Monument de la saison, la Primavera résiste au champion du monde slovène depuis six ans. La faute à un profil qui ne lui permet pas de faire assez de différences dans le final contre Mathieu van der Poel ces dernières saisons.

Le Slovène Tadej Pogacar sur Milan-San Remo avec le Néerlandais Mathieu van der Poel et l'Italien Filippo Ganna, le 22 mars 2025.

Crédit : Marco BERTORELLO / AFP

Gabriel Joly & AFP

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Tadej Pogacar va-t-il enfin triompher via Roma ? Après six tentatives infructueuses, l'ogre slovène se présente en Italie samedi 21 mars avec la ferme intention d'inscrire son ronflant patronyme au palmarès de Milan-San Remo, le premier Monument de la saison pour lequel il nourrit une forme de fixette.

Depuis une 12e place pour sa première participation en 2020, le coureur de 27 ans s'est toujours classé dans le top 5 de l'épreuve, sans jamais réussir à lever les bras. Si l'on met de côté Paris-Roubaix, dont il n'a commencé à fouler les pavés que l'an passé et qu'il espère décrocher le 12 avril prochain, c'est la seule course d'envergure sur laquelle il continue de se casser les dents.

Pogacar et victoire sont pourtant deux termes habitués à rimer ensemble, le boss d'UAE Emirates Team comptant déjà quatre Tours de France, un Giro, deux maillots arc-en-ciel de champion du monde et l'impressionnante bagatelle de 10 Monuments (deux Tours des Flandres, trois Liège-Bastogne-Liège et cinq Tours de Lombardie), pour ne citer que ses faits d'armes les plus prestigieux. Mais "Pogi" - capable de gagner sur tous les terrains - n'a jamais trouvé la clé sur la Primavera.

Proposant sans doute la demi-heure la plus excitante de l'année en cyclisme, "MSR" a longtemps été réservée aux sprinteurs avant de devenir l'un des rendez-vous les plus prisés du calendrier. Une fois le départ donné à Pavie, depuis la banlieue de Milan, elle s'apparente à une longue procession de six heures vers la Riviera de Ligurie, souvent dénuée du moindre intérêt, avant un final électrique. Désormais, ce cadre unique est sublimé par la quête fascinante d'un homme qui, avec ses élans désespérés pour conquérir la Classicissima, a changé jusqu'à la manière de la courir.

Van der Poel est sur son terrain de prédilection

L'équation, en apparence insoluble, est connue : la Cipressa (5,6 km à 4,1%) et le Poggio (3,6 km à 3,8%), les deux bosses des 25 derniers kilomètres, ne sont pas suffisamment sélectives pour lui permettre de faire la différence. Généralement, il y a toujours au moins un homme rapide pour s'accrocher à sa roue et ensuite le coiffer au sprint sur la ligne. C'est ce qui s'est passé ces trois dernières éditions avec les actuels Alpecin-Premier Tech : le Néerlandais Mathieu van der Poel, vainqueur par deux fois, et qui a, entre-temps, offert le bouquet à son coéquipier belge Jasper Philipsen.

"C'est sûr que je préférerais que le Poggio fasse cinq kilomètres de long à 10% mais c'est comme ça. Ce sont les lois de la physique qui s'appliquent, je ne peux pas faire de la magie", avait commenté le leader d'UAE l'an dernier, frustré. Il venait de multiplier les attaques dans un final exceptionnel d'intensité, sans réussir à semer ni "MVDP" ni Filippo Ganna pour finir troisième.

Alors que faire ? Une option consiste à partir à l'abordage dans la descente du Poggio, dont le sommet se trouve à 5,6 km de l'arrivée, comme son compatriote Matej Mohoric en 2022, mais la prise de risque est maximale et sans garantie. Ou bien attaquer comme l'année dernière dès la Cipressa, ce qui a longtemps été considéré comme une hérésie à cause du long bout de plat amenant ensuite jusqu'au pied du Poggio... Un terrain propice aux regroupements.

Les avis divergent. Interrogé par la Gazzetta dello Sport, Eddy Merckx, qui a décroché sa septième victoire dans la Primavera il y a cinquante ans pile, estime que c'est "dans le Poggio" que Tadej Pogacar doit attaquer. "Même s'il parvient à partir dans la Cipressa, les chances d'être repris ensuite sont trop grandes", juge la légende belge.

Le vent de face peut le desservir sur ce profil

Pour autant, Mathieu van der Poel dit s'attendre à subir de nouveau des assauts précoces du zébulon, même privé de ses lieutenants Tim Wellens et Jhonatan Narvaez sur blessures, et malgré le léger vent de face annoncé. Dans ces conditions, il pourrait du mal à creuser le moindre écart dans la première côte où il avait battu le record d’ascension sur Strava en début de mois à l'entraînement (8'51"), soit six secondes de moins que son temps sur l'édition 2025. Samedi, le Slovène comptera néanmoins sur le soutien d'Isaac del Toro, la nouvelle star mexicaine, qui avait pêché l'an dernier par son placement.

Suffisant pour décrocher Van der Poel, qui devrait une nouvelle fois être son principal concurrent devant les Wout Van Aert (Visma-Lease a bike) ou Filippo Ganna (Ineos-Grenadiers), à moins que les Français Romain Grégoire (Groupama-FDJ United) et Paul Magnier (Soudal Quick-Step) ne se mêlent à la lutte ? "L'an dernier Tadej était très proche de l'emporter. Si je suis 1% moins bien dans la Cipressa, il part seul. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne gagne Milan-San Remo", assure son rival batave, déterminé tout de même à retarder au maximum ce moment.

Tadej Pogacar, apparu plus musclé que jamais au niveau des cuisses lors de son succès devant Paul Seixas aux Strade Bianche, ne cache lui pas son impatience. "Ce n'est un secret pour personne que j'ai envie de gagner cette course", dit le Slovène au moment de prendre le départ d'une épreuve devenue son obsession.

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