6 min de lecture Mort de Chirac

Mort de Jacques Chirac : Giscard, Sarkozy, Hollande... Les rivaux présidentiels

ÉCLAIRAGE - La conquête de l'Élysée a été l'un des grands combats de Jacques Chirac. Cela a fait naître des grandes rivalités avec ses opposants de gauche, mais aussi dans son propre camp.

Nicolas Sarkozy, avec Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing
Nicolas Sarkozy, avec Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing Crédit : CHARLES PLATIAU / POOL / AFP
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Paul Turban et AFP

En plus de 40 ans de vie politique, on se fait des amis, mais aussi des ennemis. Décédé ce jeudi 26 septembre, l'ancien président de la République Jacques Chirac ne manquait pas d'adversaires politiques, à droite comme à gauche. 

Il faut dire que c'est un homme politique inclassable. Ancien étudiant de Sciences Po, il militait au Parti communiste. En 1995, il succéda au premier président socialiste de la Vème République François Mitterrand, qu'il avait contribué à faire élire quatorze ans plus tôt en n'appelant pas clairement à voter pour Valéry Giscard d'Estaing, avant de soutenir en 2012 François Hollande contre Nicolas Sarkozy. 

C'est en la personne de Valéry Giscard d'Estaing et de ses successeurs à l'Élysée, Nicolas Sarkozy et François Hollande, que Jacques Chirac a trouvé ses meilleurs ennemis. À l'annonce de sa mort, tous ont salué la mémoire de l'ancien président de la République. 

Valéry Giscard d'Estaing, une rivalité tenace

Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac se sont opposés pendant plus de trente ans, une rivalité qui a culminé avec la "trahison" de Chirac en 1981. Après son élimination au premier tour de l'élection présidentielle, Jacques Chirac indique qu'à "titre personnel", il votera Giscard. Mais son état-major appelle à voter pour François Mitterrand, pour évincer le Président sortant. Giscard ne lui a jamais pardonné. 

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À l'origine, les deux hommes avaient pourtant fait alliance. Pour la présidentielle de 1974, Jacques Chirac avait soutenu la candidature de Valéry Giscard d'Estaing avant le premier tour, au détriment du gaulliste Jacques Chaban-Delmas. Cela lui avait valu une réputation de traître, mais lui avait ouvert les portes de Matignon, jusqu'à sa démission fracassante le 26 août 1976. 

Quelques mois après sa démission, Jacques Chirac crée le RPR (Rassemblement pour la République), fin 1976. L'année suivante, il se fait élire maire de Paris face au giscardien Michel d'Ornano, ce qui donne lieu à un conflit très dur entre Chirac et Giscard. Les hostilités continuent lors des élections européennes de 1979. Jacques Chirac lance son "appel de Cochin", dans lequel il qualifie l'UDF, trop pro-européenne à ses yeux, de "parti de l'étranger".

Chirac, il n'a jamais occupé mon esprit.

Valéry Giscard d'Estaing.
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En 1995, Giscard soutient pourtant la candidature de Chirac à la présidentielle, alors qu'une grande partie de l'UDF choisit Édouard Balladur. Échange de bons procédés, Chirac appuie en 2001 la candidature de Giscard pour présider la Convention chargée d'élaborer la Constitution de l'UE. Mais l'échec du référendum de 2005 attise les rancœurs de Valéry Giscard d'Estaing, persuadé que les Français ont voté contre le pouvoir en place - Jacques Chirac est alors président - et non contre son texte. 

Il se défend pourtant de tout ressentiment. "C'est quelqu'un qui ne m'intéresse pas. De Gaulle m'a fasciné. Helmut Schmidt, je l'ai aimé. Chirac, il n'a jamais occupé mon esprit. Je n'y pense pas", affirme-t-il en juin 2005 au journaliste Franz-Olivier Giesbert. Entre 2007 et 2011, les deux anciens présidents siègent tous deux au Conseil constitutionnel, ce qui leur a donné de nouvelles occasions de se chamailler.

Après la mort de Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing a exprimé son "émotion" à la nouvelle de la disparition de son ancien rival, et adressé à son épouse et à ses proches ses "profondes condoléances", dans un court message.

Nicolas Sarkozy, le choc des ambitions

Parrain en politique, proche parmi les proches, traître, ennemi intime... La relation entre Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac est complexe. Tous deux assuraient ces dernières années n'avoir ni "rancune" ni "haine", mais l'écho de leurs affrontements s'est souvent fait entendre. Jacques Chirac avait même lancé en 2011 qu'il voterait pour François Hollande à la présidentielle de 2012 contre Nicolas Sarkozy. 

"Je veux dire mon respect à Jacques Chirac qui, en 1975 à Nice, m'a offert mon premier discours". Nicolas Sarkozy, derrière cet hommage rendu en 2007 à son prédécesseur, aime à raconter que ce jour-là, Jacques Chirac lui avait "offert" cinq minutes et qu'il avait monopolisé le micro près d'une demi-heure. Déjà comme un goût de concurrence. À l'époque, le jeune homme entre progressivement dans le premier cercle. Il sera témoin du mariage de Claude Chirac, et ministre du Budget de la deuxième cohabitation.

Vient 1995 et la "trahison" du soutien à Édouard Balladur pour la présidentielle. La rupture est à la hauteur de la déception. Jugement sec de Jacques Chirac à Pierre Péan : "Sarkozy est très ambitieux, et comme il est très intelligent, il considère que tout doit être mis au service de ses objectifs".

Il y a beaucoup de points de convergence.

Jacques Chirac, à propos de Nicolas Sarkozy.
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Ostracisé après la défaite de Balladur, Nicolas Sarkozy, maire de Neuilly attend son heure. En 2002, il revient au gouvernement. Mais ses ambitions affichées lui vaudront de nouveaux ennuis. Sèchement remis à sa place par le président Chirac - "je décide, il exécute" -, il doit démissionner en novembre 2004 pour prendre la tête de l'UMP contre la volonté du chef de l'État. Six mois plus tard, après les claques électorales des régionales et du référendum européen, il revient triomphalement, numéro 2 du gouvernement... et toujours président de l'UMP.

Les piques repartent de plus belle. Le 14 juillet 2005, il invite des journalistes à son ministère en pleine garden-party élyséenne, assurant "n'avoir pas vocation à démonter tranquillement les serrures à Versailles pendant que la France gronde". Les fidèles du président font face, ne manquant pas une occasion de lui décocher des flèches, le Premier ministre Dominique de Villepin en tête. Mais Nicolas Sarkozy finit par rallier à sa candidature la plupart des fidèles chiraquiens.

Pour nombre d'observateurs, les relations entre les deux hommes ont été à ce point passionnées parce qu'ils se ressemblent. "Si vous regardez bien, il y a beaucoup de points de convergence", reconnaît Jacques Chirac. "Au fond, peut-être que ce tempérament lui en rappelle un autre", renchérit Nicolas Sarkozy. "C'est une part de ma vie qui disparaît aujourd'hui", a dit Nicolas Sarkozy à l'annonce de la mort de Jacques Chirac, en faisant part de sa "profonde tristesse".

François Hollande, l'opposant corrézien devenu ami

Deux énarques de tête, deux Corréziens de cœur, deux présidents : il y avait entre Jacques Chirac et François Hollande une histoire complexe commencée en affrontement politique et achevée en complicité affectueuse. "Je voterai François Hollande !": cette exclamation lancée le 11 juin 2011 par un Jacques Chirac parti de l'Élysée quatre ans avant avait fait grand bruit. L'entourage du vieux chef, voulant rassuré son camp, avait plaidé "l'humour corrézien".

L'histoire du couple baroque commence en 1981. Hollande, fringant énarque socialiste de 26 ans vient, dans la foulée de la victoire mitterrandienne, défier en Corrèze celui qui est devenu le chef de l'opposition, Jacques Chirac, "vidame d'Ussel", patron du RPR, venu comme lui de la Cour des comptes. François Hollande échoue, à 350 voix près, à mettre le patron de la droite en ballottage. Mais il commence avec lui des décennies de dialogue.

Chirac a été longtemps agacé par le jeune impudent. Tous les ans, en janvier, il présentait ses vœux aux Corréziens, à Tulle. Député puis maire, Hollande était sur l'estrade et à l'issue du discours, en assurait la démolition en règle devant les journalistes sous le regard furieux de Bernadette.

Il s'est comporté en véritable homme d'État

Jacques Chirac, à propos de François Hollande, lors du vote de la loi interdisant le port du voile en 2004.
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Le tournant s'opère peut-être pour la loi sur la laïcité prohibant le port du voile, votée en 2004. Dans le deuxième tome de ses mémoires (2011), Chirac salue l'attitude exemplaire du Premier secrétaire Hollande "qui s'est comporté ce jour-là en véritable homme d'État". Conquérant la présidence du département en 2008, Hollande ne manquera pas d'égards vis-à-vis de sa conseillère générale pas comme les autres, Bernadette Chirac. Celle-ci prendra un malin plaisir à voter certaines mesures départementales, malgré les grimaces de l'UMP.

Le 15 décembre 2011, convié à commenter la sévère condamnation de Jacques Chirac dans le dossier des emplois fictifs parisiens, Hollande se félicite que justice soit faite, mais il a aussi une pensée pour l'homme malade qui traverse cette épreuve. Un an plus tard, installé à l'Élysée, il salue le rôle de son vieil adversaire dans la naissance du Louvre-Lens, "pari insensé, si l'on y songe".

Le 21 novembre 2013, image forte du rapprochement : le chef de l'État rend à son prédécesseur un hommage particulièrement affectueux et chaleureux, en le retrouvant au musée du Quai Branly pour la remise d'un prix. Très affaibli, Jacques Chirac fait son entrée à petits pas. Une main cramponnée à une canne, l'autre appuyée sur l'épaule de François Hollande. "Il aimait les gens, qui lui rendaient en affection ce qu’il leur avait offert en sympathie", a loué François Hollande après la mort de Jacques Chirac. 

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