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Le diplomate français Fabrice Aidan a été cité à plusieurs reprises dans les millions de documents révélés par la justice américaine.
Crédit : Véronique Tournier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Interrogé en marge du salon Wine Paris, lundi 9 février 2026, Emmanuel Macron avait estimé que l’affaire Epstein concernait "surtout les États-Unis" et qu’il fallait "que la justice là-bas fasse son travail et c’est tout".
Mais depuis la publication, fin janvier, de millions de nouveaux documents liés à Jeffrey Epstein par la Justice américaine, les ramifications internationales du dossier apparaissent de plus en plus nettement. Et la France y occupe une place non négligeable, à tel point que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a encouragé ce mercredi 11 février "les femmes qui auraient été victimes" dans des affaires liées au dossier Epstein à "parler et à se tourner vers la justice", estimant que "toute la lumière doit être faite sur cette affaire effroyable et tentaculaire".
Invité de RTL ce mercredi 11 février, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’est pour sa part dit "effaré" et "indigné" par les révélations de Mediapart concernant un diplomate français, n’excluant pas que d’autres éléments puissent émerger à mesure que les enquêtes avancent.
L’affaire est française d’abord parce que le pédocriminel américain Jeffrey Epstein disposait d’un appartement de près de 800 mètres carrés à Paris. Situé au 22, avenue Foch, dans le très huppé 16e arrondissement, l’immeuble se trouve dans une zone résidentielle bordée d’hôtels particuliers et d’ambassades. Le financier américain en est devenu le propriétaire en juin 2002.
Selon Le Figaro, de nombreuses personnalités françaises et internationales s’y seraient rendues, parmi lesquelles le prince Andrew, Ehud Barak, Bill et Melinda Gates ou encore Steve Bannon. La mention d’un nom dans les correspondances ne présume toutefois d’aucun acte répréhensible.
À l’intérieur du lieu de résidence, les murs étaient tapissés de photographies. Certaines montraient Epstein aux côtés de personnalités internationales tel que Bill Clinton, Donald Trump, Michael Jackson, Woody Allen, Mick Jagger, Fidel Castro ou encore le pape Jean-Paul II. Sur d'autres clichés diffusés par l’émission Quotidien, Jeffrey Epstein était entouré de femmes nues ou en sous-vêtements.
Une pièce de l'appartement a particulièrement l’attention : une salle de massage, équipée d’un lit médicalisé, éclairée d’une lumière rougeâtre et décorée de photos à caractère pornographique. Selon plusieurs témoignages et des courriels issus des dossiers américains, Epstein y organisait régulièrement des "massages", parfois "jusqu’à quatre fois par jour". Les courriels mis à disposition par la Justice américaine ont confirmé que le millionnaire sollicitait ses assistants pour organiser des rencontres féminines lors de ses séjours parisiens.
Ce dernier évoquait fréquemment des "smart girls" et demandait d’identifier rapidement des femmes "disponibles", parfois à la dernière minute. L’avocate de l’ONG Innocence en danger a rappelé sur RTL que "différents témoignages démontrent qu’il y a eu des agressions et des viols, au sein de cet appartement".
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Parmi les personnalités françaises citées dans les documents figure l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, qui s'était dit "blanc comme neige" au micro de RTL le 4 février dernier. Son nom est apparu 673 fois dans les trois millions de pièces rendues publiques par la Justice américaine.
L'ancien ministre, ainsi que sa fille ont été visés par le Parquet national financier par une enquête pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée" deux jours plus tard, le vendredi 6 février. Une poursuite judiciaire que Jack Lang avait qualifié d'"infondée" avant de proposer sa démission de son poste de président de l'Institut du monde arabe (IMA) le 7 février, à la veille de sa convocation au Quai d'Orsay.
Jack Lang, qui assumait "pleinement" ses liens avec le millionnaire le 2 février dernier, a affirmé s’être rendu avenue Foch pour un déjeuner, évoquant une "relation de rencontre". L'ancien ministre avait déclaré au micro de RTL : "Je ne l’ai pas connu comme prédateur sexuel. Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire. Je fais confiance."
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Les documents dévoilés par la justice américaine ont décrit une relation suivie entre les deux hommes entre 2012 et 2019, avec des rendez-vous à Paris, New York et Marrakech. Des échanges de 2015 ont notamment évoqué la vente d’un riad à Marrakech.
Sa fille, Caroline Lang a également été citée. Mediapart a révélé le 2 février que son nom figurait sur le testament financier signé par Epstein deux jours avant sa mort en 2019, avec 5 millions de dollars qui lui étaient destinés sur plus de 500 millions légués. De son côté, celle-ci a affirmé ignorer cette disposition.
Elle a reconnu en revanche avoir cofondé en 2016 avec Jeffrey Epstein une société offshore basée aux Îles Vierges américaines, destinée à investir dans l’art. "Un jour, Jeffrey nous a dit, à mon père et moi, qu’il voulait investir dans de jeunes artistes français et internationaux (…) J’ai dit oui. Je ne me suis occupée de rien", a-t-elle déclaré à Mediapart, se disant "d’une naïveté confondante" et admettant ne pas avoir déclaré cette société au fisc français. Selon le site d’investigation, les comptes de cette entreprise ont été crédités de 1,4 million de dollars.
Dans son communiqué, Caroline Lang avait qualifié Jeffrey Epstein, qui lui a été présenté en 2012, de "connaissance" et de "mécène généreux" dont "l'idée de constituer un fonds, parfaitement légal, destiné à favoriser l'acquisition d'œuvres" lui avait semblé "pertinente". Elle a assuré n'avoir perçu "aucune rémunération, ni aucun bénéfice de ce fonds".
Après ces révélations, la fille de l'ancien ministre de la Culture Jack Lang avait annoncé sa démission de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante. Elle a également démissionné lundi 8 du conseil d'administration de la Fondation Le Refuge qui héberge et accompagne des jeunes LGBT+ en rupture familiale.
Un diplomate figure également dans les dossiers Epstein : Fabrice Aidan. Son nom est apparu à plus de 200 reprises dans les documents du dossier, consultés par l'AFP, avec des échanges remontant à 2010.
À l’époque, il travaillait aux Nations unies, détaché par la France, comme collaborateur du diplomate norvégien Terje Rød-Larsen. Dans certains courriels, il a transmis des documents et rapports de l’ONU à Jeffrey Epstein. D’autres messages concernent des demandes plus personnelles, comme la recherche d’une pointure de chaussures pour offrir un cadeau. Après ces révélations, Jean-Noël Barrot a affirmé ce mardi 10 février avoir signalé les faits à la justice et lancé une enquête administrative ainsi qu’une procédure disciplinaire.
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Le diplomate avait déjà été visé par une enquête du FBI pour consultation d’images pédopornographiques. Pour autant, selon Mediapart, aucune charge n’ayant été retenue à l’époque par la justice américaine, aucune sanction n’avait été envisagée en France.
Ce mercredi 11 février, son avocate a rapporté que le diplomate avait "contesté l'entièreté des accusations portées à son encontre" dans un communiqué transmis à l'AFP. À cela l'avocate a ajouté : "Ce qui a pu être indiqué sur des prétendus faits de 2013 est totalement et purement faux. Il n'y a jamais eu la moindre consultation de sites à caractère pédopornographique. Le FBI a déjà enquêté sans qu'aucune poursuite n'ait jamais été engagée et les investigations menées en France sont arrivées à la même conclusion", a écrit Me Jade Dousselin, en précisant que son client, Fabrice Aidan, "se tient à l'entière disposition de la justice pour répondre à ses questions".
Les documents Epstein ont aussi mis en lumière le rôle potentiel de Daniel Siad, recruteur de mannequins dont le nom a figuré dans plus d’un millier de pièces. Dans un courriel de 2014 adressé à Epstein, on peut lire : "Dans ce business je me sens comme un pêcheur. Parfois j’attrape vite, parfois il n’y a pas de poisson", à propos des femmes qu’il a dit repérer. Les échanges, qui se sont étalés de 2009 à 2019, ont fréquemment évoqué l’âge des jeunes femmes, certaines âgées de 16 ou 17 ans, voire 15 ans dans un message.
Une ex-mannequin suédoise, Ebba Karlsson, a déposé ce mercredi 10 février une plainte pour viol et traite d’êtres humains contre lui en France. Elle a confirmé avoir été attirée par une promesse de carrière avant d’être piégée dans le sud de la France en 1990, et a dit avoir reçu des menaces de mort.
De son côté, Daniel Siad, interrogé par France 2, a assuré ne pas avoir su qu’Epstein était "dangereux" et a affirmé qu’il avait "utilisé (sa) confiance". Sur X, il a déclaré : "Je n’ai rien à me reprocher".
Les documents consultés par l’AFP ont également mentionné des versements d’argent d’Epstein à son bénéfice, dont un "prêt de 25.000 dollars sur cinq ans" en 2018. Une correspondance transmise en 2016 par l’avocat Stan Pottinger à la justice américaine a cité Jean-Luc Brunel, ancien dirigeant français d’agence de mannequins retrouvé pendu en détention en 2022, décrivant Daniel Siad comme "scout" ou recruteur de filles pour Epstein.
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