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Près de 800 mètres carrés, salle de massage, photos de jeunes filles... À quoi ressemblait l'appartement parisien de Jeffrey Epstein ?

Derrière une façade néoclassique impeccable, au cœur du très cossu 16ᵉ arrondissement de Paris, se cache l'un des lieux les plus mystérieux de l'affaire Epstein. L'appartement du 22 avenue Foch apparaît aujourd'hui comme un décor à double visage. Un lieu pensé pour recevoir, séduire… et dominer.

L'appartement parisien de Jeffrey Epstein en 2019.

Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP

Dans l'appartement parisien de Jeffrey Epstein

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Yasmine Boutaba

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Numéro 22, avenue Foch dans le 16e arrondissement de Paris. L’immeuble se situe dans une zone résidentielle sans commerces ni vitrines, bordée de grands hôtels particuliers et d’ambassades. Le prédateur sexuel Jeffrey Epstein y occupait le deuxième étage. Il est devenu propriétaire des lieux en juin 2002 pour la somme de 3,5 millions d’euros, un prix jugé aujourd’hui dérisoire au regard de la surface : environ 740 m².

Jusqu’alors habitué aux séjours au Bristol, le financier américain avait décidé de s’ancrer durablement à Paris. Cet appartement est devenu son pied-à-terre principal dans la capitale française. Selon Le Figaro et La Tribune, le logement comprenait quatre salles de réception, une vaste salle à manger, un grand bureau, une cuisine, une immense suite parentale avec dressing et salle de bains en marbre, une salle de fitness, ainsi que quatre chambres. Deux studios de service complétaient l’ensemble.

Décoré par le célèbre designer Alberto Pinto, l’appartement affichait en 2023 un niveau de standing exceptionnel, avec plus d’un million d’euros de décorations d’intérieur et des charges annuelles dépassant les 34.000 euros. En 2019, le bien est estimé à plus de 8 millions d’euros.

Un appartement sombre, teinté de rouge

Dans les premières images largement diffusées sur les chaînes d’information, révélées par l’agence immobilière Sotheby’s, on pouvait y découvrir un appartement très lumineux, aux volumes impressionnants. Moulures au plafond, lustres imposants, tapis, mobilier classique, tables en marbre, miroirs contemporains, statues décoratives : chaque pièce semblait pensée comme une pièce de musée.

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Les salons se succédaient, chargés d’objets : statuettes, lampes multiples, canapés assortis, papier peint, des statues d’animaux comme celles d'éléphants, des moulures au plafond. Un luxe ostensible.

Sauf que derrière la vitrine, un autre décor de pénombre s’y trouve. Les photos prises lors des perquisitions, diffusées notamment par Quotidien ont affiché un tout autre visage de l'appartement parisien. Il est apparu sombre et rouge. Par exemple, le bureau de Jeffrey Epstein est habillé de murs matelassés rouges, de moquettes écarlates, de rideaux foncés. Les salles d’eau sont tout aussi sombres, on y voit, par exemple, une salle de bain avec baignoire, deux petits lavabos, deux miroirs modestes, des toilettes étroites aux murs rouges équipées d’un interphone.

Des photos partout, jusque dans les recoins les plus intimes

Ce qui a frappé les enquêteurs et les témoins, c’est l’omniprésence des photographies. De nombreuses photos tapissent les murs. Certaines montrent Jeffrey Epstein aux côtés de personnalités mondialement connues : Bill Clinton, Donald Trump, Michael Jackson, Woody Allen, Mick Jagger, Fidel Castro, voire le pape Jean-Paul II.

D’autres représentent des jeunes femmes souvent nues ou dénudées. Ces images se retrouvent partout : dans les salons, les couloirs, les toilettes, parfois à l’intérieur des placards. Dans l’une d’elles, diffusée par Quotidien, on y aperçoit Epstein avec trois femmes nues, dans une autre on voit le prédateur sexuel allongé avec deux femmes en culotte assises sur lui. 

La salle de massage avec des séances jusqu'à "quatre fois par jour"

À l’écart des espaces de réception, une pièce retient particulièrement l’attention : la salle de massage. Une pièce qu'il avait aussi dans son appartement new-yorkais ainsi que dans sa résidence sur les îles vierges britanniques. Lumières orange foncées, lit médicalisé au centre de la pièce, étagères noires remplies de photos à caractère pornographique, selon plusieurs témoignages et courriels liés aux dossiers judiciaires américains, Epstein y organisait régulièrement des séances de "massages", parfois jusqu’à "quatre fois par jour", portes fermées.

Par ailleurs, les courriels - mis à disposition par la Maison Blanche - ont confirmé qu'Epstein sollicitait régulièrement ses assistants pour organiser des rencontres féminines lors de ses séjours parisiens. Certaines intermédiaires ont évoqué des "smart girls", une expression que le financier utilisait de manière récurrente dans ses échanges. Les messages ont aussi attesté de tentatives répétées pour identifier rapidement des femmes "disponibles" lorsqu’il arrivait à Paris, parfois à la dernière minute.

Présence régulière de jeunes femmes

L’appartement était un lieu de réception intense. Un voisin a confié à BFMTV avoir vu Jeffrey Epstein "très bien accompagné", évoquant la présence régulière de jeunes femmes. L'avocat de l'ONG Innocence en danger a déclaré auprès de BFMTV que "les différents témoignages démontrent qu'il y a eu des agressions et des viols, au sein de cet appartement".

Dans les colonnes de La Tribune dimanche, l'association a rapporté : "[Les victimes] rapportaient des faits de viol. Elles m’expliquaient n’avoir jamais parlé parce qu’elles avaient signé des accords de confidentialité." Une enquête préliminaire pour "viols et agressions sexuelles" ouverte au cours du mois d’août 2019 a acté que plusieurs femmes victimes présumées avaient été retrouvées et avaient dénoncé des viols commis en France.

Un lieu de passage pour le gratin politique et culturel

Selon Le Figaro, de nombreuses personnalités françaises et internationales - mentionnées par l’intendant ou dans les correspondances - s’y sont rendues : le prince Andrew qui aurait séjourné plusieurs nuits dans l’appartement, en l’absence d’Epstein. Mais aussi, Ehud Barak, Bill et Melinda Gates, Steve Bannon. 

En octobre 2017, le mathématicien Cédric Villani s’y était rendu pour "un café". Le cinéaste Michel Hazanavicius y a, lui, été invité en 2012 pour un dîner, en présence notamment de Woody Allen, une expérience qu’il a qualifié plus tard de "malsaine". L'ancien ministre de la Culture et ex-président de l'Institut du Monde arabe Jack Lang a affirmé s’y être rendu une seule fois pour un déjeuner, parlant d’une "relation de rencontre".

Sa fille aussi a reçu une invitation. "Caroline, pouvez-vous venir voir Jeffrey le 13 mai à son appartement avenue Foch" avait proposé l’assistant de Jeffrey Epstein à Caroline Lang, la fille de Jack Lang. Rapidement, celle-ci a confirmé sa présence : "Oui, bien sûr" a-t-elle répondu.

Parmi les personnalités politiques françaises, on peut également lire le nom de l'ex-président de la République. "Est-ce que Sarkozy est dans les parages, j’aimerais le rencontrer si tu crois que ça peut être marrant," a-t-il écrit en octobre 2013, selon Le Figaro, à Olivier Colom, énarque et ancien membre de la cellule diplomatique de l’Élysée. Le 24 janvier 2014, Epstein a proposé à Colom de venir chez lui, avenue Foch, en compagnie de Nicolas Sarkozy pour discuter de la situation au Moyen-Orient avec Ehud Barak, ancien premier ministre israélien - sans que l'on puisse affirmer si cette rencontre a eu lieu. 

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