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"J'allais voir un ami, j'ai découvert un agresseur" : la députée Sandrine Josso, victime de soumission chimique, témoigne sur RTL avant le procès de l'ex-sénateur Joël Guerriau

Invitée sur RTL dans "Face à Fogiel" ce lundi 26 janvier, la députée de Loire-Atlantique Sandrine Josso témoigne à quelques heures du procès de l'ex-sénateur Joël Guerriau, qu'elle accuse de l’avoir droguée le 14 novembre 2023 en vue de la violer.

La députée Sandrine Josso, le 26 janvier 2025 sur RTL.

Crédit : RTL

"J'allais voir un ami, j'ai découvert un agresseur" : la députée Sandrine Josso, victime de soumission chimique, témoigne sur RTL avant le procès de l'ex-sénateur Joël Guerriau

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Marc-Olivier Fogiel & Gabriel Joly

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"Beaucoup d'appréhension et la boule au ventre." C'est dans cet état que se trouve Sandrine Josso, députée Les Démocrates de Loire-Atlantique, à quelques heures de l'ouverture du procès de l’ancien sénateur Joël Guerriau, qu'elle accuse de l’avoir droguée le 14 novembre 2023 en vue de la violer. Invitée de Face à Fogiel, ce lundi 26 janvier, l'élue qui se bat depuis contre la soumission chimique redoute de "devoir [se] replonger dans cette soirée de cauchemar".

"J'étais allée voir un ami et au fur et à mesure de la soirée, j'ai découvert un agresseur", confie-t-elle, affirmant qu'elle a "toujours peur de lui". Elle raconte s'être rendue au domicile du parlementaire pour fêter sa réélection.

"Quand je suis arrivée, j'étais toute seule et il n'était pas dans sa tenue habituelle. C'est la première fois que je le voyais dans une tenue décontractée, je trouvais ça assez étonnant. Il n'était pas avec son costume cravate, c'est la première chose qui m'a interrogée. Après, je le voyais un peu monter sur pile. Il allait sans arrêt jouer avec le variateur de lumière, après m'avoir servi une première coupe de champagne. En la buvant, il m'invitait à retrinquer une fois, deux fois, trois fois. C'était un peu lourdingue", détaille-t-elle.

Très vite, elle dit avoir "trouvé que le champagne avait un goût particulier", sans s'alarmer particulièrement. "Ce qui me préoccupait, c'est le fait qu'il me disait : 'Mais tu ne bois rien'. C'était vraiment très agaçant pour moi, je ne voyais pas pourquoi il me forçait autant à boire", poursuit Sandrine Josso.

"Les sujets d'agression sexuelle ne sont pas vraiment pris en compte par les politiques publiques"

Ce n'est que quelques minutes plus tard qu'elle a compris que quelque chose ne se passait pas comme prévu. "J'ai passé une tête pour regarder ce qu'il faisait dans la cuisine et je l'ai vu tenir ma coupe de champagne, avec un sachet à côté. J'avais déjà depuis de nombreuses minutes des palpitations extrêmes, des nausées, j'étais dans un malaise. En plus, il me regardait de la tête aux pieds et me demandait si je faisais les choses par plaisir ou par envie… Tout cela additionné, je me suis dit : 'Il y a un problème'", explique l'élue.

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Elle s'attend à ce que Joël Guerriau continue de nier les faits lors de son procès pour plaider l'accident, à l'instar d'autres personnes accusées avant lui de soumission chimique, comme Dominique Pelicot ou Joël Le Scouarnec. "C'est toujours la défense des agresseurs : ils se victimisent, ne savent plus… En fait, c'est un tissu de mensonge qui sort de leur bouche", dit celle qui a mené une mission gouvernementale sur le sujet ces derniers mois.

En retrait depuis près de deux ans de son poste de sénateur, son agresseur présumé n'a démissionné qu'en octobre 2025. Entre temps, la députée explique avoir subi une situation "très injuste" : "Le fait qu'il ait pu continuer à faire des trajets de son département, qui est aussi le mien… À chaque fois que je devais prendre le train, j'avais peur de le recroiser. À chaque fois, qu'en tant que parlementaire, j'étais invitée au Sénat, je demandais à l'accueil s'il était là. J'avais peur", décrit Sandrine Josso, dénonçant l'absence de réaction de Gérard Larcher, qui avait la possibilité réglementaire d'agir pour trouver une solution.

"Tous les sujets d'agression sexuelle dans notre société ne sont pas vraiment pris en compte par les politiques publiques", estime-t-elle. "Comme beaucoup de Français - moi-même, avant que ça m'arrive - je pensais aussi que c'était réservé à des soirées, plutôt dans les bars, dans les boîtes de nuit. Mais les études prouvent que la victime connaît son agresseur dans plus de 80% des signalements".

"Stress post-traumatique" et conséquences sur sa santé physique

Engagée dans un combat désormais politique, elle préconise via la mission gouvernementale sur la soumission chimique qu'elle a réalisé, entre autres, de favoriser un renforcement de l'éducation à la vie affective et sexuelle, une amélioration du traitement judiciaire et une campagne de prévention nationale sur la question. "Si vous n'avez pas les bons réflexes, c'est une perte de preuve pour les victimes, rappelle cette parlementaire sur RTL. Il faut vraiment qu'on prenne en compte ce fléau".

Face à l'émotion suscitée par les différentes affaires suscitées, le gouvernement a mis en place le remboursement d'analyses médicales permettant de détecter une soumission chimique depuis le 1er janvier, dans le cadre d'une expérimentation menée pendant trois ans dans trois régions (Île-de-France, Hauts-de-France et Pays de la Loire).

"C'est un contre-la-montre pour prouver que vous avez été soumis chimiquement. C'est pour ça que j'ai demandé, à travers un amendement dans le projet de loi de finances de la sécurité sociale, que les personnes qui subissent de la soumission chimique puissent bénéficier d'un prélèvement de sang, d'urine et de cheveux, sans déposer plainte", se félicite Sandrine Josso, à l'initiative de la mesure.

"Je plaide pour une vraie politique d'État contre les violences sexuelles. La soumission chimique, c'est le premier mode opératoire des prédateurs. C'est le viol assuré..."

Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique, sur RTL

"Comme toutes les victimes, je suis dans un stress post-traumatique. C'est très compliqué déjà sur le point de la santé mentale. Mon meilleur ami, c'est quand même le psy que je vois tous les 15 jours", témoigne l'élue. Mais elle fait également part de conséquences sur sa santé physique : entre une hernie discale "à force de me contracter de cette manière" et l'extraction de deux dents, "due au fait que je suis très tendue tout le temps".

Néanmoins, Sandrine Josso, qui "dort très peu ces derniers temps, à l'idée de [se] confronter à [son] agresseur", dit avoir "toute confiance en la juridiction", avant la comparution de Joël Guerriau au tribunal correctionnel de Paris lundi et mardi.

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