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Soumission chimique : pourquoi le remboursement des tests est une révolution pour les victimes

Depuis le 1er janvier, les analyses médicales visant à détecter une administration de médicaments ou de drogues à l’insu d’une personne sont prises en charge par l’Assurance maladie, même sans dépôt de plainte, dans le cadre d’une expérimentation menée dans les Hauts-de-France, les Pays de la Loire et l’Île-de-France. Reportage auprès des victimes et des professionnels engagés dans une course contre la montre.

Le Dr Leila Chaouachi vient de prélever trois mèches de cheveux.

Crédit : Cindy Hubert / RTL

Soumission chimique : pourquoi le remboursement des tests est une révolution pour les victimes

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Cindy Hubert

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Pour prouver la soumission chimique, il faut faire le plus vite possible. Certaines substances, comme le GHB, disparaissent au bout de quelques heures. Vous avez cinq jours pour des analyses de sang et d'urine. Mais au-delà de ce délai, vos cheveux peuvent toujours parler.

"Je vais d'abord commencer par sélectionner une mèche...et maintenant je vais couper, ça va toujours ?", vérifie le docteur Leila Chaouachi d'une voix douce. La pharmacienne dirige le CRAFS, le centre de référence sur la soumission chimique au sein de l'APHP. 

Célia a fait des kilomètres pour venir ici, à l'hôpital Fernand Widal. La jeune femme s'est sentie subitement très mal à une soirée il y a quelque temps et ne se souvient pas de tout. "Le temps qu'on se dise, 'ben au fait non, il s'est passé quelque chose, c'est pas normal', puis de sortir d'une espèce de culpabilité. C'est vrai qu'il faut du temps. C'est important pour moi d'avoir des réponses à ce que j'ai vécu, pour peut-être ensuite porter plainte'", confie-t-elle à RTL.

Leila Chaouachi vient de lui couper trois mèches de cheveux, elle prend le temps de tout lui expliquer étape par étape. Un café chaud vient adoucir le moment. "Le cheveu pousse d'un centimètre par mois, donc plus vous êtes proches de la racine, plus ce sont des faits récents, et quand vous reculez centimètre par centimètre, vous voyagez dans le temps, mois après mois. Nous allons remonter à au moins six mois. D'accord ?".

Les substances les plus utilisées sont des médicaments accessibles en pharmacie

Les cheveux de Célia vont partir à Garches, dans les Hauts-de-Seine, au laboratoire expert. L'homme qui fait parler ces cheveux s'appelle Jean-Claude Alvarez. Le professeur dirige le service pharmacologie toxicologie à l'hôpital Poincaré. Les mèches sont coupées par segment, ce qui correspond à un mois. "On va broyer les cheveux grâce à cette machine, avec des billes métalliques à une très grande vitesse. Et à partir de cette poudre de cheveux, on va extraire les substances et on va les injecter dans nos machines, ce qui permet d'identifier formellement les molécules." 

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Le professeur est capable de déceler plus de 200 molécules dans des concentrations infimes. "On est sur du picogramme par milligramme, on a besoin de machines assez extraordinairement sensibles." Mais pour lire ces résultats, il faut ensuite un œil expert, et cela va peut-être vous étonner, mais ce qu'il retrouve, ce sont surtout des médicaments accessibles dans toutes les pharmacies. "Les substances les plus utilisées, ce n'est pas le GHB comme on l'entend souvent, la drogue du viol, ce sont des médicaments, notamment les benzodiazépines, des substances qui sont à visée soit anxiolytique soit hypnotique, ça vous fait dormir, donc forcément ça marche très bien dans la soumission chimique, et vous allez avoir ce que l'on appelle l'amnésie antérograde, d'autant plus s'il y a de l'alcool, on ne se souvient plus de ce qu'il s'est passé après l'administration de la substance." 

Désormais, les machines tournent jour et nuit, car en plus des prélèvements ordonnés par la justice, le laboratoire reçoit aussi ceux remboursés par la Sécurité sociale. L'idée, c'est d'en finir avec l'errance médicale pour les victimes : ce nouveau dispositif leur permet d'aller voir n'importe quel médecin, puis le labo de leur choix, et tout sera envoyé ici au laboratoire expert.  

Mesurer l'ampleur de la soumission chimique en France

L'espoir des professionnels, c'est que cette expérimentation permette de mesurer l'ampleur de la soumission chimique. Déjà, ce nouveau parcours dit aujourd'hui clairement que c'est un sujet de santé publique. Car ce qu'il faut bien comprendre c'est que la soumission chimique est un mode opératoire des violences, surtout des violences sexuelles, mais pas que. 

Elle touche toutes les classes sociales, tous les âges: le docteur Chaouachi le voit tous les jours: "la plus jeune victime que j'ai dans mes données, elle a 4 jours. La plus vieille a 98 ans. Les deux sont victimes de violences sexuelles, ces extrêmes de la vie, elles sont concernées évidemment toutes les deux par les violences sexuelles mais aussi par ce qu'on appelle les maltraitances chimiques: ce sont des enfants qu'on assomme pas avec des coups mais avec des médicaments ou de la drogue. Pour qu'ils arrêtent de pleurer, pour se soustraire à leurs obligations parentales, ou de soins quand il s'agit de soignants par exemple pour les personnes âgées. Ces personnes âgées peuvent aussi subir des extorsions, des vols ou de détournements testamentaires". 

Selon nos informations, 15 victimes présumées se sont déjà fait prélever des cheveux depuis le début de l'expérimentation, rien qu'en Île-de-France. Alors faut-il s'attendre à un raz-de-marée ? La docteur et son équipe reçoivent en tous cas déjà des coups de fil de professionnels qui ont besoin de conseils, notamment des médecins généralistes, ceux qui ont désormais la lourde charge d'annoncer les résultats aux victimes. 

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