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La Jeune garde antifasciste (illustration)
Crédit : Myriam Tirler / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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"Manifestement, c'est l'ultragauche qui a tué". Sur l'antenne de RTL, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin a directement porté des accusations au lendemain de la mort de Quentin D., un étudiant de 23 ans proche des identitaires, mort après une violente agression à Lyon le 14 février.
Quelques heures plus tard, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a affirmé sur France 2 que "manifestement c'est l'ultragauche qui était à la manœuvre", faisant état de témoignages qui semblent désigner la Jeune Garde. "Il n'y a que le Parquet qui pourra le confirmer", a-t-il ajouté ce lundi 16 février sur France Inter.
La Jeune Garde est un groupe antifasciste, se définissant comme marxiste matérialiste, cofondé à Lyon par le député LFI Raphaël Arnault en 2018, "notamment en réponse à l'augmentation des violences de l'extrême droite". "Notre but est tout simple : faire reculer les idées d'extrême droite, faire reculer l'extrême droite de façon générale", précisait Raphaël Arnault dans une interview accordée à Lyon Capitale en 2022.
À sa création, la Jeune Garde se présente comme une réaction d'autodéfense face à des mouvances d'extrême droite particulièrement violentes et prospères à Lyon, dont le Bastion social. Un réseau de groupes locaux de la Jeune Garde assez indépendants a ensuite essaimé dans plusieurs villes, dont Paris, Strasbourg, Lille ou encore Montpellier.
Les différentes branches s'identifient autour de symboles communs tels que les trois flèches orientées vers la gauche, une référence aux groupes d'autodéfense socialistes français des années 1930 également associée au parti social-démocrate allemand SPD comme symbole contre le nazisme et le stalinisme. Elles se retrouvent aussi à travers le slogan: "Face à l'extrême droite, riposte immédiate".
La Jeune Garde a gagné en visibilité à la faveur de la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023. Ses membres multiplient alors les actions sur le terrain, aux abords d'universités par exemple pour "parer au risque de prise à partie des étudiants participant aux blocages par des militants d'extrême droite radicale". Ils sont présents dans des "pré-cortèges" de manifestations, proposent parfois leur appui aux services d'ordre des syndicats, collent aussi des affiches, tractent. Ils apparaissent aussi sur les réseaux sociaux le visage masqué et les poings serrés, postent des images de leurs entraînements au combat.
Historiquement la Jeune Garde n'a pas été le collectif antifa le plus porté sur la violence sur Lyon, ils ont toujours préféré les événements 'respectables' et 'médiatisables' à la confrontation directe avec l'extrême droite.
Un spécialiste auprès de l'AFP
Toutefois, à Lyon même, la Jeune Garde n'a jamais été hégémonique, et partage le terrain avec d'autres collectifs d'"antifas", dont la Gale dissoute en 2022. "Historiquement la Jeune Garde n'a pas été le collectif antifa le plus porté sur la violence sur Lyon, ils ont toujours préféré les événements 'respectables' et 'médiatisables' à la confrontation directe avec l'extrême droite", explique un bon connaisseur de terrain de ces groupes, selon qui "la dissolution a sans doute contribué à désorganiser le collectif".
Selon cette source, "la Jeune Garde n'a jamais occupé une place centrale au sein de la mouvance globale 'antifa', sinon aux yeux des médias, du fait de sa tactique de visibilité médiatique, là où la plupart des groupes antifascistes préfèrent l'action directe". "La mouvance antifasciste ne dispose plus aujourd'hui d'une structuration nationale, contrairement à l'époque des réseaux Ras l'front ou, surtout, No Pasaran (les Scalps). Il s'agit plutôt d'un réseau informel de groupes locaux", estime encore cette source.
La dissolution de la Jeune Garde a été prononcée en juin 2025 en Conseil des ministres, le gouvernement l'accusant de "provoquer des agissements violents contre les personnes, provocations bien souvent suivies d'effets". La Jeune Garde, qui compte alors selon les autorités "près d'une centaine de membres répartis au sein de différentes branches locales en France", est basée sur une organisation pyramidale, avec à sa tête un porte-parole national. Longtemps, Raphaël Arnault incarna cette fonction avant d'être élu député LFI.
Le décret du 12 juin portant dissolution énumère des rixes violentes ou prises à partie à Strasbourg, Paris et Lyon entre 2023 et 2025 à Lyon, des agissements qui "ont donné lieu pour certains à des condamnations". Un recours contre cette dissolution a été déposé devant le Conseil d'État. Une audience était prévue mercredi mais a été reportée sine die.
C'est dans ce contexte que la Jeune garde déclare dans un communiqué qu'elle "ne saurait être tenue pour responsable" de la mort de Quentin à Lyon, "ayant suspendu toutes ses activités". Le groupe antifasciste a été mis en cause par le collectif Némésis, proche de l'extrême droite, qui a affirmé que Quentin avait été agressé par des militants antifascistes dont certains issus de la Jeune Garde, sans que le parquet n'ait établi pour sa part un tel lien à ce stade, accusations relayées par les ministres de la Justice et de l'Intérieur et de nombreuses personnalités politiques.
Dans son communiqué, Némésis affirme avoir reconnu parmi les agresseurs de Quentin un collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, qui serait un "membre actif de la Jeune Garde". Le député LFI Raphaël Arnault avait exprimé "horreur et dégoût" après l'annonce de la mort de l'étudiant de 23 ans, et dit sur X souhaiter que "toute la lumière soit faite". Son collaborateur parlementaire, mis en cause par le collectif identitaire Némésis, "dément formellement être responsable de ce drame", a déclaré son avocat dans un communiqué.
Il "se retire de ses fonctions" de collaborateur "durant le temps de l'enquête" et "se tient à la disposition de la justice afin de faire la lumière sur ce drame", a précisé l'avocat. "Sa présence dans l'enceinte de l'Assemblée nationale pourrait entraîner un trouble à l'ordre public", explique un communiqué de la présidence du Palais Bourbon. Yaël Braun-Pivet "a donc décidé de suspendre, à titre conservatoire et sans préjudice des suites de l'enquête judiciaire, les droits d'accès de ce dernier".
Une audience portant sur la légalité du décret de dissolution de la Jeune Garde était prévue mercredi. Elle a été annulée. Aucun motif n'a été fourni, ni de nouvelle date d'audience fixée, a précisé à l'AFP Me Aïnoha Pascual, avocate du collectif.
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