4 min de lecture Société

Accusé de racisme et de sexisme, Norman fait une vidéo... pour s'expliquer

Le Youtubeur français a été critiqué par de nombreux internautes pour certains sketches de son "one man show" diffusé sur Amazon Prime.

L'humoriste français Norman Thavaud
L'humoriste français Norman Thavaud Crédit : AFP
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

"Je voulais revenir sur une blague de mon spectacle qui clairement est mal passée. Elle a choqué certaines personnes et vraiment c'était pas le but". Dans une vidéo partagée sur son compte Instagram, l'humoriste et youtubeur Norman Thavaud (plus connu sous le pseudo "Norman fait des vidéos") a souhaité proposer une mise au point à l'endroit de ses fans après l'émergence de critiques sévères sur son spectacle seul en scène.

Dans son Spectacle de la maturité, diffusé sur Amazon Prime Vidéo, Norman s'attaque notamment à l'un des récents symboles de la diversité dans les blockbusters d'Hollywood : le fait que l'actrice noire Lashana Lynch va hériter du célèbre matricule "007" de James Bond (sans devenir James Bond) dans le prochain film de la saga d'espionnage Mourir peut attendre

"La dernière connerie qu'ils ont trouvée contre le racisme, c'est dans le prochain James Bond, qu'ils sont en train de tourner en ce moment au cinéma, le prochain James Bond, enfin agent 007, se reprend-il, sera incarné par une femme renoi (sic). Est-ce qu'on n'est pas en train d'aller trop loin contre le racisme là ? 'My name is Bond. Fatoumata Bond.' Non, ça va pas du tout. Je suis pas d'accord. James Bond, c'est un personnage, on l'aime comme ça. On ne peut pas le changer du jour au lendemain pour un quota. Ou alors, on dit OK, James Bond c'est une femme renoi, mais dans ce cas-là, le jour où on tournera le biopic de Michael Jordan, je veux que ça soit joué par Thierry Lhermitte. Et que les gens valident ça. Normal. Et qu'on fasse : 'Putain, on est tellement ouvert". 

Un passage qui a heurté de nombreux internautes et certaines célébrités comme la chanteuse Yseult qui a partagé cet extrait.

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Il y aurait beaucoup à dire sur les nombreux problèmes de ce sketch. L'utilisation du nom Fatoumata pour faire de la femme noire un monolithe symbolique inaltérable concentrant tous les clichés que l'on pourrait imaginer sur elles. La mise en parallèle de la représentation d'un personnage fictionnel avec celui d'un personnage réel (ici Michael Jordan). Ou le fait de faire de la représentativité des personnes noires au cinéma un combat similaire avec celui des acteurs blancs, ici ce pauvre Thierry Lhermitte, qui n'a certainement pas demandé à être mêlé à cette histoire... 

Mais une chose est sûre, Norman Thavaud entretient d'abord une fausse information, celle que Lashana Lynch serait la prochaine James Bond. Faux !, serait-on tenté de lui répondre en reprenant un de ses gimmicks. L'humoriste le sait, puisqu'il précise en avant propos que Lashana Lynch ne sera que le nouvel "agent 007". James Bond, lui, sera toujours incarné par un homme blanc, Daniel Craig, qui ne peut simplement plus se prévaloir de son célèbre matricule auprès du MI6. Mais cette réalité empêchait Norman de plonger à pieds joints dans la polémique et cette confusion entretenue depuis des mois par des "cinéphiles" qui refusent de voir ce personnage culte "entaché" par la méchante diversité d'aujourd'hui... Une polémique similaire est née lorsque le personnage d'Hermione Granger de la franchise Harry Potter a été joué par une comédienne noire au théâtre. Malgré la bénédiction de la créatrice même d'Harry Potter, l'opinion s'est déchirée. Les arguments des deux camps sont désormais bien établis. Et les idéologies qui les soutiennent aussi. 

"C'était maladroit"

"Je tiens sincèrement à m'en excuser. Je n'ai jamais voulu me moquer du prénom Fatoumata. Je voulais parler des studios de cinéma américains qui pour se donner bonne conscience se la joue anti-racisme de façade. Mais c'était mal amené, c'était maladroit, reconnaît Norman Thavaud. C'était pas une bonne idée, j'aurais pas du la faire, vraiment je regrette." L'acte de contrition s'arrête ici.

"Ceci étant, on ne peut pas résumer un spectacle à une blague, se défend l'humoriste. Quand je lis dans les commentaires : 'Ton spectacle est un spectacle raciste'. Comment vous dire... Les gens qui disent ça n'ont simplement pas regardé mon spectacle et ne le feront pas parce qu'ils s'en foutent totalement. C'est de la pure malhonnêteté intellectuelle", s'emporte Norman. 

"Dedans je parle du privilège blanc, je parle de la culpabilité blanche. Je parle de mes potes rebeus qui passent leur temps à se faire contrôler - donc du contrôle au faciès - que je ne peux même pas rentrer en boîte avec eux. Je parle des inégalités salariales. Je parle de la xénophobie que fait monter la presse et les médias pour vendre des papiers. Je dis aussi que les gens qui disent qu'il n'y a pas de racisme, eh bien ce sont souvent des racistes, égraine l'humoriste. Bref, la liste est longue. J'invite ces gens qui disent ces inepties, ces grosses bêtises à aller regarder mon spectacle de A à Z pour se rendre compte que son contenu ne laisse aucun doute sur le fond de mes pensées et sur la sincérité de mon engagement anti-raciste."

Plusieurs internautes se sont alors "amusés" à regarder en entier son spectacle pour vérifier si la blague sur Fatoumata était bien la seule erreur baignant dans un océan de progressisme et de bienveillance. La pêche fut bonne. Dans ce spectacle, Norman évoque son appartement dans Le Marais (l'occasion de faire une référence au fisting car comment parler autrement des homosexuels qu'avec une référence instantanée à une pratique anale extrême...), la langue française malmenée par Aya Nakamura, sa femme de ménage (“hyper chère, parce qu’elle est française”), un peu de "slut-shaming" en critiquant les Kardashian et les femmes qui montrent leurs fesses sur Instagram ou encore Uber qualifié de "moyen de locomotion maghrébin"... 

Sa compagne et mère de ses enfants récolte quelques critiques bien senties aussi. Second degré ? Peut-être, le couple s'en amuse dans un des teasers du spectacle. On ne sait trop si Norman essaye de dessiner un personnage détestable et un peu vieux avant l'heure à dessein (on pourrait alors s'en moquer)... ou si ces vannes audacieuses pour certains, blessantes pour d'autres, représentent le fond de sa pensée et ce qu'il se représente comme étant "la maturité".

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