3 min de lecture Alimentation

Les eurodéputés autorisent "burgers végans" mais pas "yaourts" végétaux

Les députés européens ont pris des décisions controversées concernant les appellations des produits à base de protéines non animales.

Un repas vegan (illustration)
Un repas vegan (illustration) Crédit : Instagram / @healthypauline
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
et AFP

Les députés européens ont tranché à moitié un débat qui agite les végétariens-végans et les tenants de la consommation de viande ou de produits d'origine animale. Peut-on dire "yaourt" ou "lait" végétal et "burger" ou "saucisse" sans viande ? Ce vendredi 23 octobre, les élus de l'UE ont interdit les premiers mais permis les seconds.  

Nul "yaourt" ou "lait" sans produit animal. Mais on pourra dire "burger" de soja, par exemple. Le Parlement européen a voté largement contre un amendement proposant d'interdire dans l'UE l'usage de dénominations telles que "saucisses", "hamburger", "filets" ou "escalope" pour des produits à base de légumes ou de céréales qui ne contiennent pas de viande animale mais en imitent la texture. Une interdiction déjà adoptée par la France.

À l'inverse, une écrasante majorité a voté en faveur de l'amendement interdisant les appellations "yaourt", "fromage" ou "crème" pour les produits sans lait animal, y compris des articles non alimentaires ("gel douche au lait de soja"...).

Des noms "déconnectés" de la composition

Dès 2017, la justice européenne avait tranché concernant le "lait de soja", en censurant cette appellation. Mais elle va être désormais renforcée, avec l'interdiction des expressions de comparaison comme "saveur crémeuse", "substitut de beurre" ou "goût fromage". Les seules exceptions étant des expressions établies de longue date (lait d'amandes, de coco, ou beurre de cacao). L'amendement doit maintenant être négocié avec les États membres.

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Le Copa-Cogeca, fédération des syndicats agricoles majoritaires européens, soutenait fortement l'initiative, dénonçant des noms de produits "déconnectés" de leur composition et les risques de "confusion" sur leur valeur nutritionnelle pour les consommateurs.

"C'est une excellente nouvelle que les eurodéputés aient fait preuve de sens commun sur les 'burgers végans', les consommateurs ne sont pas trompés dès que leur nature végétarienne ou végane est clairement signalée", a réagi Camille Perrin, du Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc).

Greenpeace parle de décision "pathétique"

"C'est par contre dommage qu'aient été approuvées des restrictions inutiles sur les alternatives aux produits laitiers (...) les Européens doivent adopter un régime davantage basé sur le végétal, pour leur santé et le bien de la planète", a-t-elle estimé.

Le marché des articles à base de protéines végétales s'envole, dopé par le souci de manger sainement ou de réduire l'empreinte environnementale des élevages, gros émetteurs de CO2. Une étude menée par le cabinet Euromonitor estime le marché des "substituts de viande" à 1,9 milliard de dollars. Il a quasiment doublé en 5 ans. 

"C'est pathétique de voir que les eurodéputés n'aient pas tenu tête aux lobbyistes de l'agriculture industrielle", s'indigne Marco Contiero, expert des politiques agricoles de l'ONG Greenpeace.

"Mais le vote ne changera pas le fait qu'un nombre accru de consommateurs mangent davantage de légumes, se tournent vers des alternatives aux produits laitiers (...) et continueront de les appeler 'yaourts' ou 'fromage'" quel que soit le nom sur l'étiquette, a-t-il martelé dans un communiqué.

Les États doivent encore trancher

Du côté du groupe alimentaire Upfield, qui fabrique de la margarine et des produits végétaux, on s'indigne de cette proposition finalement votée. "On interdit toute comparaison : on ne pourra plus mettre un 'yaourt végétal' dans des pots de yaourt, utiliser le terme 'sans lactose' pour un produit végétal, ni vendre une margarine dans un emballage qui ressemble à celui d'un beurre laitier... C'est totalement absurde !", a tonné Hervé Salomon, PDG France-Belgique de la firme. 

Dun côté de l'alliance européenne des produits à base végétale, on juge les deux amendements votés contraires aux objectifs climatiques de Bruxelles. 

Le texte sur les produits laitiers "est une mauvaise nouvelle", a réagi l'organisation ProVeg qui défend le véganisme. Elle appelle les États européens à rejeter cette proposition lors des négociations qui doivent s'ouvrir entre gouvernements, eurodéputés et Commission européenne.

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