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Du gaz lacrymogène place de la République à Paris, le 17 octobre 2026
Crédit : Matthieu RONDEL / AFP
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Dans le contexte des mouvements sociaux qui se déroulent en ce moment en France, une nouvelle théorie fait réagir. De nombreuses femmes exposées aux gaz lacrymogènes lors de manifestations font état de douleurs utérines, saignements anormaux et règles douloureuses.
Un collectif nommé Lacrymo_de_sang a déjà recueilli plus de 7.000 témoignages dans le cadre d'une enquête participative lancée sur tout le mois d'octobre. De son côté, le corps médical tente également d'expliquer le phénomène.
À la tête du collectif qui a lancé l'enquête participative, la journaliste Eva-Luna Tholance a publié en 2020 l'enquête Ce que les gaz lacrymogènes font à nos utérus dans le média Streetpress. Elle y recense déjà de nombreux témoignages et études portant sur des règles irrégulières, douloureuses ou abondantes.
La journaliste cite notamment les travaux des scientifiques Alexander Samuel et André Picot sur la composition du gaz CS, doté de deux molécules de cyanure. Celles-ci priveraient les cellules de leur oxygène en contractant les vaisseaux sanguins de l'endomètre. Ce phénomène pourrait expliquer les règles douloureuses ou abondantes. À noter que ce rapport n’a pas fait l’objet d’une étude épidémiologique et ne peut donc pas constituer une preuve scientifique établie.
En 2020, un député du groupe Écologie Démocratie Solidarité cite cette étude publiée par l'association toxicologie-chimie afin d'alerter l'Assemblée nationale sur les dangers des gaz lacrymogènes pour la santé. En réponse, le ministère de l'Intérieur de l'époque statue que l'usage des bombes lacrymogènes par les forces de l'ordre "obéit à des règles de droit et conditions d'emploi strictes." Concernant le rapport évoqué sur la composition du gaz, le ministère ajoute : "Il n'y figure aucun élément qui ne soit déjà connu."
D'un point de vue médical, le docteur Geoffroy Robin, membre du Collège national des gynécologues et obstétriciens français spécialisé en endoctrino-gynéco, appuie sur le manque de bibliographies scientifiques disponibles. "Quelques données épidémiologiques relient l'exposition au gaz lacrymogène avec des troubles du cycle menstruel, explique-t-il à RTL. Mais dans la composition du gaz, il n'existe pas vraiment de données sur la présence de perturbateurs endocriniens, ces molécules qui peuvent mimer les œstrogènes, bloquer les androgènes ou l'inverse."
Face aux témoignages survenus après les manifestations, le gynécologue soulève des incertitudes. "Ce qui manque dans les enquêtes participatives sur les cycles menstruels inhabituels, c'est le statut originel des femmes. Est-ce qu'elles avaient déjà des troubles du cycle menstruel qui se sont aggravés, ou alors des règles très régulières ?"
Il propose également d'autres hypothèses : "Les personnes exposées aux gaz lacrymogènes sont en général soumises à un stress aigu. Il est prouvé que ce stress peut provoquer des perturbations au niveau de l'hypothalamus et de l'hypophyse, les glandes du cerveau qui régulent notamment la fonction des ovaires. En manifestation, une fois que vous êtes coursés dans une ambiance de guerre civile, le contexte est extrêmement anxiogène. Je reçois en consultation des patientes traumatisées, et des données prouvent que les psychotraumatismes favorisent notamment des troubles gynécologiques importants. Ce n'est pas la cause, mais c'est clairement un facteur aggravant."
Dans un contexte plus large, le docteur Robin invite à l'analyse des produits perturbateurs. "Dès lors qu'une exposition à une substance est associée à un trouble biologique, il est toujours important d'en étudier la composition. Identifier les molécules impliquées dans ce mécanisme permettrait d'éradiquer celles présentes dans l'alimentation, les cosmétiques ou les gaz et qui perturbent la fonction reproductrice. Celle-ci reste très influencée par l'environnement."
Si lancer une étude s'avère donc nécessaire pour lever les doutes scientifiques, le gynécologue concède : "Une fois la molécule identifiée, il est très compliqué de s'assurer quel est vraiment son effet biologique. Par exemple, les perturbateurs endocriniens ont un impact sur la reproduction qui dépend de la dose totale cumulée d'exposition. La génétique joue également un rôle, chaque individu a une sensibilité différente. Pour être vraiment sûr des effets du gaz lacrymogène, il faudrait exposer des patientes à ces gaz en dehors de toute condition de stress, puis procéder à des dosages hormonaux. Or, ce ne serait pas du tout éthique. Ce qu'il est possible de faire aujourd'hui, c'est d'étudier la composition des gaz lacrymogènes afin de rechercher les molécules pouvant être des perturbateurs endocriniens. À l'issue de cette étude, il resterait cependant un gros point d'interrogation sur l'imputabilité du gaz."
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