3 min de lecture Livraisons

Livreurs à vélo : statut, salaire, conditions de travail... Entre précarité et insécurité

REPORTAGE - En étant toujours plus nombreux, les livreurs doivent être stratégiques pour espérer gagner suffisamment d'argent.

Yves Calvi_ 3 Minutes pour Comprendre La rédaction de RTL iTunes RSS
>
Livreurs à vélo : statut, salaire, conditions de travail... Entre précarité et insécurité Crédit Image : GEORGES GOBET / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Valentin Boissais
Valentin Boissais édité par Marie Gingault

Il y a quelques jours, la plateforme de livraisons de repas Just Eat a annoncé le recrutement en France de 4.500 livreurs en CDI. Certains coursiers, souvent à vélo, vont désormais pouvoir bénéficier d’un statut social, d’un salaire fixe et même d’une mutuelle d’entreprise, mais cela ne concerne qu’une poignée de livreurs. 


Antoine range son vélo dans le local de la résidence de sa mère : "C'est le Btwin aéro Trail 500, excellente qualité de matériel". Ce vélo rouge, il l'a acheté en mai dernier. Il était alors serveur dans un café, mais le confinement a eu raison de son activité. Il n'a alors plus les moyens de payer son loyer, revient vivre chez sa mère, puis s'inscrit sur l'application Uber Eats avec l'espoir de gagner de l'argent.

"Donc là tu rentres sur l'appli, ce petit bruit-là, c'est que je suis officiellement en ligne donc l'application recherche des courses", explique le livreur. Une sonnerie retentit, et sur l'écran s'affiche une course de 4,50 euros. Ce montant est précisément la moyenne qu'Antoine touche par livraison en ce moment. Cela représente une dizaine de kilomètres aller-retour. Les tarifs n'ont cessé de baisser avec l'explosion de la demande.

Des stratégies pour faire face à la concurrence

"En vélo, tu te crèves très facilement. Un moment t'es vraiment KO, tu regardes ton phone et te dis 'ah ouais, 25 balles, ça fait 2 heures 30 que je suis dessus, j'ai fais juste 25 euros alors que je me suis donné'. Si je rapporte ça à un taux horaire, bah c'est pas forcément plus qu'un SMIC et en réalité l'effort physique il est beaucoup plus conséquent", souligne Antoine avant d'ajouter : "J'avais parlé à un livreur le premier mois qui me disait qu'en 2015, quand ça a vraiment commencé, il se faisait beaucoup d'argent, jusqu'à 150 euros par jour".

À lire aussi
reportage
Lyon : Épi-free, l'épicerie solidaire qui aide les étudiants dans une église

Son terrain c'est essentiellement le nord-ouest de Paris. Dans ce restaurant de la Porte Maillot, Chloé la gérante vend des salades et des sandwiches : "On a une tablette qui est là. La personne commande et on a 8 minutes pour la préparer". Sur son écran, les sommes qui apparaissent sont celles qu'elle a fixées pour ses produits. "Elle passe pour 13 euros et on reçoit 13 euros". 

13 euros oui, mais sur l'application sa salade apparaît à 17 euros. La différence réside justement dans la commission des livreurs et de la plateforme. La restauratrice n'a aucune idée de la valeur de ces montants. Les fluctuations des commissions ne se répercutent pas sur elle, mais sur les coursiers. Vu leur nombre aujourd'hui, la concurrence est donc acharnée. Antoine a dû mettre au point des stratégies : "Il faut que tu trouves une zone stratégique, que tu arrives à trouver un endroit justement où il y a beaucoup de restaurants. J'ai un petit peu ma carte, j'avais réussi à trouver un restaurant qui ne prenait que des courses Uber". 

20 manifestations depuis novembre

Mais cette tension permanente, certains livreurs la dénonce ces dernières semaines à travers de nombreuses grèves. Le Collectif des livreurs autonomes les répertorie. Jérôme Pimot en est le porte-parole : "C'est du management algorithmique, qui permet de déshumaniser, de dématérialiser la prise de contact entre les travailleurs et les donneurs d'ordres. Les prix continuent à baisser alors que le travail, lui, augmente, alors ça créé un effet de crispation. Depuis fin novembre, on est à plus de 20 actions de manifestations de grève", confie le porte-parole. 

À Saint-Étienne, début janvier, les livreurs ont obtenu gain de cause. Un minimum horaire leur est octroyé par Uber Eats : une première en France, mais qui ne concerne pour le moment qu'une seule ville de l'hexagone.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Livraisons Vélo Uber
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants