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Savon, dentifrice, shampoing... Réduire les produits cosmétiques fait chuter les perturbateurs endocriniens en quelques jours, selon une étude

Réduire l’usage des produits cosmétiques permet de faire chuter en quelques jours la concentration de plusieurs polluants chimiques dans l’organisme, dont certains perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A, selon une étude de l’Inserm publiée début avril.

Des produits cosmétiques (illustration)

Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Yasmine Boutaba

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Utiliser moins de cosmétiques entraîne une diminution rapide et significative de l’exposition à certaines substances chimiques. C’est la conclusion d’une étude publiée dans la revue Environment International par des chercheurs de l'Inserm, de l’Université Grenoble Alpes et du CNRS, rendue publique ce  mercredi 22 avril.

Pour parvenir à ces résultats, les scientifiques ont suivi une centaine d’étudiantes grenobloises âgées de 18 à 30 ans. Pendant cinq jours, elles ont réduit le nombre de produits cosmétiques utilisés au quotidien, tout en remplaçant leurs produits d’hygiène habituels (savon, dentifrice, shampoing) par des alternatives sans phénols synthétiques, parabènes, phtalates ni éthers de glycol.

Les analyses urinaires réalisées avant et après l’expérience ont montré une baisse nette des biomarqueurs d’exposition. Le phtalate de monoéthyle recule de 22%, tandis que le méthylparabène diminue de 30%. Des résultats obtenus en quelques jours seulement, preuve d’une élimination rapide de ces substances par l’organisme.

Le bisphénol A toujours présent malgré son interdiction en France

L’étude a également mis en évidence une baisse de 39% de la concentration de bisphénol A (BPA) dans les urines des participantes. Ce composé, classé comme perturbateur endocrinien, est suspecté d’être lié à plusieurs troubles, dont des cancers ou des problèmes de fertilité.

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Pourtant, le bisphénol A est interdit en France dans les cosmétiques depuis 2005 en raison de son caractère reprotoxique. Sa présence pourrait s’expliquer par des contaminations au cours de la fabrication ou via les emballages des produits, soulignent les chercheurs.

Des effets potentiels sur la santé publique

Au-delà de la simple observation, les scientifiques ont pour la première fois évalué l’impact potentiel d’un tel changement de routine à l’échelle de la population. En se concentrant sur le bisphénol A, ils ont estimé qu’une réduction de l’exposition pourrait prévenir environ 4% des cas d’asthme chez les enfants exposés in utero.

Ces bénéfices sanitaires pourraient également s’accompagner d’économies significatives, allant jusqu’à 9,7 millions d’euros par an en coûts de santé, selon les projections avancées par l’étude.

Les substances étudiées, comme certains phtalates ou parabènes, ont été suspectées d’interférer avec le système hormonal. Elles pourraient ainsi avoir des effets sur la fertilité ou le développement de l’enfant, en particulier en cas d’exposition pendant la grossesse.

Des gestes individuels utiles, mais insuffisants

Pour les chercheurs, ces résultats ont révélé que les produits cosmétiques constituaient une source d’exposition non négligeable aux substances chimiques. "Lorsque l’on agit sur cette source, on arrive à diminuer de façon nette les expositions", a souligné la chercheuse Claire Philippat.

Si réduire sa consommation de cosmétiques peut avoir un effet immédiat, les scientifiques ont toutefois insisté sur les limites d’une approche individuelle. "On ne peut pas s’appuyer seulement sur le changement de comportement individuel", a-t-elle ajouté, appelant à un renforcement de la réglementation.

Une réglementation au cœur des débats européens

Ces conclusions sont intervenues alors que le Parlement européen doit se prononcer fin avril sur une évolution de la réglementation des cosmétiques. Le texte prévoit notamment d’accorder plus de temps aux industriels pour retirer du marché les produits contenant des substances cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

Le projet est cependant décrié notamment par l'association de défense des consommateurs UFC-Que choisir qui y voient un recul en matière de protection sanitaire. 

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