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Affaire Epstein : Jack Lang "propose" sa démission de l'Institut du monde arabe à Jean-Noël Barrot

Convoqué par le ministre des Affaires étrangères dimanche 8 février, Jack Lang propose sa démission, ce samedi 7 février, de l’Institut du monde arabe pour "préserver l’Institut" face à un climat d'"attaques personnelles" et affirme que "les accusations portées à son encontre sont inexactes". Selon les informations de RTL, l'Élysée "prend acte" également de la démission de l'ancien ministre de la Culture.

Jack Lang, le 5 octobre 2018

Crédit : LUCAS BARIOULET / AFP

Jérémy Billault & Corentin Alloune & AFP

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Dans une lettre adressée au ministre que RTL a pu consulter, ce samedi 7 février, l'ancien ministre de la Culture, dans la tourmente depuis la révélation de ses liens avec le milliardaire pédocriminel Jeffrey Epstein et l'ouverture d'une enquête pour "détournement de fonds" par le Parquet national financier, annonce qu’il proposera sa démission de la présidence de l’Institut du monde arabe (IMA) afin de "préserver l’Institut et son travail exemplaire" face à un climat d'"attaques personnelles, soupçons et amalgames, par ailleurs tous infondés". 


Il défend son bilan au sein de l’institution pour "son plein éclat et un rayonnement mondial" et dit avoir mené une programmation culturelle ambitieuse, avant de rappeler que "les accusations portées à son encontre sont inexactes", "je le démontrerai". Jack Lang affirme enfin sa volonté de continuer "en homme libre" ses combats et recherches intellectuelles.

Jean-Noël Barrot prend "acte", le rendez-vous de dimanche annulé

"J'en prends acte", a déclaré Jean-Noël Barrot, dont le ministère a la tutelle sur l'IMA. Le rendez-vous prévu dimanche entre Jack Lang et le ministre est annulé, selon nos informations. 

"Je lance la procédure pour désigner son ou sa successeur(e) à la tête de l'IMA et je convoque un conseil d'administration sous 7 jours qui désignera un ou une président(e) par intérim", a-t-il ajouté, de retour à Paris après une tournée internationale. Selon les informations de RTL, l'Élysée "prend acte" également de la démission de l'ancien ministre de la Culture.

À écouter

Jack Lang : "Je n'ai pas connu Jeffrey Epstein comme prédateur sexuel"

00:10:26

Jack Lang était sur la sellette après la publication fin janvier de nouveaux documents sur le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, qui ont fait apparaître des liens entre les deux hommes. Si aucune charge ne pèse à ce stade contre l'ancien ministre, la mention de son nom à 673 reprises dans des échanges avec Jeffrey Epstein et ses liens d'intérêt avec le financier américain ont poussé de nombreux membres de la classe politique à exiger son départ de l'IMA. "Les accusations portées à mon encontre sont infondées", avait assuré Jack Lang plus tôt samedi dans un communiqué transmis à l'AFP. 

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Parmi les échanges entre Jack Lang et Jeffrey Epstein, plusieurs messages de 2015 révèlent des négociations autour de la vente d'un riad à Marrakech entre eux. Également mise en cause dans les documents publiés par l'administration américaine, la fille de Jack Lang, Caroline Lang, a démissionné ce lundi 2 février de la tête d'un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur une société "offshore" qu'elle a fondée en 2016 avec l'homme d'affaires américain. Une enquête a été ouverte pour "détournement de fonds" par le Parquet national financier à l'encontre de Jack Lang et sa fille concernant cette société.

La lettre de Jack Lang à de Jean-Noël Barrot

Monsieur le Ministre,

L’Institut du monde arabe est une institution unique au monde, que la France doit chérir avec fierté et reconnaissance. 

Avec le président Francois Mitterrand, j’ai été l’inspirateur de la réalisation de son bâtiment iconique. D’importantes manifestations célébreront bientôt les 40 ans de son ouverture. Au moment de ma nomination, le journal Le Monde évoquait un "joli champ de ruines" pour dépeindre l’état de l’Institut du monde arabe. J’ai consacré mon énergie à redonner à l’institution son plein éclat et un rayonnement mondial.

Cette métamorphose a été rendue possible grâce aux équipes exceptionnelles qui m’accompagnent. L’année qui débute est placée sous le signe des "Nouvelles Andalousies". Elle sera riche d’expositions magnifiques, "Alhambra", "Esclaves en Méditerranée", "Byblos, cité millénaire du Liban" ou encore  "Médecines arabes" et ne manqueront pas d’attirer un public toujours plus fidèle et nombreux.  2026 sera aussi marquée par le lancement du nouveau musée et de la maison de la langue arabe.

Vous avez vous-même déclaré que je devais veiller à l’intégrité de cette institution. Vous avez parfaitement raison.  Le climat actuel, mêlant attaques personnelles, soupçons et amalgames, par ailleurs tous infondés, est délétère. Il me révolte et me répugne. Il ne peut que nuire à cette magnifique institution. Afin de préserver l’Institut du monde arabe et son travail exemplaire, et de pouvoir sereinement récuser toutes les accusations qui m’assaillent, je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire, qui pourra également choisir mon successeur afin d’éviter toute rupture de continuité.

Je tiens à vous dire ma gratitude personnelle pour votre soutien constant, le vôtre comme celui de votre cabinet, des ambassades et instituts et de l’ensemble du personnel du quai d’Orsay, qui ont contribué, grâce à une coopération toujours exemplaire, à renforcer la place de la France dans le monde arabe. Je remercie également le président de la République pour sa confiance. Les pays arabes, leurs représentants, leurs artistes, leurs sociétés civiles, ont toujours manifesté un appui enthousiaste à notre programmation culturelle. 

Enfin, je me réjouis que la justice se saisisse de ce dossier. Comme professeur de droit, j’ai le plus grand respect pour les juridictions, auxquelles j’apporterai toute ma contribution. Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai, par-delà le bruit et la fureur des tribunaux médiatique et numérique. Vous me permettrez de rendre publique cette lettre, afin que chacun comprenne que je n’accepterai jamais que l’Institut du monde arabe, que j’ai eu l’honneur et le bonheur de présider pendant de si longues et belles années, soit entaché par la calomnie.

C’est désormais en homme libre, comme je l’ai toujours été, que j’entends bien poursuivre mes combats et mes recherches intellectuelles.

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