5 min de lecture Élections départementales

EELV, Front de gauche, frondeurs : une alliance à la gauche du PS est-elle réaliste ?

DÉCRYPTAGE - La formation d'une majorité alternative à gauche est souhaitée par de plus en plus de responsables politiques et trouve ses premières applications au niveau local, avec les élections départementales.

Jean-Luc Mélenchon, Cécile Duflot, Martine Aubry et Pierre Laurent, le 23 septembre 2010 (illustration)
Jean-Luc Mélenchon, Cécile Duflot, Martine Aubry et Pierre Laurent, le 23 septembre 2010 (illustration)
RomainRenner1
Romain Renner
Journaliste RTL

Les écologistes, le Front de gauche et Nouvelle Donne, le parti de Pierre Larrouturou, font campagne commune. Cette alliance a priori inattendue est devenue réalité, Cécile Duflot arpentant désormais les rues aux côtés de ses nouveaux amis pour convaincre les électeurs, en vue des élections départementales.

D'abord associés au gouvernement et à la majorité parlementaire, les Verts prennent de plus en plus de distance avec le pouvoir. Une position qui permet aux communistes et aux membres du Parti de Gauche (PG) de les voir comme des alliés valables pour les élections départementales qui se profilent mais également pour les échéances futures. "Nous aussi, nous avons été cocufiés", estime un secrétaire de section communiste en Normandieoù Cécile Duflot a débuté son tour de France électoral. L'extrême gauche et une partie des écologistes formulent le même reproche au pouvoir en place : les promesses n'ont pas été tenues.

Vers un élargissement à la gauche la plus radicale ?

C'est le discours adopté par Jean-Luc Mélenchon depuis de nombreux mois. L'ancien coprésident du PG, qu'il a fondé, appelle à bâtir une majorité alternative, à la gauche du Parti socialiste. Celle-ci comprendrait les frondeurs, les Verts et le Front de gauche (PCF et PG). Cécile Duflot, qui veut que les écologistes "participent à l'émergence d'une nouvelle force politique", n'est toutefois pas encore prête à faire alliance avec le candidat à la présidentielle 2012.

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Nous ne pourrons pas nous appuyer sur les seuls écologistes

Cécile Duflot (EELV)
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"J'ai nombre de désaccords avec Jean-Luc Mélenchon, explique-t-elle dans Libération (...) Mais sur l'écologie, il a bougé alors qu'il ne vient pas de cette histoire". Une avancée d'autant plus belle que les appels du pied de Jean-Luc Mélenchon restaient lettre morte, il y a encore quelques mois. Elle poursuit : "J'espère que beaucoup d'autres vont suivre son chemin. Je pense à de nombreux socialistes qui s'interrogent". La perche est tendue. Les frondeurs et les socialistes qui ne se reconnaissent pas dans la "social-démocratie" de François Hollande et Manuel Valls sont donc les bienvenus. 

La présidentielle 2017 ne serait pas en ligne de mire, à en croire les déclarations de l'ancienne secrétaire nationale d'EELV mais son analyse - "Nous ne pourrons pas nous appuyer sur les seuls écologistes (...) Nous devons prendre racine dans la société" - et les ambitions que lui prêtent ceux qui la côtoient laissent augurer du contraire.

Le spectre du fiasco de 2002

Toujours est-il que les deux fortes têtes semblent avoir trouvé un début de positionnement commun, qui pourrait attirer à lui des représentants d'une gauche plus radicale. De manière assez surprenante, c'est Olivier Besancenot qui a appelé "les frondeurs, EELV et Jean-Luc Mélenchon à faire tribune commune pour résister" à la politique mise en place par le gouvernement, dans le cadre d'une manifestation contre la loi Macron. Un tel tableau, bien que dépeint dans l'optique d'un événement précis, marquerait un grand changement : le NPA n'est pas habitué des alliances politiciennes.

Le gouvernement craint-il alors d'être débordé par ceux qui furent ses alliés et qui ne sont pas encore tous devenus des opposants ? "Il n'y a pas d'alternative à gauche", répondent par exemple Stéphane Le Foll et Jean-Marie Le Guen. Une rejet catégorique qui peut traduire une inquiétude réelle. Le Parti socialiste a déjà eu affaire à la multiplication des adversaires à sa gauche, le conduisant à sa perte lors de la présidentielle 2002 (Christiane Taubira, Noël Mamère, Arlette Laguiller, Robert Hue, Daniel Gluckstein, Jean-Pierre Chevènement, et Olivier Besancenot se sont présentés contre Lionel Jospin), alors que la gauche plurielle (PS, PCF, PRG, MDC et Les Verts) était au pouvoir.

Difficile alors de l'imaginer serein à l'idée de devoir lutter contre cette alliance d'extrême gauche qui se dessine, près de quinze ans après avoir été incapable d'empêcher ses propres alliés de le défier et de lui faire perdre une présidentielle qui semblait toute acquise. L'exécutif peut toutefois espérer que cette alternative se casse la figure à mesure que la présidentielle 2017 approche.

Une gauche d'opposition en ordre dispersé

Les écologistes ne sont pas d'accord sur la marche à suivreJean-Vincent Placé déplorant le déplacement idéologique d'EELV vers l'extrême gauche. Le sénateur souhaite que des membres de son parti - et probablement lui-même - entrent au gouvernement et rêve d'une alliance à gauche qui irait "des communistes modérés aux centristes, progressistes et humanistes". Difficile d'imaginer EELV - 2,31% lors de la présidentielle 2012 - se scinder en deux au moment de désigner son candidat pour 2017.

Je souhaiterais qu'il y ait une alliance allant du communisme responsable aux centristes, progressistes et humanistes

Jean-Vincent Placé (EELV)
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Que dire des frondeurs, qui n'envisagent de quitter ni la majorité ni le Parti socialiste malgré leurs désaccords avec la politique actuelle ? La perspective des législatives pourrait contenir leur volonté émancipatrice. En cas de défaite du candidat socialiste à la présidentielle, ils seraient opposés dans leur circonscription à un candidat PS, en plus des candidats du (ou des) parti(s) vainqueur(s). En cas de victoire, ils devraient faire face au candidat investi par un PS triomphant, en route pour un probable succès. Une difficulté supplémentaire et le risque de perdre son siège, dans les deux cas.

L'extrême gauche peut-elle tenir ?

Les échecs de la gauche plurielle, au pouvoir entre 1997 et 2002, et des gouvernements de synthèse mis en place par François Hollande dans la première partie de son quinquennat ont prouvé que l'alliance des gauches avait du mal à tenir, une fois le cap des élections franchi. Les difficultés de Syriza, victorieuse en Grèce grâce à un programme qu'Alexis Tsipras aura du mal à appliquer et obligée de s'allier à l'extrême droite pour gouverner, viennent ajouter aux doutes concernant la capacité de la gauche radicale à proposer une alternative commune à la gauche dite gouvernementale. 

Reste à savoir si les électeurs français seront réceptifs. Les résultats de ces alliances locales aux départementales donneront une première indication. Pour le moment, c'est la droite, dans sa définition la plus large, qui les séduit le plus. Le Front national (31%) devance l'UMP-UDI (29%) dans les intentions de vote pour le scrutin des 22 et 29 mars prochains.

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2015-03-09 18:40:00
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