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Affaire du dépeceur de Mons : le tueur est-il dans le dossier d'enquête ?

PODCAST - "L'Heure du Crime" revient sur l'affaire du dépeceur de Mons, en Belgique. En mars 1997, les corps découpés de cinq femmes sont découverts dans des sacs poubelles, près d'une voie ferrée. Depuis trente ans, les policiers recherchent sa trace. Alors que la prescription va se refermer, une hypothèse, inédite, vient d'émerger.

La police continue de fouiller les lieux à Mons le 25 mars, où les restes massacrés de quatre femmes ont été découverts

Crédit : C. GILLOT / BELGA / AFP

L'INTÉGRALE - Le dépeceur de Mons : le médium et le noctambule

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Jean-Alphonse Richard - édité par Eléonore Aparicio

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Samedi 22 mars 1997 en début d’après midi, Olivier Motte, policier à la brigade équestre de Mons, remonte tranquillement à cheval la rue Émile Vandervelde. Il longe le talus de la voie ferrée, maigres arbustes, broussailles, bouteilles vides et papiers gras. Après le pont de chemin de fer, son attention est attirée par un chat qui se débat avec un sac plastique.

Il tient dans sa gueule ce qui ressemble à une main. Le policier pense à un jouet. Mais c'est bien une main humaine que laisse tomber le chat en détalant. Olivier Motte descend de sa monture. Dans le sac éventré, il aperçoit d'autres restes humains. Dans le coin, il dénombre sept autres sacs poubelle semblables, en plastique noir. L'un est suspendu à la branche d'un petit arbre.

Arrivés sur place, les experts de la police sont effarés par la découverte. Les sacs, estampillés Knokke-Heist, une commune de la côte belge, sont effectivement remplis de restes humains, morceaux de bras et de jambes. Le procureur du roi, Pierre Honoré, visage blême, confirme : "Les sacs contiennent uniquement des membres inférieurs ou supérieurs...Ni tête, ni tronc".


À l'Institut Médicolégal de Liège, deux légistes s’efforcent de reconstituer ce puzzle de chair, d’os et de sang. Les victimes au nombre de trois sont toutes des femmes. La première a été tuée il y a huit mois, ses restes ont été déposés à trois moments différents. Les découpes à la scie à métaux sont nettes et propres. Le travail d'un professionnel de la boucherie ou de la médecine, estime un docteur. Deux autres sacs sont retrouvés par des policiers quelques jours plus tard. Le juge d'instruction Pierre Pilette et les enquêteurs ont la certitude que le tueur est une seule et même personne. 

La piste du "Boucher du Bronx"

Jeudi 22 février 2007, le procureur de Mons, Claude Michaux, confirme que la justice s'intéresse de très près au dénommé Smajo Dzurlic. Cet ancien chauffeur de taxi, âgé de 61 ans, a été arrêté  dans son pays d'origine, le Monténégro. Il est soupçonné d'une douzaine de meurtres dans divers pays.

Aux États-Unis où il était chauffeur de taxi, il est recherché pour  le meurtre de sa compagne new yorkaise, Mary Beal, une traductrice. La victime avait été dépecée, son corps dispersé dans des sacs poubelles. Dzurlic, surnommé le "boucher du Bronx" avait pris la fuite. Ce sont les enquêteurs du FBI qui ont attiré l’attention de la police de Mons sur cet individu. Ils sont venus sur place pour échanger leurs  informations avec  la cellule de recherches Corpus.

Il ne fait pas de doute que l'auteur des faits est un familier du quartier de la gare de Mons

Frédéric Loore, journaliste d'investigation

Lors de leurs recherches, les Américains ont établi que Dzurlic, après son départ des États-Unis a longuement séjourné en Belgique, dans les villes de Verviers, Arlon puis Chiny. Selon les experts du FBI, les découpes opérées sur les cinq victimes belges seraient identiques à celles pratiquées à New York sur la malheureuses Mary Beal. Mais aussi sur deux femmes au Monténégro. La piste parait alors des plus sérieuses. 

Mais les autorités belges ne retrouvent aucune trace de passage de Smajo Dzurlic à Mons. Il aurait en fait quitté la Belgique avant le premier crime. "Cette piste va finir aussi par être écartée, parce qu'il ne fait pas de doute que l'auteur des faits est un familier du quartier de la gare de Mons, et même de la région de Mons, qu'il connaît bien ses moindres recoins, explique Frédéric Loore, journaliste d'investigation qui a collaboré avec Paris Match. Et puis surtout qu'il a pris le temps d'approcher les victimes, d'apprendre à les connaître, d'établir peut-être même un lien de confiance avec elles, ce qui ne peut pas être le cas de Djurlik."

Un nouveau suspect nommé Daniel

Jeudi 26 septembre 2024, l'avocat de la famille de Carmelina Russo, l'une des cinq victimes du dépeceur de Mons, demande de nouveaux actes d'instruction. Il s'appuie sur l'enquête fleuve menée par un jeune chercheur diplômé en psychologie, Morgan Vanlerberg, et un journaliste de Paris Match, Frédéric Laure. 

Ce dernier avait déjà révélé un rapport établi par le FBI sur le dépeceur de Mons, Les enquêteurs américains dressaient un portrait précis du criminel, un tueur uniquement animé par une motivation sexuelle. Selon Morgan Van Lerberg et Frédéric Laure, ce portrait correspond étrangement à un individu qui a attiré l'attention à l'époque des crimes, au sein de la police judiciaire de Mons. 


Ce suspect, Daniel, fréquentait les cafés, notamment le bar de l'hôtel Métropole où traînaient les victimes. Lors d'une perquisition chez ce fameux Daniel, les policiers avaient eu la surprise de trouver une cave nettoyée de fond en comble à l'acide. Son ordinateur avait été nettoyé. On avait toutefois pu retrouver des photos des lieux où les sacs avaient été déposés par le dépasseur, photo prise par Daniel. Il avait répondu qu'il avait photographié ces paysages au hasard. Aucune charge n'avait été retenue contre lui. 

Il n'y a aucun élément factuel, aucune preuve matérielle qui puisse permettre de l'incriminer

Morgan Van Leurberghe, coauteur du livre Il est moins cinq. Enquête sur le dépeceur de Mons

Lors de ces auditions, les enquêteurs "vont découvrir qu'au moment des disparitions des victimes, il n'a pas d'alibi. Ce jour-là, il ne travaille pas, il était libre de ses mouvements. Ils vont être interpellé par son attitude étonnante, lorsqu'il est auditionné et entendu dans le cadre de faits particulièrement macabres, il ne s'emporte pas, il ne proteste pas de son innocence, il est parfaitement maître de ses émotions. Il circule à bord d'un véhicule que l'on va retrouver dans divers témoignages comme pouvant correspondre au véhicule pour lequel on a enregistré des manèges bizarres autour de la rue Emil van der Velde", explique Frédéric Laure.

"Au-delà de tous ces éléments troublants il n'y a aucun élément factuel, aucune preuve matérielle qui puisse permettre de l'incriminer", précise Morgan Van Leurberghe, chercheur et coauteur du livre Il est moins cinq. Enquête sur le dépeceur de Mons.

"Pour poursuivre des individus devant la justice, il faut des éléments matériels. Et ces éléments matériels, aujourd'hui, n'existent toujours pas. Qu'il s'agisse d'empreintes, qu'il s'agisse de témoignages directs, Qu'il s'agisse de traces ADN, il n'y en a aucune. Les enquêteurs étaient dans une impasse et n'avaient pas d'autre choix que de le relaxer", ajoute Frédéric Laure. 

Alors que l'échéance de la prescription approche, l'espoir de voir cette affaire résolue repose désormais sur la réévaluation des pistes existantes et sur la possibilité que de nouveaux témoignages émergent. Pour les familles des victimes, la quête de vérité continue, avec l'espoir que justice soit enfin rendue.

Les invités de "L'Heure du Crime"

- Frédéric Loore, journaliste d’investigation, collaborateur du magazine Paris Match.
- Morgan Vanlerberghe, coauteur du livre Il est moins cinq. Enquête sur le dépeceur de Mons.

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