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Comment le béni est devenu… un benêt

L’histoire des mots fourmille d’accidents surprenants. Muriel Gilbert nous raconte celui qui a transformé un élu… en idiot.

Dictionnaire (image d'illustration)
Dictionnaire (image d'illustration)
Crédit : emmanuel-ikwuegbu/unsplash
Comment le béni est devenu... un benêt
00:02:54
Comment le béni est devenu... un benêt
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Muriel Gilbert

Ce dimanche, amis des mots, je vous propose de rebondir sur ma chronique de samedi : nous parlions de l’orthographe piégée de l’adjectif béni. Il s’agissait de savoir pourquoi on parle d’eau béniTE mais d’une personne béniE… on peut réécouter tout cela sur RTL.fr, bien sûr ! L’adjectif béni/t est formé sur le verbe bénir, qui, comme je l’expliquais, vient du verbe latin benedicere. Mais ce benedicere a un autre descendant, un peu plus inattendu, dont je veux vous parler aujourd’hui : c’est l’adjectif benêt.

Un benêt, comme chacun le sait, c’est une sorte d’idiot du village, un synonyme de nigaud. L’inverse d’un dégourdi (j’adore ce mot, dégourdi, basé sur un adjectif un peu tombé en désuétude, gourd, "des doigts gourds" – on utilise surtout maintenant son synonyme engourdi ; bref le dégourdi, depuis le XIIIe siècle, c’est celui qui est vif, tout sauf un benêt, quoi !).

Ce qui est rigolo, c’est comment benêt, ancêtre de l’actuel béni s’est mis à signifier… idiot ! J’adore cette histoire, qui fait partie de ces belles erreurs sur lesquelles est bâtie notre culture. Tout vient de cette citation en latin, tirée de l’Evangile selon saint Matthieu, beati pauperes spiritu, dont tout le monde connaît la traduction en français : "Heureux les simples d’esprit", la suite étant "car le royaume des Cieux leur appartient". Par un transfert de sens "dû à l’interprétation (erronée) du passage biblique", explique le Dictionnaire historique de la langue française, benêt, qui correspond à la prononciation normande de benoît, ancêtre de l’adjectif béni "qualifie [à partir du XVIIe siècle] un jeune homme niais".

"Bénis soient les simples d'esprit"

Bref, on a fait ce rapprochement un peu rapide : benêt égale simple d’esprit. Or, la phrase a été mal traduite, ou mal interprétée. Les pages roses du Petit Larousse, celles des locutions latines, grecques et étrangères, l’expliquent très bien : il ne s’agissait pas des "simples d’esprit" mais des "pauvres en esprit", "c’est-à-dire ceux qui savent se détacher des biens du monde" : ils sont pauvres en esprit, pas pauvres d’esprit ! "Que Dieu préfère les imbéciles, c'est un bruit que les imbéciles font courir depuis dix-neuf siècles", s’agaçait le Prix Nobel de littérature François Mauriac, qui n’était pas un benêt et qui sans doute n’entendait pas perdre pour autant l’estime de Dieu.


Nous venons également de mentionner en passant le prénom Benoît. Béni, benêt, benoît : même combat. Ce sont tous des adjectifs issus du verbe latin benedicere. L’adjectif benoît "est passé du sens de béni à celui de bienheureux, [c’est-à-dire, celui] sur qui est répandue la bénédiction divine", précise le dictionnaire étymologique. Et on en a fait un prénom. Donc, pas de panique, chers auditeurs prénommés Benoît, votre Benoît n’est pas synonyme de benêt, mais de bienheureux ! 

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