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Primaire de la droite : comment les candidats se sont-ils préparés au débat ?

INTERVIEWS - Les sept candidats à la primaire de la droite ont rendez-vous à la plaine Saint-Denis ce jeudi 13 octobre pour un débat inédit diffusé sur RTL.

Primaire Les Républicains : les 7 candidats
Primaire Les Républicains : les 7 candidats
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Ils sont tous rompus à l'exercice du débat politique. Les plateaux télévisés ne les effraient pas, au contraire. Depuis des mois pour certains, des semaines pour d'autres, ils sont leur terrain d'expression privilégié. Pour la première fois, ce jeudi 13 octobre, Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet*, Bruno Le Maire, Jean-Frédéric Poisson et Nicolas Sarkozy*, les sept candidats à la primaire de la droite et du centre, vont se retrouver côte-à-côte dans un studio de la Plaine-Saint-Denis pour tenter de convaincre les Français et marquer leurs différences au cours d'une émission de 120 à 150 minutes organisée par RTL, TF1, LCI, Public Sénat et Le Figaro.

Une situation inédite pour le parti fondé en 2015, principal vainqueur des élections intermédiaires depuis 2012 et qui appelle maintenant l'alternance de ses vœux. Jamais les ténors des Républicains ne s'étaient livrés à un tel exercice. En effet, démonter les arguments de l'opposition avec mépris et fracas fait partie du quotidien d'un politique quel qu'il soit. En revanche, mettre en exergue les contradictions d'un membre du même parti sans paraître (trop) divisés est un exercice moins aisé. Quel ton les prétendants à l'investiture, qui se répondent avec véhémence parfois par médias interposés, vont-ils adopter ? À qui ont-ils fait appel pour s'entraîner ? Que contiendront leurs fiches ? Comment se sont-ils préparés à l'événement ?

*Les entourages de Nathalie Kosciusko-Morizet et Nicolas Sarkozy n'ont pas donné suite à nos sollicitations.

Jeux de rôle et questions-réponses pour Bruno Le Maire

Il a postulé au ministère de l'Économie et des Finances après le départ de Christine Lagarde pour le FMI en 2011. Après lui avoir fait miroité la fonction, Nicolas Sarkozy lui avait (déjà) préféré le chiraquien François Baroin. Trois ans plus tard, il a espéré présider l'UMP. Mais le retour en politique de l'ancien chef de l'État l'en a empêché. Bruno Le Maire, l'éternel outsider de la droite, veut en finir avec les places d'honneur. Les 1.000 pages de son contrat présidentiel sous le coude, le député de l'Eure a des envies de second tour le soir du 20 novembre.

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Pas question pour lui de négliger le moindre détail avant la grand-messe de ce jeudi. En coulisses, il s'adonne aux jeux de rôles et autres questions-réponses. Contacté par RTL.fr, Dimitri Lucas, chargé des relations presse du candidat, explique l'intérêt de ces deux exercices. "L'idée des questions-réponses (sur les thèmes du débat : économie-social et sécurité-identité-immigration, ndlr) est de sélectionner précisément les idées sur lesquelles on veut insister. Le jeu de rôle permet, lui, de se mettre dans les conditions du débat. Chacun était derrière son pupitre..."

En effet, Sébastien Lecornu, Damien Abad et Alain Chrétien ont respectivement campé les rôles de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon. Comme l'affirmait Le Point, toute la garde rapprochée de Bruno Le Maire était au rendez-vous de ces séances de deux fois deux heures, dont l'objectif était aussi d'anticiper les attaques des six autres concurrents. "On a travaillé à partir des interviews et des critiques des autres candidats", détaille Dimitri Lucas pour qui le débat "peut rebattre les cartes. Bruno (Le Maire) est le seul qui n'a de revanche à prendre sur personne."

Si Bruno Le Maire est prêt à riposter, son entourage garantit qu'il n'allumera pas la brèche. Franck Riester, député-maire de Coulommiers, est catégorique : "Nos sympathisants ne le supporteraient pas", assure-t-il à RTL.fr. Même son de cloche du côté de Damien Abad, président du département de l'Ain, chez nos confrères de i-Télé le 11 octobre : "Bruno Le Maire sera offensif mais jamais agressif durant le débat de la primaire."

Jean-Frédéric Poisson, "l'avantage d'être le moins connu"

Il s'agit peut-être de celui qui a le plus à gagner en notoriété. "C'est l'avantage d'être le moins connu", répond-il à RTL.fr d'un air amusé. À 53 ans, jamais Jean-Frédéric Poisson n'a connu une telle exposition médiatique. Être à l'antenne un jeudi soir à 21h sur des médias de masse tels que RTL et TF1 est si important qu'il fait dire au candidat du Parti chrétien démocrate (PCD), seule écurie différente des Républicains à être représentée, qu'il a fait le bon choix en participant à la primaire. "Ce débat va me permettre de combler mon retard de notoriété. La vraie campagne démarre jeudi. Avant, c'était l'échauffement", prédit-il à RTL.fr.

La vraie campagne démarre jeudi. Avant, c'était l'échauffement

Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire de la droite
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"Rompu au débat parlementaire", le quinquagénaire n'est pas effrayé par l'enjeu. "Je viens avec ma spontanéité, mes convictions et une autre forme d'expérience", assure-t-il. Néanmoins, le débat entre les candidats est tellement encadré - le temps de parole est de 1 minute par intervention - que le leader du PCD a fait appel à un ancien journaliste pour l'aider à synthétiser ses idées et en conserver le message essentiel. Ce dernier lui a d'ailleurs peut-être soufflé l'idée de sa chronique hebdomadaire, "Vendredi, c'est poisson". "Cet ancien journaliste critique, remet en cause, m'aide à comprendre la répercussion des mots que je choisis. Pour ce débat, c'est un avantage de ne pas avoir fait 600 propositions (en référence à François Fillon, ndlr) ou construit un programme de 1.000 pages (celui de Bruno Le Maire, ndlr)", ironise-t-il. Même méthode employée par Nathalie Kosciusko-Morizet. L'opposante d'Anne Hidalgo à Paris aurait, elle aussi, cherché à synthétiser son programme avant le débat.

Des séances d'écriture ont également ponctué la semaine de Jean-Frédéric Poisson. "Je ne suis pas une machine, ni un paquet de lessive. Le but de ces séances est de m'aider à délivrer des messages avec force en une minute sur des sujets lourds et complexes. Ce débat est une première pour tout le monde. Nous partons tous sur un même pied d'égalité", assure-t-il pour RTL.fr

Alain Juppé, "bien dans ses bottes"

Que pouvait-il rêver de mieux qu'un soutien massif des partis du centre à la veille de ce premier débat ? Alain Juppé a été rallié par l'UDI et le Parti radical de droite mercredi 12 octobre. Il a aussi convaincu Louis Giscard d'Estaing, fils de l'ancien président, cette même semaine. "Ce sont des soutiens qui ont du poids, qui montrent que nous sommes en train de convaincre", reconnaît Édouard Philippe, député-maire du Havre et proche du maire de Bordeaux, joint par RTL.fr. Pour autant, au moment d'aborder ce débat, "Alain Juppé ne fait pas le fanfaron, il ne fait pas le malin, il est concentré et bien dans ses bottes".

Alain Juppé est concentré et bien dans ses bottes

Édouard Philippe, député-maire du Havre
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Édouard Philippe nous le garantit. L'ancien premier ministre, qui se lance dans sa première campagne présidentielle, ne s'est pas focalisé sur la forme de l'émission. Il a essentiellement travaillé sur le fond des dossiers. "Il a lu des notes, des analyses, des idées", énumère-t-il. Avant d'évoquer l'état d'esprit du septuagénaire. "C'est toute sa vie qu'il a préparé cette étape. Et si Juppé a envie d'être synthétique, il l'est", assure Édouard Philippe, en référence à la contrainte du temps de parole.

Il n'empêche que le ton de la campagne s'est durci ces derniers jours. Attaqué sur son passé judiciaire, Alain Juppé s'est montré tranchant à l'égard de Nicolas Sarkozy en ripostant qu'il valait mieux "avoir un passé judiciaire qu'un avenir". S'est-il préparé à de nouvelles répliques pour le débat ? "Ce sont tous des gens qui se connaissent et certains pourraient travailler ensemble à l'avenir. Je ne crois pas à la foire d'empoigne", prédit Édouard Philippe, qui poursuit : "Avec cette phrase, Juppé a montré que si on le cherchait, on le trouvait. Il s'attend à tout au débat."

Pour l'heure indétrônable à la première place des sondages, Alain Juppé traîne le statut de favori. Peut-il perdre gros avec cet exercice ? Son lieutenant refuse de lui coller cette étiquette. "J'entends dire que Juppé est dans une bulle qui va éclater. Je suis très attentif à ce que dit Nicolas Sarkozy, qui est persuadé qu'il va l'emporter. On verra. Honnêtement, je pense que le statut de favori ne change pas grand-chose."

"Jean-François Copé n'a rien à perdre dans ce débat"

Lâché par Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet au moment où l'affaire Bygmalion a éclaté, irréconciliable avec François Fillon, avec qui il s'est disputé la présidence de l'UMP après la défaite de 2012, Jean-François Copé est sans doute le candidat le plus isolé de cette primaire. Joint par RTL.fr, son entourage en fait presque un atout. "Ce type de rendez-vous est un exercice qui lui plaît. C'est un bon débatteur qui aime la contradiction. Il l'a prouvé en débattant avec Marwan Muhammad (porte-parole du Collectif contre l'islamophobie en France, ndlr) à Science Po."

Jean-François Copé, qui a révélé au Lab avoir revisionné les débats de la primaire socialiste de 2011, vient-il alors donner des coups pour prendre sa revanche sur cette affaire ? "Tout est possible", nous répond-on du côté de ses proches. "On ne peut pas vouloir une primaire et ne pas accepter qu'il y ait des tensions. Il ne faut pas être tétanisé de dire : 'Je ne suis pas d'accord'. Jean-François Copé n'a rien à perdre dans ce débat. Cela ne peut qu'être positif pour lui."

Contrairement à Bruno Le Maire, Jean-François Copé ne s'est pas essayé aux jeux de rôles pour anticiper les éventuelles attaques. Seul son agenda de la journée de jeudi a été allégé. "On s'est demandé ce que l'on pourrait mettre en avant dans ses interventions. Quelques réunions ont été organisées mais ce débat est surtout un exercice personnel. Jean-François Copé (qui prendra la parole le premier, ndlr) s'est concentré sur sa prise de parole lors de la minute introductive. Elle va donner le ton du débat : les autres seront obligés de se situer par rapport à son intervention", nous explique-t-on.

François Fillon se prépare au débat depuis juillet

Dans les sondages, il est au coude-à-coude avec Bruno Le Maire. François Fillon enchaîne les réunions publiques : sa force, selon Jérôme Chartier, son porte-parole, joint par RTL.fr. "Il se prépare au débat de la primaire depuis le mois de juillet. C'est un long travail personnel qu'il a livré, il n'y a donc pas eu de préparation intensive dans la dernière ligne droite." Le député de la Sarthe a tout de même pris soin d'étudier les propositions de ses concurrents, comme le confirme Le Parisien.

L'actualité a rattrapé la journée paisible de François Fillon, mercredi 12 octobre. Dans le livre des journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire çaFrançois Hollande confirme que l'ancien premier ministre a demandé au secrétaire général de l'Élysée Jean-Pierre Jouyet d'accélérer les poursuites judiciaires contre Nicolas Sarkozy. À la veille du débat, on ne prend pas ses déclarations au sérieux dans le camp Fillon. "Personne n'a réagi", note Jérôme Chartier. François Fillon, qui avait déjà porté plainte contre les deux journalistes, avait été débouté en juillet 2015 puis une deuxième fois en appel. François Fillon pourrait être amené à s'expliquer au moment du débat.

"Une fondue et une séance de dédicace" pour Nicolas Sarkozy

"Comment je m'y prépare ? Bah ! voyez, une fondue et une séance de dédicace". En meeting en Savoie le 11 octobre, Nicolas Sarkozy, avait prévu de faire du jogging le 12 et le 13 octobre pour se mettre en condition, selon Le Parisien.

D'après France Info, Nicolas Sarkozy planche sur le débat depuis la mi-septembre. Il y a un mois, il faisait déjà "travailler son équipe, ses soutiens et même des spécialistes. Il leur a demandé de lui préparer des fiches sur différents thèmes, l’emploi, l’international, la sécurité. Ils construisent des arguments ciselés pour pouvoir rentrer dans les cases."

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