3 min de lecture Gérald Darmanin

Proposition de loi "sécurité globale" : Darmanin est-il en difficulté ?

ÉCLAIRAGE - Le ministre de l'Intérieur a semé le trouble, en affirmant que les journalistes "doivent se rapprocher des autorités" en amont des manifestations. Il s'est ensuite repris, affirmant que ce n'était pas une obligation.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale le 10 novembre 2020
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale le 10 novembre 2020 Crédit : Thomas COEX / AFP
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Les crispations se multiplient autour de la proposition de loi "sécurité globale". Les députés ont poursuivi l'examen du projet, dont la partie sur l'image des policiers et la liberté de la presse continue de cristalliser passions et antagonismes. 

Si les débats dans l'hémicycle portaient sur les nouvelles prérogatives des polices municipales, la polémique s'est poursuivie après les échauffourées de la veille à proximité de l'Assemblée, entre force de l'ordre et une partie des manifestants qui s'étaient massés pour dire leur opposition à un texte jugé "liberticide". Lacrymogènes, canons à eau, mobilier urbain détruit : 33 personnes ont été interpellées à la suite des heurts qui ont fait "dix blessés légers dont neuf parmi les forces de sécurité intérieure", selon la préfecture de police. 

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a fustigé "des violences inacceptables" : "Alors que des représentants du peuple allaient légitimement discuter d'un texte de loi, il y avait une pression sur les représentants de la Nation pour ne pas discuter librement". 

Un rétropédalage de Gérald Darmanin

Depuis plusieurs jours, des journalistes ont déploré avoir été empêchés de filmer des interpellations et certains ont été "molestés ou interpellés" selon le Syndicat national des journalistes. Un journaliste de France Télévisions est resté 12 heures en garde à vue sans "aucun motif", a dénoncé le groupe, fustigeant une "arrestation arbitraire". Il a écopé d'un rappel à la loi selon la préfecture. 

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Gérald Darmanin a affirmé le 18 novembre que les journalistes "doivent se rapprocher des autorités" en amont pour "pouvoir rendre compte, faire (leur) travail". Cible de vives critiques, il s'est repris dans la soirée, affirmant dans un tweet que le schéma national du maintien de l'ordre qu'il a présenté en septembre "prévoit que les journalistes peuvent, sans en avoir l'obligation, prendre contact avec les préfectures en amont des manifestations". D'autres rassemblements ont eu lieu dans des grandes villes comme Lyon, Rennes, Marseille.          

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin va proposer d'introduire un amendement garantissant la liberté de la presse dans la proposition de loi "sécurité globale". Il viendra "préciser l'article 24" pour garantir que "la liberté de la presse n'est bien entendu en rien menacée", a confié l'entourage de Gérald Darmanin. 

LaREM, lâchée par son allié le MoDem sur l'article 24 ?

Autre point de crispation pour le ministre de l'Intérieur : la défiance des opposants à la proposition de loi de LaREM et son allié Agir sur l'article 24 qui prévoit d'encadrer l'image des forces de l'ordre. Débattu sans doute en fin de semaine, il prévoit de pénaliser d'un an de prison et 45.000 euros d'amende la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" d'un policier ou d'un gendarme en intervention, lorsque celle-ci a pour but de porter "atteinte à son intégrité physique ou psychique". 

Soutenue par les syndicats policiers, la mesure fait bondir représentants des journalistes et défenseurs des libertés publiques. La semaine dernière, Gérald Darmanin avait plaidé pour un durcissement de la mesure, en voulant imposer le floutage obligatoire des forces de l'ordre, une orientation plus proche de LR que des positions des "marcheurs". Avant de mettre sa proposition sous l'éteignoir. 

Désireuse d'évacuer "les caricatures", la majorité ne pourra pas composer avec son allié le MoDem qui souhaite supprimer cet article 24. Une députée LaREM estime auprès de nos confrères de Chez Pol, "sur ce texte, le MoDem est à notre extrême gauche. Ça nous situe bien politiquement...".

Une réunion avec Castex et Castaner

L'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a aussi proposé une réunion jeudi soir avec le premier ministre et le locataire de la place Beauvau notamment, face à la polémique autour de l'image des policiers et la liberté de la presse, a-t-on appris de source parlementaire. 

Il s'agit de "mettre les options sur la table" et aussi d'"aider au dialogue" avec les députés LaREM, selon la même source. Des députés LaREM ont suggéré d'inscrire dans le texte le rappel de la "liberté de la presse", ou d'exclure les journalistes de la mesure.

Une autre piste, mais qui n'est pas privilégiée, serait de supprimer l'article litigieux et de renvoyer le débat au projet de loi sur les séparatismes, qui doit créer un délit réprimant la haine en ligne ainsi que des sanctions spécifiques pour les pressions exercées sur des agents de l'État ou des élus.

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