1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Présidentielle 2017 : "Rien n'est joué", estime Olivier Mazerolle
5 min de lecture

Présidentielle 2017 : "Rien n'est joué", estime Olivier Mazerolle

LETTRE DE CAMPAGNE - Le journaliste revient sur les éléments qui font de cette présidentielle un scrutin très indécis, à moins d'une semaine du second tour.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen
Emmanuel Macron et Marine Le Pen
Crédit : AFP / Montage RTLNET

La dernière semaine de campagne s’ouvre dans la confusion la plus totale. Certes, Emmanuel Macron conserve l’avantage. Mais depuis le premier tour, Marine Le Pen est parvenue à semer le doute. Les appels à voter Macron venus de la gauche comme de la droite ne constituent pas seulement, comme en 2002, une manifestation de solidarité républicaine. Ils traduisent la crainte réelle d’assister au succès de la présidente du FN

Alain Juppé, qui n’ambitionne plus aucun poste ministériel, qui n’a pas pour habitude de donner dans la sensiblerie, a traduit le mieux cet état d’esprit en publiant sur son blog un appel qu’il conclue par ces mots : "Je vous adjure donc, mes chers compatriotes, de voter pour Emmanuel Macron parce qu’il est le seul le 7 mai à pouvoir éviter à la France le malheur du FN."

Depuis le 23 avril, Marine Le Pen a mené la campagne la plus efficace. À l’offensive, elle a donné le tempo. Whirlpoolle chalutierl’affiche officielle porteuse de cette simple signature qui marque une proximité avec l’électorat : "Marine présidente". On peut n’y voir que des images. Il n’empêche qu’elles marquent les esprits.  Emmanuel Macron est resté sur la réplique. Parfois avec panache, comme à Amiens où il est allé à la rencontre des ouvriers de Whirlpool. Arrivé sous les huées, il est reparti dans le calme sans pour autant avoir cédé à la démagogie. Il n’avait peut-être pas convaincu, mais il avait acquis le respect de ses interlocuteurs parce qu’il leur avait montré de la considération. Cependant , panache ou pas, il s’est placé lui-même sur la défensive après une entame calamiteuse le soir du 1er tour. Il veut mener une campagne de raison. Il refuse de "se soumettre à la défaite de la pensée". Mais il a en face de lui une candidate qui sait trouver les mots, qui parle simple et efficace. Elle se présente comme une "patriote". Lui comme une "progressiste". Quoi que l’on pense de ces appellations, il n’est pas difficile de deviner laquelle des deux est la plus parlante. 

Le 7 mai au soir, il ne suffira pas de connaître le nom du président élu

L’action politique ne se résume à un vocabulaire de Sciences Po. Il ne suffit pas de savoir qu’il existe de la colère qu’on l’a entendue et que l’on va "en tenir compte". Il faut aussi savoir toucher le cœur des gens. De ce point de vue, le ralliement de Jean-Louis Borloo peut être utile à Emmanuel Macron. Mais là encore, sur le plan politique, c’est Marine Le Pen qui a marqué le point le plus important en annonçant son alliance avec Nicolas Dupont-Aignan. Pour la première fois, elle est parvenue à conclure un accord avec le responsable d’un autre parti politique. Le FN serait ainsi devenu un parti fréquentable. Reste à savoir si le geste de Nicolas Dupont-Aignan sera perçu comme l’amorce d’une recomposition de la droite, ou comme l’action désespérée d’un candidat déçu en quête de reconnaissance au prix du reniement de ses convictions gaullistes.

À lire aussi

Rien n’est donc définitivement joué. Le 7 mai au soir, il ne suffira pas de connaître le nom du président élu. Le score sera tout aussi important que l’identité du vainqueur. Au 1er tour, les résultats obtenus par les deux finalistes ont été modestes. S’il veut pouvoir présider avec quelque chance de succès, l’élu de dimanche soir devra avoir creusé un écart suffisant pour que les perdants acceptent sa victoire. Cette dernière semaine est donc décisive. Deux meetings en ce premier mai, puis le débat de mercredi soir en constituent les points forts. Projet contre projet, Emmanuel Macron tient la corde. La virevolte de Marine Le Pen sur l’euro introduit un incroyable embrouillamini. Ni elle, ni Nicolas Dupont-Aignan, pourtant 1er ministre désigné,  n’ont été capables de donner un calendrier des négociations avec nos partenaires européens. Elles pourraient durer plusieurs années. Tant que la France sera dans l’euro, plusieurs des mesures promises par Marine Le Pen ne pourront pas être mise en œuvre. C’est le cas de la taxation sur les produits importés qui devait financer une prime versée aux bas-salaires. En revanche, le tandem promet un retour immédiat au contrôle permanent des frontières et l’arrêt de la contribution française au budget de l’Union Européenne. 

Emmanuel Macron doit "faire président"

Ce qui signifierait une rupture de fait. Quant à la monnaie commune pour les  échanges extérieurs, et qui cohabiterait avec le franc, elle a déjà été expérimentée avant l’entrée en circulation de l’euro. Qui dit monnaie commune dit évolution concertée de la parité des monnaies nationales. Comme dans les années 90, la France devrait donc négocier avec la Budesbank allemande et ses autres partenaires la valeur du franc. Nous serions donc loin du retour annoncé à l’absolue souveraineté. Bref, malgré le discours lénifiant destiné à rassurer les électeurs inquiets pour leurs économies et leur pouvoir d’achat, Marine Le Pen a décidé d’emmener les Français vers des rivages inconnus. 

En revanche, sur la sécurité, l’immigration, la lutte contre le terrorisme, son discours, son attitude lui permet de marquer des points. Elle donne d’elle-même une image de solidité et de fermeté. Durant la semaine, Emmanuel Macron a célébré la mémoire, mais pas le régalien, l’autorité. Or il ne peut plus compter sur la magie de la découverte. Cette arme a été la sienne pendant un an. Depuis sa réussite au 1er tour, on ne le regarde plus comme l’outsider qui surprend. Il est devenu potentiellement le président le plus jeune que les Français aient jamais porté au pouvoir. Il doit répondre à cette nouvelle identité. Pour être sûr de vaincre, il doit gagner en densité, en deux mots "faire président". Ce n’est pas encore écrit.       

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/