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Marine Le Pen, lors de son procès en appel, le 15 janvier 2026
Crédit : Alain JOCARD / AFP
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Le rêve élyséen de Marine Le Pen va-t-il être stoppé ? Un mois après après le début du procès en appel des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national, devenu depuis Rassemblement national, les avocats de la défense terminent, ce mercredi 11 février, leurs plaidoiries.
Cette journée marque le dernier jour d'audience avant la mise en délibéré de la décision, tandis que les deux avocats de Marine Le Pen plaideront quatre à cinq heures pour tenter d'assurer une clémence judiciaire, et donc un avenir politique, à leur cliente.
La décision de la cour d'appel doit être connue d'ici l'été. Concernant la cheffe des députés RN, les deux avocats généraux ont demandé quatre ans d'emprisonnement dont trois avec sursis et la possibilité d'aménager la partie ferme, 100.000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité.
Lors de la première journée d'audience le 13 janvier, Marine Le Pen a opéré une légère inflexion dans sa stratégie de défense. La triple candidate à l'élection présidentielle a expliqué ne pas avoir "le sentiment d'avoir commis le moindre délit". En poursuivant avec la formule suivante, "si tant est qu'une faute ait été commise".
Marine Le Pen a mis en cause le Parlement européen. Selon elle, l'institution "n'a pas joué ce rôle d'alerte tel qu'il aurait dû" le faire. Le Parlement européen "avait connaissance des éléments d'ensemble constitutifs de ces contrats" litigieux d'assistants parlementaires, payés par des enveloppes versées par le Parlement de Strasbourg, mais soupçonnés de n'avoir travaillé qu'au seul bénéfice du Front national, devenu Rassemblement national.
"Nous n'avons rien dissimulé", a encore insisté celle qui joue son avenir politique. En première instance, elle avait été condamnée à cinq ans d'inéligibilité immédiate, l'empêchant à date d'être candidate à la présidentielle de 2027.
A-t-il été l'assistant parlementaire d'une eurodéputée ? Lors de son interrogatoire au procès en appel le député Julien Odoul a soutenu avoir réellement été l'assistant parlementaire de Mylène Troszczynski. Ceci alors que l'organigramme du Front national publié à l'hiver 2015, qui éveillera l'attention du Parlement européen, le présentait comme "conseiller spécial" au cabinet de la présidente du parti, Marine Le Pen.
Malgré le contrat le mettant théoriquement au service de l'eurodéputée, sur les premiers mois, "je n'ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail", a affirmé à la barre celui qui est désormais député Rassemblement national de l'Yonne Julien Odoul. Sur une période d'un an et demi, il n'aura que douze communications avec sa supérieure théorique. De leur trois appels, le plus long sera d'une durée de quatre minutes et dix-sept secondes. "Rétrospectivement, elle n'avait pas besoin de mes services", a-t-il regretté.
Se présentant comme désœuvré, débarquant dans un parti désorganisé, Julien Odoul a indiqué avoir été mis informellement au service de Marine Le Pen car "Mylène Troszczynski m'avait dit de me rendre utile au sein du siège du Front national".
Acide, la présidente Michèle Agi l'a confronté à plusieurs messages accablants saisi par les enquêteurs. En février 2015, quatre mois après le début de son contrat d'assistant parlementaire, Julien Odoul écrivait notamment à Marine Le Pen pour lui demander s'il est possible qu'il aille au Parlement européen à Strasbourg pour "faire la connaissance de Mylène Troszczynski à qui je suis rattaché".
Ancien numéro 2 du Front national, Bruno Gollnisch a déclaré à la barre, comme Marine Le Pen, qu'il n'y avait pas de système mis en place par le parti. Cependant, celui qui a été cadre historique du parti de Jean-Marie Le Pen a évoqué l'existence d'une "organisation" afin d'utiliser la dotation au mieux".
"Le mot système est connoté comme quelque chose de délictueux, de secret. Le but était d’utiliser la dotation au mieux. Ce secrétariat de Montretout existait", en référence à la résidence de la famille Le Pen à Saint-Cloud. "Les orientations politiques se décidaient à Montretout. Oui, j’ai mis mes assistants parlementaires à la disposition de Monsieur Le Pen. Il m’est apparu naturel de placer ces assistants dans cette espèce de vigie qu’était Montretout", ajoutait-il.
L'eurodéputé a défendu son bilan : entre 2009 et 2014, "j’ai participé à plus de 23.000 votes", expliquait-il à la présidente. "J’ai beaucoup travaillé, j'ai fait le job".
Le 3 février, les avocats du Parlement européen, partie civile au procès en appel, ont dénoncé dans leurs plaidoiries la "confiance trahie" par le parti d'extrême droite vis-à-vis de l'institution européenne.
"La confiance (du Parlement dans les députés) a été trahie pendant des années, pour plusieurs millions d'euros. C'est aussi la confiance des citoyens et des contribuables de l'Union européenne qui a été trahie", a estimé Me Patrick Maisonneuve devant les magistrats de la cour d'appel. "(Bruno) Gollnisch lui-même nous dira qu'il n'y a pas de système, il y a eu une organisation. M. Gollnisch trouve que le mot 'organisation' est plus élégant que le mot 'système'", a-t-il raillé. "C'est le Parlement européen qui, sans le savoir, s'est chargé d'assurer la continuité du service du Front national", a-t-il affirmé.
Fustigeant le "positionnement de façade" des prévenus à l'audience, qui ont mis en avant des "zones grises" des règles du Parlement européen sur l'emploi d'assistants parlementaires, son autre avocate, Me Bérénice de Warren, a indiqué à la cour que "ce n'est absolument pas la réalité de tous les dossiers qui vous ont été soumis". "On n'est pas dans une zone grise, on est en zone interdite", a-t-elle asséné.
Au terme de leur réquisitoire de près de six heures, les deux avocats généraux ont confirmé la peine de cinq ans d'inéligibilité contre Marine Le Pen. Elle "a été l'instigatrice, à la suite de son père, d'un système qui a permis pour le compte du parti de détourner 1,4 million d'euros", a déclaré l'avocat général Stéphane Madoz-Blanchet, dénonçant une "remise en question de façade" de sa part.
Le parquet général a également requis la confirmation de l'amende de 100.000 euros à laquelle elle avait été condamnée par le tribunal correctionnel. Mais il a demandé à la cour de ne pas assortir l'inéligibilité de l'exécution provisoire, c'est-à-dire de l'application immédiate.
Les représentants de l'accusation ont en outre réclamé la condamnation des onze autres mis en cause, dont le RN en tant que personne morale, coupables selon eux de détournement de fonds pour avoir mis en place un "système" entre 2004 et 2016, "assumé et piloté" et résumé ainsi : "les assistants parlementaires" des eurodéputés du mouvement d'extrême droite "travaillaient pour le parti, mais étaient payés par l'Europe".
Cette "organisation", d'abord décrite comme "artisanale" lors de sa mise en œuvre par Jean-Marie Le Pen en 2004, avait ensuite été "professionnalisée" à partir de 2012 par Marine Le Pen, qui avait succédé un an plus tôt à son père à la tête du parti, ont martelé les deux avocats généraux, Thierry Ramonatxo et Stéphane Madoz-Blanchet.
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