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ÉCLAIRAGE - Lunettes pour dyslexiques : une solution miracle ?

Le réseau d'opticiens Atol commercialise depuis 2020 des lunettes qui permettraient de limiter les symptômes de la dyslexie. Entre la marque, les orthophonistes et les ophtalmologues, les avis divergent.

Les lunettes pour corriger la dyslexie
Les lunettes pour corriger la dyslexie
Crédit : Atol / Abeye
Philippine Rouvière Flamand

Des lunettes pour dyslexiques vendues les opticiens Atol seraient la solution miracle. Pour comprendre leur utilisation, il faut savoir ce qu'est la dyslexie et d'où elle vient. Arielle Cohen, orthophoniste interrogée par RTL, affirme que "ce que l'on sait aujourd'hui, c'est que les deux principales hypothèses à l'origine de ce trouble sont un déficit visuel (confondre les lettres en fonction de leur apparence - b/d) et un déficit phonologique (confondre les lettres en fonction du son qu'elle font- s/c)." D'après la communauté scientifique, c'est ce dernier qui serait le plus rependu.

La technologie utilisée dans les lunettes proposées par Atol s'appuie sur les travaux d'Albert Le Floch et Guy Ropars. Ils affirment qu'une personne dyslexique n'a pas d'œil directeur, ce qui l'empêche de bien distinguer les lettres ressemblantes (déficit visuel).

Eric Plat, directeur général des opticiens Atol, explique à RTL que ces lunettes sont électroniques et "recréent le mécanisme d’œil directeur" grâce à "une lumière pulsée devant l’œil." 

Or, cette affirmation fait débat. Le docteur Emmanuel Bui Quoc de la SFO (Société Française d'Ophtalmologie), également interrogé par RTL, affirme qu'il est inexact de dire que les patients dyslexiques ont un déficit d’œil directeur. "C'est un postulat fallacieux qui repose sur un article biaisé dans lequel les sujets comparés au groupe contrôle n’avaient absolument pas de dyslexie prouvée. Dans tous les cas, 'recréer' un œil directeur par ce système est complètement hypothétique, ni évalué, ni prouvé"

Un "effet Waouh"

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C'est en apprenant la dyslexie de sa fille qu'Eric Plat s'est intéressé à des solutions alternatives ou complémentaires à l'orthophonie. Il affirme avoir vu chez elle des résultats bluffants sur la lecture et la compréhension. "Un dyslexique qui apprend à lire va mettre plus de temps que les autres à comprendre puisque la concentration pour lire prend de l’espace. Grâce aux lunettes, on lit plus agréablement et on comprend mieux." 

Le chef d'entreprise précise cependant que ces lunettes ne sont pas un remède. D'après lui, elles ne sont efficaces que quand on les porte. C'est tout de même le sourire dans la voix qu'il se souvient, auprès de RTL, de "l'effet waouh" qu'il voit chez les personnes venant essayer les lunettes. "Les séances sont assez émouvantes quand on voit des enfants qui les mettent, avec les parents qui voient ça." 

Le directeur général d'Atol nous précise cependant que ces lunettes ne sont efficaces que sur les personnes atteintes de dyslexie, appuyées par un diagnostique professionnel. Les autres "troubles dys-", comme la dysorthographie (le fait de faire des fautes d'orthographe) ou la dyscalculie (troubles spécifiques des activités numériques) entre autres, ne sont pas concernés. D'après lui, il est très important d'avoir été diagnostiqué par un professionnel, afin d'être certain que le trouble identifié est bien une dyslexie, pour ne pas être déçu si les lunettes ne fonctionnent pas. 

Lui-même dysorthographique, Eric Plat a été tenté de les essayer, espérant voir une différence avec ces lunettes. Il nous avoue avec déception qu'elles ne sont effectivement pas efficaces sur d'autres troubles que la dyslexie. Il peut néanmoins donner un retour sur l'expérience sensorielle. Bien qu'elles ressemblent à des lunettes de soleil ou à des lunettes 3D, "on ne voit pas plus sombre avec" affirme-t-il (les lunettes n'ont d'ailleurs aucune protection UV. Le Dr Emmanuel Bui Quoc alerte sur l'effet des rayons UV sur les yeux, qui sont un facteur de risque de maladie rétinienne à long terme). La lumière pulsée, quant à elle, n'est pas censée être perceptible : "Ça scintille quand on les met, ce qui est très reposant et même relaxant." Cette lumière ne serait pas toujours facteur de risque pour les yeux, en fonction de sa longueur d'onde, dont Eric Plat nous a affirmé qu'elle était inoffensive. 

Une solution pas si miracle que ça

D'après Arielle Cohen, orthophoniste, "les solutions miracles n'existent pas. Quand bien même ces lunettes amélioreraient l'identification des mots écrits, la dyslexie est souvent associée à une dysorthographie qui doit aussi être travaillée." 

 Arielle Cohen reste tout de même ouverte à la possibilité de les utiliser avec ses patients : "Je pense que ça pourrait valoir le coup de les essayer pour les patients dont le trouble aurait une grosse composante neurovisuelle. Mais les patients sans atteinte phonologique sont assez rares, et pour eux, ces lunettes ne seraient, selon moi, d'aucune utilité." L'utilisation de ces lunettes ne remplace donc pas la rééducation proposée par les orthophonistes. D'autant plus que ces lunettes ne peuvent pas être portées en permanence. Atol conseille sur son site de ne pas les porter plus d'une heure de suite

Le Dr Emmanuel Bui Quoc est plus méfiant : "Il ne faut absolument pas recommander de genre de lunettes à des enfants dyslexiques, et les déconseiller formellement, car il n’y a à la fois aucune preuve de leur efficacité, et aucune preuve de leur innocuité." Le chef du Service d'Ophtalmologie de l’Hôpital Universitaire Robert Debré compare ces lunettes à "un gadget simpliste."

D'après Eric Plat, les lunettes ne sont pas non plus efficaces lorsqu'on lit sur de vieux supports numériques, ou lorsque la pièce est éclairée par des néons. Or, ils permettent d'éclairer la plupart des salles de classe ou des bureaux. "C’est ennuyeux, c’est la faiblesse de la lunette", regrette Eric Plat. Pour autant, il serait possible de neutraliser, du moins en partie, l'effet des néons sur les lunettes grâce à une lampe LED placée à côté de soi.  

Pour se faire leur propre avis, les personnes atteintes de dyslexie, adultes comme enfants, rééduqués ou non, peuvent aller les tester dans certaines boutiques Atol. Si le résultat est concluant, il est possible de les acheter au prix de 399 euros pour le modèle enfant et 449 pour la version adulte. S'il est possible d'étaler les payements sur plusieurs mois, le dispositif n'est pris en charge ni par la sécurité sociale, ni par les mutuelles de santé. Le réseau d'opticiens est toutefois en discutions avec des MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) dont certaines ont déjà effectué une prise en charge, sur demande du client. 

Selon la marque, "Lexilens a fait l'objet de plus de 200 tests en laboratoire avec plus de 90% de succès, complétés par une étude dite au porté : 92% des porteurs nous confirment que Lexilens a "changé leur vie". L'essai gratuit en magasin permet enfin à chacun de vérifier l'efficacité de Lexilens. Enfin, à ce jour, plusieurs milliers d’utilisateurs Lexilens répartis sur près de 20 pays dans le monde, semblent apprécier l’aide apportée par Lexilens."

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