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Assurance-chômage : "C'est une réforme complètement inadaptée", dit Lenglet

ÉDITO - Le Premier ministre a annoncé un nouveau report de la réforme de l’assurance-chômage au 1er avril prochain. Pour François Lenglet, c'est une réforme complètement inadaptée alors que l'emploi est sinistré par la crise sanitaire.

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Assurance-chômage : "C'est une réforme complètement inadaptée", dit Lenglet Crédit Image : AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Sarah Ugolini

Lundi 26 octobre, à l’issue de la conférence sociale, le Premier ministre a annoncé un nouveau report de la réforme de l’assurance-chômage. Elle est repoussée une nouvelle fois, alors qu'elle l’avait été une première fois jusqu’au 1er janvier. La voici donc remise au 1er avril prochain. Pour autant, à entendre Jean Castex, il ne s’agit pas d’un enterrement, mais du décalage dans le temps d’une réforme qui, dit-il, est majeure, et ne saurait être abandonnée.

En pratique, il s'agit de restreindre les conditions d’indemnisation des chômeurs, pour les inciter à reprendre un emploi au plus vite. Avant l'épidémie, la France connaissait un paradoxe, ayant à la fois un nombre élevé de chômeurs et plusieurs centaines de milliers d’emplois non pourvus, c’est-à-dire attendant des candidats. 

La réforme avait pour objectif de pousser les chômeurs à accepter un travail, en diminuant le montant ou la durée des allocations qui leur sont versées. C'était une réforme de beau temps, alors que le taux de chômage avait baissé en dessous de 8% et que de plus en plus d'entreprises se plaignaient de pénurie de main d'oeuvre.

Une réforme complètement inadaptée

Aujourd'hui, la réforme de l'assurance-chômage est tout aussi adaptée que d'acheter des lunettes de soleil pour aller en voyage à Tchernobyl. Le marché de l'emploi est sinistré à cause de la crise sanitaire. Durcir les règles d'indemnisation aujourd'hui, ce serait faire de nouvelles victimes, en particulier chez les précaires (CDD, intérim), qui sont déjà ceux qui ont payé le plus lourd tribut social au moment du confinement. C'est une réforme complètement inadaptée, même l'argument budgétaire a perdu de son poids. Pourquoi vouloir économiser quelques centaines de millions au risque d'appauvrir les intermittents alors qu'on déverse des dizaines de milliards, des centaines de milliards d'euros pour limiter la casse sociale de l'épidémie ?

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Alors pourquoi le Premier ministre fait-il mine alors de vouloir y revenir en avril ? C'est un mystère, je ne comprends pas comment le Président peut expliquer à la fois que le virus est là jusqu'à l'été 2021, c'est ce qu'il nous à dit le 14 octobre dernier, et maintenir cette réforme pour avril. C'est risqué pour au moins trois raisons

L'exécutif prend d'abord le risque de repousser la réforme une troisième fois, et d'en faire une Arlésienne. Le gouvernement fâche ensuite les partenaires sociaux, qui ne voulaient pas de ce texte il y a un an et en veulent encore moins aujourd'hui. Trois, au plan politique, l'obstination à vouloir faire des choses qui n'ont pas d'intérêt, voire qui sont contreproductives, alors qu'on attend le gouvernement sur un autre terrain, celui de la protection sanitaire, ça peut finir par coûter cher.

Macron veut préserver son image de réformateur

Pourquoi une telle obstination ? C'est à relier à l'entêtement du président de la République sur la réforme des retraites, elle aussi complètement saugrenue. Emmanuel Macron ne veut pas abandonner son plan de vol de 2017, parce qu'il veut préserver son capital, son image de réformateur, dans la perspective d'une éventuelle réélection. 

Fondamentalement, sa vision du pays et de ses difficultés n'a pas été modifiée par l'épidémie, qu'il voit comme un contretemps sur sa route. On pouvait encore penser cela à l'été, mais c'est beaucoup plus contestable à la veille d'une seconde vague puissante qui va bouleverser la vie quotidienne et l'économie pour plusieurs mois.

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