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Loi "sécurité globale" : Gérald Darmanin s'enlise dans la crise

DÉCRYPTAGE - En premier ligne sur la proposition de loi "sécurité globale", le ministre de l'Intérieur est de plus en plus contesté au sein du gouvernement et de la majorité.

Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 20 novembre 2020
Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 20 novembre 2020 Crédit : Bertrand GUAY / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Darmanin est allé trop loin". Les critiques sont dures, en ce mardi 24 novembre, pour le ministre de l'Intérieur, si l'on en croit les mots de ce responsable de la majorité dans les colonnes de L'Opinion. Le locataire de la place Beauvau est plongé dans une spirale infernale depuis la présentation à l'Assemblée de la proposition de loi "sécurité globale"

La pression autour de Gérald Darmanin s'est intensifiée dans la soirée du 23 novembre. Des gendarmes et des policiers ont procédé à l'évacuation d'un camp de migrants, place de la République à Paris. Une évacuation musclée sous les tirs de gaz lacrymogène. Des journalistes présents sur place, dont Rémy Buisine de Brut qui a été molesté par un policier, ont décrit une situation qui a "dérapé totalement".

Plusieurs vidéos, postées sur les réseaux sociaux, ont été tournées dans les rues du quartier Beaubourg à Paris. On y voit un homme vêtu de blanc est encerclé par un groupe de policiers, puis parvient à s'enfuir. Un policier en uniforme tend sa jambe sur son passage, ce qui provoque la chute de cet hommeUne enquête a été ouverte pour "violences par personne dépositaire de l'autorité publique".

Darmanin lâché par Macron et Castex ?

Ces images ont poussé Gérald Darmanin à réagir sur Twitter : "Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d'ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception". Des propos qui ont aussitôt relancé le débat sur l'article 24 de la proposition de loi "sécurité globale" et l'interdiction de diffusion des images montrant les forces de l'ordre en intervention.

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"Il voulait soigner son électorat et son administration mais il n’est pas le ministre des flics, il est le ministre de l’Intérieur. En agissant ainsi, il nous éloigne définitivement de nos électeurs", estime un député dans L'Opinion.

Le projet de loi "sécurité globale" et les polémiques qui s'enchaînent isolent le ministre de l'Intérieur au sein du gouvernement. "Gérald Darmanin s’est retrouvé seul dans son aventure. Il n’a pas été soutenu, ni par l’Élysée ni par Matignon. Le président de la République comme le premier ministre se sont inquiétés assez tôt dans la semaine de la tournure des débats, souligne Olivier Bost, éditorialiste politique à RTL. Les entourages de l’un et de l’autre renvoyaient vers le ministère de l’Intérieur à la moindre question. 'C’est le problème de Darmanin'. Ce n’est jamais bon signe pour un ministre..."

Castaner en embuscade

Selon Olivier Bost, "la loi est surtout devenue le symbole d’un recul des libertés : celle d’informer mais pas seulement, puisqu’elle autorise l’utilisation de drones pour surveiller l’espace public". "Gérald Darmanin a donc fait une erreur d’appréciation", estime l'éditorialiste politique. 

Cette erreur pourrait lui coûter cher. Et comme souvent en politique, les coups les plus durs viennent de l'entourage. Son prédécesseur à Beauvau et désormais président des députés LaREM Christophe Castaner n'a pas hésité à lui savonner la planche dès les premières tensions autour du texte. Voyant le texte s'enliser, ce dernier a déclenché une réunion d'urgence sur le sujet auprès de... Jean Castex. "Il a appelé Jean Castex en disant : 'Ça ne va pas du tout', alors que Gérald Darmanin discutait déjà avec Matignon d'amendements de repli" pour répondre aux mécontentements, confie un conseiller à Franceinfo.

Un député analyse la situation : "Castaner a monté le truc en épingle pour bordéliser le groupe, y voyant une occasion en or de se faire Gérald". L'ancien ministre de l'Intérieur ne veut pas que "Darmanin réussisse là où il a échoué", ajoute l'élu. 

Un gouvernement et une majorité qui se désolidarisent

Bien conscient des stratégies politiques en train de se jouer sous yeux, Gérald Darmanin semble impuissant face aux doutes qui s'emparent de la majorité à son égard. "Casta va nous emmerder", s’inquiète un proche du ministre auprès de Franceinfo. Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour voir les langues se délier sur le projet de loi "sécurité globale" et sur celui qui le porte. 

La numéro 2 du ministère de l'Intérieur, Marlène Schiappa, a publié un communiqué sur Twitter dans lequel elle rappelle, avec sa collègue Emmanuelle Wargon, que "les migrants sont des personnes qui doivent être traitées avec humanité et fraternité. La ministre déléguée à la Citoyenneté et la ministre du Logement ont demandé une prise en charge "sans délai" pour les centaines de migrants délogés violemment

Les remontrances viennent aussi de la majorité. À l'Assemblée nationale, la députée LaREM Nathalie Sarles a expliqué qu'elle votera contre le projet de loi "sécurité globale". "Nous allons tranquillement vers un État autoritaire, vers une suppression des libertés individuelles, a-t-elle indiqué au micro de France Bleu. Il faut donner un cadre de protection des forces de l’ordre mais cette loi va beaucoup trop loin, notamment l’article qui fait tant polémique".

Atout pour Macron ou élément perturbateur ?

De quelle couleur sera teintée l'horizon pour Gérald Darmanin ? Le ministre de l'Intérieur mise sur sa relation en direct avec le président de la République. "C'est un ministre affranchi. Il est sûr de sa force et de sa relation directe avec le chef de l'État", explique un de ses amis à L'Opinion. "Ses dérapages sur l’article 24 viennent du fait qu’il a pu se sentir en roue libre, dédouané par la nécessité pour Emmanuel Macron de continuer à fracturer la droite dans la perspective de 2022", estime l'éditorialiste du Monde François Fressoz.

Gérald Darmanin assume. En octobre dernier, bien avant la crise qu'il traverse, il défendait son style au micro de Thomas Sotto dans RTL Soir. "J'ai toujours été comme cela, peut-être que ça peut choquer et je m'excuse si les oreilles chastes n'aiment pas les gros mots. Dans la cuisine française, il y a le gros sel et le petit sel. Les deux sont intéressants. Il y a des petits mots et des gros mots, tant qu'ils ne sont pas orduriers, ils permettent de dire les choses", défendait-il.


Mais, prudence. En politique les alliances et les forces se font et se défont rapidement. "Si vous avez un Benzema qui déconne dans l'équipe, il ne jouera pas le prochain match. Or, je suis convaincu qu'il y aura un gouvernement Castex 2. Darmanin ferait mieux de faire attention", met en garde un député dans L'Opinion.

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