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Procès J. Bendaoud, M. Soumah et Y. Boulahcen : les derniers mots des prévenus

RÉCIT - Le 7 février, les trois accusés ont pu prononcer leurs derniers mots pour essayer de convaincre le tribunal avant que celui-ci ne rende sa décision le 14 février prochain.

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Les derniers mots de Jawad Bendadoud Crédit Image : BENOIT PEYRUCQ / AFP | Crédit Média : Cindy Hubert | Durée : | Date :
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
et Cindy Hubert

C'était la prise de parole de la dernière chance. Mercredi 7 février, Youssef Aït Boulahcen, Mohamed Soumah et Jawad Bendaoud ont pu s'exprimer devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour essayer, une dernière fois, de convaincre la présidente et ses deux assesseurs de leur innocence. La décision sera rendue le 14 février prochain à 16 heures. 

Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, poursuivis pour recel de malfaiteurs terroristes, encourent jusqu'à 6 ans de prison car en état de récidive. Youssef Aït Boulahcen risque, lui, cinq ans de détention pour non-dénonciation de crimes terroristes. Pour les deux premiers, le procureur a requis, mardi 6 février, une peine de quatre de réclusion, et la peine maximale pour le troisième avec mandat de dépôt.

Après les ultimes plaidoiries de la défense, les prévenus ont donc pris la parole. Comme depuis le début du procès, c'est Youssef Aït Boulahcen qui a commencé. Il est le frère d'Hasna Aït Boulahcen, celle qui aurait pu être la clef du procès. On lui reproche de ne pas avoir averti la police de la présence de son cousin Abdelhamid Abaaoud en France et de ses projets d'attentats terroristes. Sa sœur est décédée dans l'assaut de Saint-Denis le 18 novembre 2015, après avoir aidé les jihadistes en fuite à trouver un logement, via l'intermédiaire de Mohamed Soumah, chez Jawad Bendaoud.

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Youssef Aït Boulahcen : "Je paye le prix de mes liens familiaux"

"Madame la présidente, je tenais à m'excuser après mes interventions inadéquates. Ça m'a fait du mal que l'on dise de moi que je suis un individu policé, que je calibre mes propos. J'essaye juste d'avoir un minimum de respect face aux personnes en face de moi. J'ai cœur à combattre les préjugés, les amalgames qui disent que les jeunes de cités qui ne savent pas s'exprimer. Mais depuis le début, j'ai dit la vérité, je ne me suis jamais caché".

"Je suis un individu scrupuleusement respectueux de la République. Je paye mes impôts, je suis rigoureux dans mon travail (...) Hasna a fait un choix, d'aider des terroristes, des criminels dans leur cavale, mais je ne suis pas responsable de ses choix. Son ignorance l'a menée à sa propre destruction. Elle était déséquilibrée, instable, influençable."

"Je ne suis pas lié à Daesh, à cette idéologie de division, de rage, de haine. Je n'ai jamais épousé cette idéologie (...) Oui j'ai regardé des vidéos et lu des documents, mais toujours avec du recul."

"J'ai entendu certains propos qui m'ont fait du mal. On a essayé de me transporter cette haine qu'avaient les victimes et tous les Français contre Abaaoud parce que je porte les liens familiaux. Oui, Abdelhamid Abaaoud était mon cousin et Hasna ma sœur mais je paye aujourd'hui le prix de mes liens familiaux". 

Youssef Aït Boulahcen conclut en citant une phrase de Gandhi.

Mohamed Soumah : "Jamais je vais être un terroriste"

"Je voudrais remercier mon avocate parce qu'elle m'a soutenu. Parfois, ça m'arrivait de m'énerver contre elle. J'ai vu que pour elle c'était pas évident avec tous ces avocats en face d'elle. Hier, j'ai écrit un courrier de 5 ou 6 pages, elle m'a dit 'non, tu vas embêter la juge'".

"Madame la juge, je voudrais redire que je suis désolé pour les victimes, pour ceux qui ont été blessés et ceux qui ont perdu un être cher. Quand on les voit raconter la barbarie, les horreurs, oui ça m'a choqué, ça m'a fait froid dans le dos, je suis un être humain madame la présidente."

"J'ai essayé de rester calme pendant le procès, j'ai craqué une fois. Ce jugement, il est difficile pour tout le monde. C'est la première fois que je vois des avocats s'embrouiller entre eux."

"À Saint-Denis, on est tous dans la même misère. J'ai toujours eu des amis juifs, chrétiens, musulmans. On est tous dans la même misère (...) Dans la rue, il faut être un peu méchant, sinon on vous marche dessus. Mais j'ai le respect des aînés. Si ça se trouve, vous avez l'âge de mon père, madame la juge."

"On veut m’assimiler à des terroristes. J'ai rien demandé, j’aurais préféré ne pas rencontrer Hasna. C’est un hasard. Un malheureux hasard. Quelle que soit votre décision, je vais assumer. Mais jamais je vais être un terroriste madame, jamais je vais tuer des gens."

"Voilà, je n'ai même pas lu mon courrier".

Jawad Bendaoud : "Je sais que je vais être condamné"

"Je veux remercier mes avocats, mon père, mon frère et la mère de mes enfants. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas par quoi commencer. Je ne sais pas comment j'ai atterri là. (...) Je veux remercier aussi les surveillants de Villepinte, de l'isolement, de Fresnes, qui ont été super corrects avec moi, pas ceux de Beauvais, ils m'ont fait une saloperie. D'ailleurs, je voudrais aussi dire à Nicole Belloubet qu'avant de s'occuper de mon cas, elle ferait bien de s'occuper des surveillants et policiers".

"Je remercie aussi Bilal Mokono et Abdallad Saadi d'être venu vers le box et de m'avoir tenu la main".

"Je vais écrire un bouquin en sortant, j'en ai marre d'expliquer l'histoire. J’ai passé deux ans à répéter 4.000 fois, si ce n’est pas plus, ma rencontre avec Hasna. (...) Hasna, Soumah, Abaaoud, Akrouh... Si j’avais su qu’ils étaient liés de près ou de loin aux attentats, qu’ils étaient liés ne serait-ce qu’à un meurtre, je ne les aurais jamais hébergés. J’ai l’impression il y a des gens qui viennent de mars, d’autre de Jupiter et on s’est rencontrés sur Pluton. Madame, je vous le dis yeux dans les yeux, à aucun moment je n’ai su que ces mecs-là étaient liés à un meurtre, ou autre."

"Madame, ça fait 27 mois je suis à l’isolement, tout seul. Je vais à la douche tout seul, je vais au sport tout seul. J'ai décidé de ne plus avoir de téléphone. Il y a des mecs dans la cellule ils ont 4 iPhone, on leur dit rien. On me trouve avec un téléphone de la taille d’un briquet Bic je prends 6 mois."

"'Comment ? Pourquoi ? T’es con !' à chaque fois que je croise quelqu’un je dois m’expliquer (…) Ou je me fais lyncher, je me fais traiter d’imbécile. Qu’on aille voir mes proches, ils diront si je suis un imbécile (...) Jusqu’à aujourd’hui je ne comprends pas ce qui m’arrive. J’essaie de refaire le film. Je revois Abaaoud, je le vois cinq minutes. Vous êtes tous là à me lyncher, à me faire passer pour un crétin, pour un imbécile. Je remercie Dieu de pas avoir été informé. Je suis coupé du monde. Il y a des attentats, j’en sais rien. Je suis comme un SDF dans le métro. Coupé du monde".

"J’ai voulu rendre service à un ami et je me suis retrouvé dans une galère pas possible. Je m'excuse de les avoir logés. Si j'avais su que ce gens-là étaient liés à, ne serait-ce que un meurtre, je ne les aurais jamais logés pour 50 euros. Le mensonge mène à la turpitude, la turpitude mène en enfer. Moi, j'irais pas en enfer, ou en tout cas pas pour ça. Parce que je ne savais pas qu'ils étaient des terroristes."

"Je sais que je vais être condamné, je parie à 80%. Je ne pense pas que je vais être relaxé, parce que y'a l'opinion publique, il y a toutes les victimes. Je parle une fois, et promis, après je parle plus de la vie. J'ai pas envie qu'on fasse appel, j'ai pas envie de revivre un deuxième procès. (...) À quel moment je suis un comique ? Un con ? Je suis juste un mec qui se réveille à un moment qui comprend pas ce qui arrive. Je n’ai rien à voir dans cette histoire."

"Je m'excuse pour l'attitude. On a dit le 'Jawad Comedy Club', c'est plutôt le 'Jawad Tragédie Club'. Je n'ai jamais voulu faire rire, faire le show (...) Merci madame la juge, je n’ai rien à dire de plus. Si vous entrez en voie de condamnation, s'il vous plait madame, tenez compte du fait que je suis à l’isolement. Je ne suis pas en train de faire une détention normale. Je ne vois pas le ciel à part quand je sors du camion pour entrer dans le tribunal."

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RÉCIT - Le 7 février, les trois accusés ont pu prononcer leurs derniers mots pour essayer de convaincre le tribunal avant que celui-ci ne rende sa décision le 14 février prochain.
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2018-02-07 20:50:00
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