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Comment Emmanuel Macron fait face à des frondeurs d'un nouveau genre

DÉCRYPTAGE - 17 députés, dont la majorité issue de LaREM, composent désormais le neuvième groupe de l'Assemblée "Écologie, Démocratie, Solidarité". Leur ligne politique ? Du pur macronisme.

Emmanuel Macron le 13 mai 2020
Emmanuel Macron le 13 mai 2020 Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Un neuvième groupe "petit, mais costaud", comme s'amuse à l'expliquer Matthieu Orphelin, tel un irréductible. La République En Marche devra à partir de ce mardi 19 mai compter sur ses alliances avec le MoDem et Agir à l'Assemblée nationale. Un neuvième groupe baptisé "Écologie, Démocratie, Solidarité" (EDS) a pris son envol. 

Composé de 17 députés, dont certains issus de La République En Marche, ce groupe entend "répondre à l’urgence écologique, moderniser la démocratie, réduire les inégalités sociales et territoriales". 

Sept membres actuels du groupe de la majorité forment ainsi ce nouveau groupe. On y retrouve l'aile gauche de LaREM avec Aurélien Taché, Paula Forteza et Guillaume Chiche. Mais aussi Cédric Villani, exclu du parti mais toujours membre du groupe à l'Assemblée. L'ancien marcheur et proche de Nicolas Hulot Matthieu Orphelin assumera la présidence du groupe les six premiers mois.

"Ni d'opposition, ni de majorité"

Écologie, Démocratie, Solidarité se considère comme un groupe "ni d'opposition, ni de majorité". "Ce groupe est composé d'élus de La République En Marche mais aussi de députés qui n'en font pas partie", insiste l'élu du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, lors d'une conférence de presse. "Nous voulons apporter au débat un nouvel élan et une nouvelle méthode (...) EDS est un groupe positif de propositions (...) où l'objectif est de dépasser les oppositions de principe". 

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Des intentions on ne peut plus macronistes dans le discours. Et qui vont même jusqu'à faire écho au lancement d'En Marche en 2016 par celui qui était encore ministre de l'Économie de François Hollande.

"Nous pousserons et soutiendrons toutes les décisions à la hauteur des enjeux, mais saurons nous opposer dans tous les autres cas", prévient Paula Forteza, tous élus en 2017 sous l'étiquette LaREM à l'exception de Delphine Batho. Ils se disent dans une "démarche ouverte" et appellent les députés qui s'y retrouvent "à s’y associer".

Pas des frondeurs ?

Si les intentions du groupe Écologie, Démocratie, Solidarité font penser aux premiers pas d'En Marche, les conséquences pour Emmanuel Macron rappellent celles vécues par son prédécesseur François Hollande. Le Parti socialiste avait connu le même sort que LaREM, avec une majorité relative début 2015. À la différence que les "frondeurs" de l'ère Hollande n'ont jamais fait sécession à l'Assemblée nationale

Les deux côtés cherchent à relativiser la notion de frondeurs. EDS botte en touche et affirme qu'il s'agit "d'une fausse question". N'y voyez pas des frondeurs mais des députés ayant une "position indépendante de liberté absolue", vante Aurélien Taché, ex-député LaREM, lors de la conférence de presse. Sur Franceinter, le candidat aux municipales à Paris et membre de ce nouveau groupe Cédric Villani récuse l'idée d'une fronde. 

À La République En Marche, on traite la nouvelle comme un non-événement. Selon le président de l'Assemblée Richard Ferrand, "la majorité a toujours la majorité", avec l'appui de l'allié du MoDem et ses 46 élus. Pour Jean-Yves Le Drian, considéré comme incarnant l'aile gauche de LaREM au gouvernement, "la majorité n'est pas en danger, loin de là". Selon l'AFP, le parti présidentiel pourrait récupérer rapidement la majorité absolue si la future suppléante d'Olivier Gaillard (ex-LaREM, qui devrait quitter son poste de député pour devenir maire), rejoint les rangs des "marcheurs", comme annoncé par le député.

Des "pressions" et des "appels"

Tout en assurant ne pas être à la tête d'une éventuelle fronde, la co-présidente Paula Forteza reconnaît qu'"il y a eu des appels et des pressions" au fur et à mesure de la création de ce neuvième groupe dans l’hémicycle. Les discussions sur la création d'Écologie, Démocratie, Solidarité ayant commencé début mars.

Une décision qui malgré les déclarations officielles déplaît dans les rangs de la majorité. Une source parlementaire relativise le poids de ce groupe auprès de l'AFP. Un petit succès pour les "marcheurs" dans le fait que le groupe ne compte que 17 membres, ce qui "fait relativiser", certains élus pressentis ayant renoncé, souligne-t-elle. Mais elle prédit que c'est "essentiellement" le patron du groupe Gilles Le Gendre qui va porter le chapeau : "Il va vouloir se réinventer, mais c'est trop tard".

Une relation fragilisée depuis plusieurs mois

Les relations n'ont jamais vraiment été au beau fixe entre Emmanuel Macron et sa majorité. Une incompréhension née dès les premiers mois du quinquennat, lorsque Christophe Castaner devient le délégué général d'En Marche. Peu emballé à l'époque par ce poste, l'actuel ministre de l'Intérieur avait froissé des permanents de LaREM au moment de son départ. "Ce mouvement, qu'il n'avait pas voulu diriger, il l'a dans un premier temps quitté pour Beauvau, sans même un au revoir. Les permanents du QG l'ont mal vécu, ce dont il a eu écho", peut-on lire dans Le kéké de la République.

Cette rupture entre Emmanuel Macron, sa majorité et l'aile gauche des députés semblait inévitable. En février dernier, le président de la République tentait de ressouder son groupe après la polémique autour du congé de deuil d'un enfant. Le chef de l'Etat avait même organisé un rendez-vous à l'Elysée, avec les députés de sa majorité afin de dissiper tous malentendus.

A l'époque, un cadre de LaREM indiquait qu'Emmanuel Macron allait "remettre les choses en ordre de marche" avec un "message sur les départs du groupe - dont plusieurs élus ont récemment claqué la porte - et un volet discipline : 'N'oubliez pas d'où vous venez, comment vous êtes devenus députés et où la division mène'". Mais tout porte à croire que le président a eu du mal à faire entendre son discours, trois mois plus tard.

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