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Évacuation de migrants à Paris : 3 questions pour comprendre la polémique

ÉCLAIRAGE - Lundi 23 novembre, un camp de jeunes migrants a été évacué avec violence par les forces de l'ordre place de la République. L'IGPN, la "police des polices", a été saisie.

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Évacuation de migrants à Paris : 3 questions pour comprendre la polémique Crédit Image : MARTIN BUREAU / AFP | Crédit Média : Laura Maucci | Durée : | Date : La page de l'émission
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Des migrants sortis de leurs tentes et traînés par terre, des journalistes isolés et frappés au sol : les images tournées lundi 23 novembre au soir font état de la violence de l'opération d'évacuation du camp de migrants installé place de la République à Paris par les forces de l'ordre. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin a demandé un rapport au préfet de police de la capitale, Didier Lallement, et l'IGPN a été saisie.

Plusieurs vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent les forces de l'ordre expulsant les migrants de leurs tentes avec violence, parfois même les transportant alors qu'ils se trouvent encore à l'intérieur. Les tentes sont ensuite chargées dans un camion, tout cela sous les huées. Certains journalistes ont aussi été pris à partie. Rémy Buisine, journaliste à Brut, raconte ainsi avoir été la cible d'un des membres des forces de l'ordre à trois reprises durant la soirée dont une filmée par un confrère, Nicolas Mayart. 

1. Qui était présent lors de l'évacuation ?

Les migrants installés place de la République venaient pour beaucoup du camp démantelé la semaine d'avant à Saint-Denis par les forces de l'ordre. Soutenus par les associations, ils avaient décidé de planter leur tente sur cette place du centre de Paris pour alerter sur le manque d'hébergement d'urgence en pleine période hivernale et en pleine crise sanitaire. L'objectif était aussi de montrer que l'évacuation d'un camp mène inéluctablement à la formation d'un autre.

En plus des bénévoles des associations d'aide aux migrants, des avocats étaient présents. Au cours de la soirée, plusieurs élus comme Éric Coquerel (La France insoumise) ou Fatoumata Koné (EELV) se sont aussi rendus sur place. Le tout sous les caméras de plusieurs journalistes qui ont dénoncé la violence inédite des forces de l'ordre.

2. Comment s'est déroulée l'évacuation ?

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Comme le note Laura Maucci, journaliste à RTL, en début de soirée quelques 500 tentes ont été disposées sur la place dans le calme. Les forces de l'ordre sont ensuite très vite arrivées sur place et, au bout d'une heure, ont commencé l'évacuation. Tentes renversées, jeunes migrants jetés au sol... Forcées de quitter la place, les personnes présentes se sont rendues dans les rues alentours où les altercations ont continué : sur une vidéo, on voit par exemple un policier faire un croche-pied à une personne essayant de s'enfuir.

Des scènes de coups et d'insultes ont été diffusées sur les réseaux sociaux, en plein débat autour de l'article 24 de la proposition de loi sécurité globale, qui vise à restreindre le droit de filmer les forces de l'ordre en pleine intervention, et à interdire la diffusion de ces vidéos. "Les images sont précieuses pour rendre compte du réel, a ainsi rappelé le journaliste Clément Lanot présent lors de l'évacuation. Le travail des journalistes est plus que jamais nécessaire."

3. Quelles réactions ?

Lundi soir, outre les élus et élues présents sur place lors de l'évacuation, plusieurs personnalités politiques ont fait part de leur indignation sur les réseaux sociaux. C'est le cas de Benoît Hamon ou David Belliard, adjoint écologiste à la mairie de Paris. "Face à la misère, ce déchaînement de violences est une honte, a tweeté l'élu. Le préfet de police doit rendre des comptes."

Dès lundi soir, Gérald Darmanin a annoncé avoir demandé un rapport au préfet de police de Paris qui le lui a rendu ce mardi matin. "Celui-ci m’a proposé la saisine de l’IGPN sur plusieurs faits inacceptables, a expliqué le ministre de l'Intérieur sur Twitter. J’ai demandé à l’IGPN de remettre ses conclusions sous 48h et les rendrai publiques." 

Invité de RTL mardi, David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale a reconnu "un geste inapproprié et idiot" au moment où il vu "un collègue faire un croche-pied à quelqu'un qui s'enfuit en courant". Concernant cet acte précis, une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour "violences".

De leur côté, les ministres de la Citoyenneté et du Logement, Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon, ont rappelé dans un communiqué "que les migrants sont des personnes qui doivent être traitées avec humanité et fraternité". "Les deux ministres mobilisent les administrations de l’État afin que des solutions de prise en charge soient trouvées sans délai pour les personnes en situation de détresse", ont-elles ajouté.

La mairie de Paris, via son adjoint au logement Ian Brossat a proposé deux centres d'hébergement : le parc des Expositions situé porte de Versailles (XVème arrondissement) et l'espace Champerret (VIIème arrondissement). Dans un entretien à Libération, l'élu communiste annonce avoir présenté cette alternative à la préfecture de Paris. "La mairie de Paris a pris contact avec le gestionnaire, a-t-il expliqué. Il y a de la place, on peut même le faire tout en respectant les distanciations sociales."

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