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Énergie : à quoi servent les centrales à charbon, qui vont disparaître ?

ÉCLAIRAGE - Le 31 mars 2022, au plus tard, la centrale Émile Huchet éteindra sa dernière tranche charbon, 70 ans après son premier mégawatt. Pourtant, elle est aujourd'hui indispensable.

Yves Calvi_ 3 Minutes pour Comprendre La rédaction de RTL iTunes RSS
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Énergie : à quoi servent les centrales à charbon, qui vont disparaître ? Crédit Image : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
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Yannick Olland
édité par Victor Goury-Laffont

Les dernières centrales à charbon de France n’ont pas dit leur dernier mot, même si la loi de transition énergétique prévoit la fermeture de ces centrales en 2022. Ces centrales sont celles qui émettent le plus de CO2 pour produire de l’électricité, mais en septembre et en octobre, nous avons encore eu besoin d’elles pour faire face à la demande en électricité, lorsque le nucléaire et les énergies renouvelables ne suffisaient pas.

À Saint-Avold, en Lorraine, se trouve la centrale Émile Huchet, une des quatre dernières centrales de France. Impossible de la rater, avec son bâtiment chaudière de 100 m de haut et ses cheminées qui culminent à 180 m.

"Sur le premier écran à gauche, on a la partie eau et vapeur, au milieu la chaudière et le dépoussiéreur, pour capter l'ensemble des poussières et cendres émises par la combustion du charbon", dans la salle des commandes, Thomas Amery, directeur de la centrale, présente son fonctionnement. À côté de la salle des commandes, le hall turbine, où "on crée un espèce de tourbillon de feu avec le charbon pulvérisé puis on transforme l'eau en vapeur", poursuit le directeur.

Mobilisable à tout moment

Aujourd’hui, la centrale ne tourne pas, mais tous les salariés sont là, prêts à lancer le programme. "Sous 10h, on est prêt à démarrer n'importe quand", confirme Thomas Amery.

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La centrale Émile Huchet fait partie des équipements de dernier recours. Si la production d’électricité n’est pas suffisante par rapport à la demande, RTE, le gestionnaire du réseau électrique, appelle la centrale, qui s’allume parfois juste pour une journée.
"Une centrale charbon telle que la nôtre peut être amenée à démarrer tous les jours et s'arrêter toutes les nuits, pour correspondre aux pics de consommation, détaille le directeur, cette année, la tranche a démarré au mois de septembre, contre novembre l'année dernière".

Une fermeture compliquée à comprendre

Des réacteurs nucléaires à l’arrêt, quasiment pas de vent pour faire tourner les éoliennes... Conséquence : la centrale Émile Huchet a été beaucoup plus sollicitée que d’habitude, ce qui rend la fermeture en 2022 assez incompréhensible pour les 90 salariés restants.

C'est le cas pour Jean-Pierre Damm, un délégué syndical Force Ouvrière qui est aussi la mémoire de la centrale. Il y travaille depuis 47 ans. "Le mois de septembre n'est généralement pas une période où on est amené à produire de l'électricité, explique-t-il, il y a un lien de cause à effet indéniable avec l'arrêt de Fessenheim".

Au-delà de Fessenheim, lorsqu’il y a 19 réacteurs nucléaires en maintenance en même temps, cela devient difficile de faire face à la demande sans utiliser de charbon. Si tout le monde aimerait se passer des centrales à charbon, l'opération est compliquée.

Un symbole local

Techniquement d’abord, pour répondre aux pics de consommation. Politiquement, ensuite. Il s'agit de la dernière grande installation de l’industrie du charbon, avec un côté symbolique important en Lorraine.

Un symbole reconnu même par les écologistes, à l’image d’Eliane Romani, la tête de liste Europe Ecologie Les Verts pour les prochaines élections régionales dans le Grand Est : "moi qui suis du pays minier, ça me fait quelque chose. Ce n'est pas sans émotion qu'on ferme. Pour autant, la chose la plus économique à faire, c'est faire en sorte qu'on ait besoin de moins d’électricité".

Jean-Pierre Damm, lui, ne croit pas vraiment à une réduction des besoins en électricité : "lorsqu'il y a des coupures, il faut des outils qui répondent aux besoins. Si on enlève la dernière centrale à charbon, à un moment donné, le système va se bloquer".

Ce qui l’énerve, c’est qu’avec la fermeture des centrales à charbon côté français, il faudra sans doute importer de l’électricité allemande. Il y a d'ailleurs une centrale à charbon à 5 km de là, juste de l’autre côté de la frontière : "lorsqu'on importe de l'électricité à base de charbon, nous Français payons le droit de polluer les Allemands, c'est un comble".
Le 31 mars 2022, au plus tard, la centrale Émile Huchet éteindra sa dernière tranche charbon. 70 ans après son premier mégawatt.

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