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Industrie pharmaceutique : "Notre compétitivité s'érode", pointe François Lenglet

ÉDITO - Les différentes annonces de subventions pour une relocalisation de la production de médicaments ne font qu'"atténuer temporairement les effets d'un environnement hostile".

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Industrie pharmaceutique : "Notre compétitivité s'érode", pointe François Lenglet Crédit Image : AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Ryad Ouslimani

Le gouvernement a annoncé jeudi 18 juin la relocalisation de la fabrication du médicament star des Français, le paracétamol. C'est le médicament le plus vendu en France, notamment sous les marques Doliprane ou Efferalgan. 500 millions de doses en sont vendues chaque année dans notre pays.

Il est en réalité fabriqué en France, en particulier par les usines du groupe Sanofi, dans ses usines de Lisieux et de Compiègne, celles d'UPSA, à Agen qui est maintenant japonais, mais les principes actifs de ce produit proviennent largement de Chine, qui produit la moitié de la demande mondiale. 

D'ici trois ans, a annoncé le gouvernement, le paracétamol sera fabriqué et conditionné intégralement sur le territoire national, avec une subvention publique. Pourtant, il n’y avait absolument pas de pénurie. Ce médicament est à faible valeur ajoutée, c'est un produit banalisé. Même pendant la crise, nous n'en avons jamais manqué. Il est vrai que les ventes ont dû été limitées à une boîte par achat. Mais c'était juste à cause des comportements irrationnels du consommateur, qui avait peur de manquer.
 
On peut franchement se demander alors quel est l’intérêt de cette décision, sinon un effet de communication sur un produit que tout le monde connaît. Ce serait de la communication, non pas à deux balles, mais à deux euros, le prix d'une boîte de Doliprane... 

Un secteur de moins en moins performant

Il y a bien des pénuries de médicaments, très problématiques, mais sur d'autres produits, la cortisone par exemple, les anti-infectieux, les médicaments du système nerveux et les anticancéreux. Et c'est sur ces produits que la vraie bataille de la relocalisation va se jouer.
 
Ces pénuries ne viennent pas forcément d’un manque de production de médicaments en France. Le pays exporte plus de 25 milliards d'euros de médicaments chaque année et c'est notre quatrième excédent commercial, avec plus de six milliards de solde positif. La pharmacie est, historiquement, l'un des domaines d'excellence de l'industrie française. Le problème, c'est que cet excédent diminue d'années en années. Notre compétitivité s'érode,  nos industriels délocalisent leur production. À cause de la fiscalité plus élevée qu'ailleurs frappant le secteur, une étude du cabinet Mac Kinsey le démontre sans appel. 

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Les labos pharmaceutiques français subissent des impôts en moyenne de dix points supérieurs à ceux des pays comparables, en particulier le Royaume-Uni. La part des Français dans les exportations de médicaments de la zone euro a donc chuté, elle est passée de 21% à 13% en quinze ans.

Une compétitivité plombée

C'est l'explication de l'érosion de notre base industrielle, qui elle-même cause en partie les pénuries. L'autre explication, fondamentale, c'est que le prix des médicaments est fixé par l'État, qui bien sûr les fixe le plus bas possible, pour ne pas surcharger la sécurité sociale, qui rembourse ces médicaments. Du coup, la rémunération des industriels est trop faible pour permettre les investissements et la production. 

Rémunération trop faible, coûts plus élevés, en particulier à cause de la fiscalité, des normes environnementales et des coûts du travail, voilà pourquoi l'industrie pharmaceutique française s'éloigne de sa base nationale. La santé étatisée et gratuite, c'est bien, mais finalement, ça conduit indirectement aux pénuries. Le seul moyen de limiter la demande d'un bien gratuit, c'est le rationnement.
 
Et les plans pour la relocalisation ne vont pas complètement permettre d'améliorer les choses. Exactement comme pour l'automobile, le gouvernement distribue ça et là quelques subventions, pour atténuer temporairement les effets d'un environnement hostile. Mais comme il ne s'attaque pas aux causes, il est fort possible que les effets perdurent. 

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