6 min de lecture Présidentielle 2017

"Le Grand Débat" : débats houleux, moralisation, UE... Ce qu'il faut retenir

ÉCLAIRAGE - Les onze candidats à la présidentielle ont participé au "Grand Débat" télévisé, mardi 4 avril. Une soirée marquée par des échanges parfois rudes.

"Le Grand Débat" : 10 des 11 candidats à la présidentielle 2017, Philippe Poutou ayant refusé de prendre la pose
"Le Grand Débat" : 10 des 11 candidats à la présidentielle 2017, Philippe Poutou ayant refusé de prendre la pose Crédit : Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP
Romain Renner
Romain Renner
Journaliste RTL

C'était une première. Pour la première fois de l'histoire, tous les candidats à l'élection présidentielle étaient réunis sur un même plateau. Le Grand Débat organisé par BFMTV et Cnews, a permis aux 11 prétendants de l'Élysée de s'affronter. Durant 3h30, les discussions de Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon, Benoît Hamon, Jean Lassalle, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou ont tourné autour de trois thèmes :  "Comment créer des emplois ?", "comment protéger les Français ?" et "comment mettre en oeuvre votre modèle social ?"

Faire parler 11 personnes en même temps n'était pas chose aisée et il a été difficile d'éviter la cacophonie lorsque les débats se sont envenimés et concernés plusieurs personnes en même temps. Au départ correct, le ton des débats est rapidement monté. Les piques et attaques ont été nombreuses. Les hostilités ont rapidement été déclenché par des piques contre le bilan d'Emmanuel Macron au gouvernement et les affaires judiciaires de François Fillon. Les candidats se sont ensuite attachés à démonter les propositions de leurs rivaux.

Les "petits candidats" sont descendus dans l'arène

Ils étaient la grande inconnue de ce débat. Les six candidats qui n'ont pas été conviés au débat du 10 mars dernier sur TF1 avaient pour la première fois l'occasion de s'exprimer en même temps que leurs cinq principaux concurrents. L'un d'entre eux, Philippe Poutou, a d'ailleurs été le premier à se faire remarquer en refusant d'apparaître sur la photo officielle prise avant le début de l'émission. Le candidat soutenu par le NPA s'est rapidement montré offensif, rappelant qu'il était "le seul avec Nathalie Arthaud" à avoir "un travail normal" et en fustigeant le manque d'honnêteté de certains candidats, dans une attaque à peine masquée aux affaires judiciaires qui touchent François Fillon et Marine Le Pen.

L'occasion de se faire remarquer était belle. Nicolas Dupont-Aignan s'est lui aussi rapidement mis en jambes en attaquant les bilans de François Fillon, premier ministre de 2007 à 2012, et Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l'Élysée (2012-2014) puis ministre de l'Économie (2014-2016). François Asselineau a, lui, décidé d'attaquer de manière encore plus large. "Comme le disait De Gaulle, le vrai sujet de l'élection présidentielle, c'est l'indépendance de la France. Les candidats ne vous disent pas la réalité. Tous les traités européens nous cadenassent dans une politique intenable", a-t-il estimé, expliquant que les propositions de ses rivaux ne pouvaient pas être mises en place.

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Ce sont également ces "petits candidats" qui ont le plus fait parler d'eux sur les réseaux sociaux. Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Cheminade, Nathalie Arthaud, Jean Lassalle et Philippe Poutou ont vu leur nom entrer dans les trending topics de Twitter dès le début de la soirée. À plusieurs moments de la soirée, Jacques Cheminade, Philippe Poutou, Nicolas Dupont-Aignan et Jean Lassalle sont par ailleurs devenus les prétendants à l'Élysée les plus recherchés sur Google.

L'Union européenne, source de conflits

La question européenne a rapidement dominé les débats. Deux camps se sont clairement distingués au sein des débatteurs : les pro et anti-Europe. "J'ai l'Europe au cœur et ce projet nous rend plus forts. Mais je n'ai pas l'Europe naïve. Je suis pour être sérieux et réformer les choses. La France peut réformer les choses, c'est ce que je ferai dès le début de mon quinquennat", a assuré Emmanuel Macron, prenant la parole après plusieurs salves de propositions eurosceptiques voire europhobes.

Plusieurs candidats, tels que Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon, ont proposé de changer l'Europe, tandis que François Asselineau s'est présenté comme "le seul candidat du Frexit", glorifiant le choix du "grand peuple britannique" de quitter l'Union européenne. "Ces discours sur l'Europe sont de la diversion", a contre-attaqué Nathalie Arthaud. Dans les entreprises, ce n'est pas l'Europe qui force le grand patronat à augmenter le temps de travail. C'est un choix politique pour verser plus aux actionnaires. Marine Le Pen et François Asselineau trompent les travailleurs". Et Jean-Luc Mélenchon de lui répondre : "Vous sous-estimez les institutions juridiques".

"Il manque un point à ce débat : que se passe-t-il si nous sortons de l'Europe ? a tenu à intervenir Benoît Hamon. Demain, sans l'Europe, c'est la compétition à tout va".

La moralisation de la vie publique

Un sujet a particulièrement enflammé les débats : la moralisation de la vie publique. Philippe Poutou a enflammé la salle et provoqué deux salves d'applaudissements en attaquant Marine Le Pen et François Fillon. "Depuis janvier, on a Fillon. Que des histoires. Plus on fouille, plus on sent la corruption. En plus, ce sont des bonhommes qui nous expliquent qu'il faut la rigueur et qui piquent dans les caisses. Et puis, il y a Le Pen. Elle est anti-européenne et pique dans les caisses de l'Europe. Et elle se protège avec l'immunité de l'Europe", a-t-il taclé.

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Philippe Poutou attaque François Fillon et Marine Le Pen et se fait applaudir Crédit Image : Capture d'écran BFMTV | Crédit Média : RTLNET et BFMTV | Date :

"On n'accuse pas comme ça", lui a répondu François Fillon, qui a rappelé le principe de présomption d'innocence lors de sa prise de parole. Le candidat des Républicains a par ailleurs conclu son intervention par une attaque directe contre François Hollande : "Un président exemplaire dit la vérité aux Français sur la réalité. Il respecte son premier ministre, son gouvernement et l'équilibre des pouvoirs. Il ne se sert pas de son pouvoir pour affaiblir ses adversaires". Une référence au "cabinet noir" auquel il a fait allusion plusieurs fois ces dernière semaines. Philippe Poutou est revenu plus tard sur le cas de François Fillon, qu'il a à nouveau accusé de "piquer dans les caisses". Des propos auxquels François Fillon a répondu, d'un ton modéré, par la perspective d'un "procès" contre le candidat du NPA.

Emmanuel Macron a tenté le difficile exercice de la synthèse, en rappelant à François Fillon et Marine Le Pen qu'il fallait respecter le travail de la justice, tout en estimant qu'il fallait respecter la présomption d'innocence. Une remarque très probablement destinée à Philippe Poutou. Le fondateur d'En Marche ! n'a toutefois pas été ménagé au cours de ces discussions, Nicolas Dupont-Aignan l'interrogeant sur son passé au sein de la banque Rotschild. "Cela ne vous a jamais choqué que Rothschild organise le transfert des plus grandes entreprises françaises quand vous étiez ministre ?", lui a demandé le président de Debout la France. "Vous avez totalement raison, je le comprends très bien, lui a répondu Emmanuel Macron. Je suis pour la transparence, la responsabilité mais pas le soupçon généralisé."

Plusieurs débatteurs ont affirmé leur volonté d'exiger un casier judiciaire vierge pour pouvoir se présenter à une élection. François Asselineau, favorable à cette mesure, s'en est pris à ces concurrents, en s'interrogeant sur leur capacité à être irréprochables, compte tenu des dettes contractées par leur parti. "Les Républicains ont 67 millions d'euros de dettes auprès des banques (...), le Front national a 9 millions de dettes auprès des banques (...), Nicolas Dupont-Aignan a 1,1 million de dettes auprès des banques (...), le PS a 13 millions de dettes auprès des banques", a-t-il lancé. Nicolas Dupont-Aignan a accusé son détracteur de mentir.

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François Asselineau révèle les dettes des partis concurrents Crédit Image : Lionel BONAVENTURE / AFP | Crédit Média : RTLNET et BFMTV | Date :

Fillon et Le Pen ciblés par leurs adversaires

Chaque candidat avait une carte à jouer ce soir. Mais deux d'entre eux, parmi les favoris des sondages, semblaient être particulièrement dans la ligne de mire. Outre l'exemplarité, c'est le bilan de François Fillon en tant que premier ministre qui a été attaqué à plusieurs reprises, par Nicolas Dupont-Aignan, Benoît Hamon et Marine Le Pen, notamment à propos de la dette, la suppression de postes de policiers et gendarmes.

La présidente du FN n'a pas été épargnée par ses concurrents, notamment concernant ses prises de position idéologiques. Jean-Luc Mélenchon s'est notamment emporté lorsqu'elle a abordé la question de la religion : "Foutez-nous la paix avec la religion !", lui a-t-il asséné. Benoît Hamon a, lui, assuré que le jihadisme "arrangeait bien" son propos. Le vainqueur de la primaire de la gauche a par ailleurs réclamé que les journalistes "fassent leur travail" en arrêtant de donner la parole à Marine Le Pen lorsque ce dernier a atteint 17 minutes et 43 secondes, soit 43 secondes de plus que ce qui était prévu.

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"Fichez-nous la paix avec la religion" réprimande Mélenchon à Le Pen sur les questions de laïcité Crédit Image : LIONEL BONAVENTURE / AFP | Crédit Média : RTLNET | Date :

Emmanuel Macron a, lui, subi à plusieurs reprises des remontrances sur le bilan du quinquennat Hollande. Des attaques qu'il a parfois rejetées en affirmant qu'il n'était "pas ministre" au moment des faits reprochés. Le fondateur d'En Marche ! n'a toutefois que très rarement été mis en difficulté par ces concurrents, malgré quelques attaques venues de François Asselineau - "Vous êtes toujours d'accord avec tout le monde" - et Marine Le Pen, qui a accusé les journalistes de prendre systématiquement son parti.

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