4 min de lecture Présidentielle américaine

Primaires démocrates : Bernie Sanders, un favori trop à gauche pour l'Amérique ?

L'actuel favori à l'investiture démocrate est sous le feu des critiques depuis sa défense d'une initiative de Fidel Castro prise en 1959. Son passé de "gauche" et sa proximité avec les régimes communistes resurgissent depuis.

Bernie Sanders en campagne en Californie en 2016
Bernie Sanders en campagne en Californie en 2016 Crédit : JONATHAN ALCORN / AFP
Thomas Pierre
Thomas Pierre Journaliste

Ses détracteurs le surnomment "Bernie Le Rouge". Depuis qu'il est le nouveau favori dans la course à l'investiture démocrate, jamais Bernie Sanders ne leur aura autant prêté le flanc. Dimanche 23 février, le "socialiste" autoproclamé s'est attiré les foudres en défendant, à une heure de grande écoute, "le programme massif d'alphabétisation" mis en place par Fidel Castro en arrivant au pouvoir en 1959. 

"Nous sommes très opposés à la nature autoritaire du régime cubain mais il est injuste de dire simplement que tout est mauvais", a expliqué le candidat à la primaire, tout en assurant "condamner" l'emprisonnement des dissidents sur l'île caribéenne.

Dans un pays où le mot "socialisme" a longtemps rimé avec guerre froide, ses propos ont mis le feu aux poudres, y compris dans son propre camp. "Ne vous y trompez pas : ses commentaires font partie d'une tendance plus large durant toute sa vie à épouser les (thèses des) dirigeants et gouvernements autocrates autour du monde", a mis en garde l'équipe de campagne de Joe Biden

Michael Bloomberg a rappelé de son côté le "sombre héritage" laissé par le dictateur cubain, et Pete Buttigieg a condamné un candidat qui "encourage les gens à regarder le bon côté du régime castriste".

Loin de s'excuser, l'élu du Vermont a renchéri le lendemain lors d'un débat avec le public sur la chaîne CNN

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Cette polémique vient à point pour tenter de freiner la dynamique victorieuse du sénateur du Vermont lors de la primaire en Caroline du Sud samedi 23 février. Pas étonnant dès lors que ses adversaires se soient engouffrés dans la brèche en l'attaquant sur ses anciens flirts avec des régimes communistes. 

Preuve que son investiture est devenue une vraie possibilité, Donald Trump le présente aussi désormais comme un dangereux "communiste".

Voyages en URSS, à Cuba et au Nicaragua

Engagé à gauche très jeune, Bernie Sanders a lutté pour les droits civiques comme étudiant à l'université de Chicago, puis contre la guerre du Vietnam avant d'entrer en politique comme "indépendant". En pleine Guerre froide, alors maire de la petite ville de Burlington, il avait fait plusieurs voyages en Union soviétique, à Cuba et au Nicaragua. 

Des déclarations et des photos datant des années 1980 ont resurgi ces derniers jours dans les médias et sur les réseaux sociaux. En 1985, il salue sur la chaîne télévisée municipale le programme d'alphabétisation et le système gratuit de santé, même primitif, lancés par les Sandinistes au Nicaragua, où il vient de passer une semaine. 

L'année suivante, lors d'un discours à l'université du Vermont, il rappelle son "enthousiasme" à l'annonce de la révolution cubaine, lors de laquelle "les pauvres se soulevaient contre les méchants riches". 

Et en 1988, de retour d'un voyage en Union soviétique avec une délégation municipale, il se dit "impressionné" par le système de transport public et les "très belles" gares de Moscou. Ceci dans le sillage d'une vidéo qui a refait son apparition, montrant Bernie Sanders lors d'un voyage de "lune de miel" en Union soviétique, avec sa femme.

Constant depuis 40 ans

Mais aujourd'hui, le  "socialisme démocratique" de Bernie Sanders reflète-t-il ses opinions passées ? Celui qui terrorise Wall Street et enthousiasme la jeunesse américaine défend encore les droits des travailleurs et dénonce toujours un système conçu pour les riches. Il a fait des inégalités, de l'augmentation du salaire minimum, d'une sécurité sociale sur le modèle européen un leitmotiv. 

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28. Pourquoi le mot "socialisme" fait-il si peur en Amérique ? Crédit Image : RTL | Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date :

Il prône aussi un "New Deal vert", vaste plan de relance de l'économie alliant justice sociale et lutte contre le changement climatique. Avec sa dénonciation de l'élite des "1%", son appel à changer un système "corrompu", sa présentation pédagogique du coût du système de santé privé américain ou de la dette étudiante, Bernie Sanders est constant dans son argumentaire depuis 40 ans. 

Trop à gauche pour l'Amérique ?

Sauf que c'est aussi ici que le bas blesse. Le "socialiste" Sanders peut rapidement apparaître comme trop extrême aux yeux de l'Amérique. Même si ses idées ont gagné du terrain, le candidat à la Maison Blanche est "idéologiquement beaucoup plus à gauche que l'électeur moyen" américain, explique David Barker. 

Pourtant, le temps où le simple mot de "socialisme" suffisait à effrayer le moindre électeur américain semble bel et bien révolu. Un sondage affirmait récemment que 39% des Américains avaient désormais une réaction positive au mot "socialisme". 

Preuve supplémentaire que les mentalités seraient en train de changer aux États-Unis, le sénateur du Vermont est, malgré les attaques, toujours donné vainqueur dans les enquêtes d'opinions s'il venait à affronter Donald Trump en novembre. De quoi donner à "Bernie Le Rouge" des rêves de Maison Blanche. 

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