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"Il est temps que vous fassiez le ménage" : Sébastien Lecornu dénonce la défense "ignoble" et "abjecte" de LFI à l'Assemblée après la mort de Quentin Deranque

La mort de Quentin Deranque, jeune militant nationaliste, a enflammé les débats à l'Assemblée nationale, où les échanges entre le gouvernement et La France insoumise ont été particulièrement tendus. Sébastien Lecornu a exhorté Mathilde Panot à clarifier la position de son parti face aux violences, tandis que l'enquête sur l'agression se poursuit à Lyon.

Sébastien Lecornu et Mathilde Panot à l'Assemblée nationale le 17 février 2026

Crédit : AFP

Eléonore Aparicio & AFP

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L'Assemblée nationale a été le théâtre d'échanges vifs mardi 17 février, lors des questions au gouvernement, suite à la mort tragique de Quentin Deranque, jeune militant nationaliste décédé après une agression à Lyon, en marge d'une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan. La présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a ouvert la séance par une minute de silence en hommage au défunt, un geste unanimement respecté par les députés.

La situation a rapidement dégénéré en débat houleux. Le premier ministre Sébastien Lecornu a jugé "ignoble" et "abjecte" la défense dans l'hémicycle de la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot. L'élue venait d'accuser "ceux qui instrumentalisent ce drame pour nous salir" et le gouvernement de n'avoir prévu "aucun dispositif" de sécurité autour de la présence du collectif identitaire Némésis, qui manifestait ce soir-là contre la conférence de Rima Hassan.

"Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject (...) Il est temps que vous fassiez le ménage, madame la présidente Panot, le ménage dans vos propos, le ménage dans vos idées et surtout le ménage dans vos rangs", a lancé le chef du gouvernement, qui a également insisté sur la nécessité que "la vérité judiciaire passe" sans "aucune pression", tout en mettant en garde contre "la rhétorique de la confrontation". 

Quelques minutes plus tard, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a reproché à La France insoumise (LFI) de ne pas dénoncer fermement les violences. "La Jeune Garde tue et LFI devrait le condamner", a-t-il déclaré.

La pression monte sur LFI

Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est attaqué depuis la mort samedi du jeune homme de 23 ans, deux jours après avoir été roué de coups par plusieurs individus. Certains seraient liés, selon le collectif identitaire Némésis, à la Jeune Garde, fondée à Lyon en 2018 par Raphaël Arnault désormais député LFI. Des accusations non confirmées par le parquet à ce stade.

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Lors de sa prise de parole, Mathilde Panot la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale a accusé ses détracteurs d'instrumentaliser ce drame pour "salir" le parti de Jean-Luc Mélenchon. "Ces manœuvres sont indignes", a-t-elle dénoncé. "Nous n'acceptons pas que la violence physique d'où qu'elle vienne soit employée pour régler les conflits. Jamais nous ne l'avons accepté, jamais nous ne l'accepterons", a assurée la députée. Elle a également souligné l'absence de minute de silence pour d'autres victimes de violences, comme l'ancien rugbyman Federico Martin Aramburu.

"Si LFI n'a rien à voir avec ce qu'il s'est passé, où est Raphaël Arnault, le député et fondateur de La Jeune Garde ? Où se cache-t-il aujourd'hui ?", lui a répondu sa collègue Hanane Mansouri (LR). Le premier ministre lui-même a jugé la défense de Mathilde Panot "abjecte" et "ignoble". Il a demandé à LFI de "faire le ménage" dans ses "idées" et ses "rangs"

La pression est forte sur LFI, qui tâche de se distinguer des auteurs de l'agression mortelle, alors que les suspects sont toujours en cours d'identification par la justice. Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a évoqué une "violence (...) voulue (par) Jean-Luc Mélenchon comme un outil politique", et même une personnalité de gauche, Raphaël Glucksmann, s'est vivement démarqué des Insoumis.

Le porte-parole du groupe PS, Romain Eskenazi, a lui estimé que LFI ne pouvait être tenue responsable de la mort de l'étudiant, mais avait une "responsabilité dans la brutalisation de la vie et des discours politiques". La France insoumise n'a "aucun lien" avec cette agression, ni "aucune responsabilité politique", a répliqué mardi son coordinateur national Manuel Bompard.

L'identification toujours en cours

Les responsabilités dans le décès de Quentin Deranque n'ont pas encore été établies. Lors de sa conférence de presse, lundi 16 février, le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, a indiqué que les enquêteurs travaillaient à l'identification des auteurs directs des faits. Selon plusieurs témoignages des membres de la Jeune Garde, groupuscule d'ultragauche, étaient présents lors de la rixe et ont participé aux violences. Pour le moment, l'information n'a pas encore été confirmée par le parquet. 

Le procureur a précisé que "l'identification et l'interpellation des auteurs prendra du temps". Les enquêteurs procèdent actuellement à une analyse minutieuse des vidéos qu'ils ont pu récupérer. 

Le jeune homme a succombé à des coups portés par au moins six personnes masquées et cagoulées, a déclaré lundi le procureur de Lyon, qui a requalifié l'enquête en "homicide volontaire". L'étudiant était, selon le collectif identitaire Némésis, chargé d'assurer la sécurité de plusieurs de ses militantes venues manifester jeudi contre une conférence de l'eurodéputée LFI et militante de la cause palestinienne Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

La Jeune Garde a assuré ne pouvoir "être tenue pour responsable" de la mort de Quentin Deranque, "ayant suspendu toutes ses activités" car elle est visée par une procédure de dissolution. Le gouvernement a aussi pointé du doigt ce groupe, mais le procureur a refusé d'en dire plus sur le profil des agresseurs.

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a, par le passé, fait l'éloge de la Jeune Garde. En avril 2025, il avait salué le travail de cette "organisation alliée". Mardi, Manuel Bompard a argué que ce soutien passé ne constituait pas un lien entre LFI et le drame. Si d'anciens membres de ce groupe sont responsables de l'agression, "ils doivent être punis", a-t-il dit.

L'attention se porte notamment sur l'assistant parlementaire de Raphaël Arnault, Jacques-Elie Favrot, dont le nom aurait été cité par des témoins. Jacques-Elie Favrot a rejeté toute responsabilité, via son avocat, mais s'est retiré de ses fonctions de collaborateur le temps de l'enquête.

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