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Violences sexistes : quel impact des réseaux sociaux sur les violences faites aux jeunes femmes ?

DÉCRYPTAGE - À l'occasion de la Journée internationale des droits des filles, l'association En avant tou(te)s publie une enquête portant sur les violences sexistes et sexuelles subies par les moins de 26 ans. Parmi elles, les cyberviolences, ou violences numériques.

Les jeunes femmes déclarent davantage être victime de cyberviolences que leurs aînées.
Les jeunes femmes déclarent davantage être victime de cyberviolences que leurs aînées. Crédit : Unsplash/Jacob Boavista
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

À l'occasion de la Journée internationale des droits des filles qui se déroule dimanche 11 octobre, l'association En avant tou(te)s publie une étude sur les violences dont sont victimes les jeunes de moins de 26 ans. Avec une spécificité : les chiffres soulignent l'importance des cyberviolences que les jeunes femmes subissent et les conséquences qu'elles entraînent sur ces jeunes victimes.

Pour mener cette enquête, l'association s'est basée sur le service de tchat qu'elle a mis en place l'année dernière sur son site Commentonsaime.fr. Via cette messagerie instantanée, elle permet aux victimes de se confier sur les violences qu'elles subissent par écrit et de manière anonyme.

L'enquête porte sur 1.416 conversations effectuées entre le 25 novembre 2019 et le 30 juin 2020, 611 d'entre elles concernant les jeunes de moins de 26 ans.

Des similarités avec leurs aînées

Comme leurs aînées, les jeunes femmes représentent la grande majorité des victimes de violences (97%). Celles-ci sont en majorité perpétrées par des hommes (93%) qui sont des conjoints (33,4%) ou des ex-conjoints (26,8%).

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Chez les moins de 26 ans, ces violences conjugales ont tendance à être "romancisées" conduisant les femmes à ne pas se reconnaître comme victime, décrit En avant tou(te)s. "C'est une période où les rencontres sont tout de suite auréolées de sentiments très vifs, et c'est très difficile de penser que la personne que l'on aime est violente", analyse la psychiatre Gabrielle Arena.

Nayla Chidiac acquiesce. Selon cette psychologue spécialiste du traumatisme, la "romancisation" des violences n'est pas un phénomène nouveau. "C'est la même chose chez leurs aînées", explique-elle à RTL.fr. "Ce qu'on observe de nouveau c'est ce lien aux réseaux sociaux, il y a beaucoup de harcèlement et de violences qui se font à travers ces médias modernes". Ces nouvelles formes de communication ne crée pas la violence mais révèlent son ampleur.

La difficile reconnaissance des cyberviolences

Dans son documentaire Traquées diffusé en février dernier, la YouTubeuse Marine Périn documentait ces violences qui se déroulent en ligne. Cyberharcèlement, surveillance via des logiciels espions, revenge porn... "Chaque technologie apporte un nouveau moyen de contrôle", expliquait-elle alors à RTL.fr. Dans son enquête, l'association En avant tou(te)s met d'ailleurs en avant cette aspect multiforme des cyberviolences subies par 20,6% des jeunes de moins de 26 ans (contre 15,5% de leurs aînés).

"Dans 15,3 % des cas, les personnes qui sont victimes de cyberviolences reçoivent des messages malveillants, écrit-elle. Exiger l'accès au téléphone et pouvoir consulter les données personnelles de la personne représentent 14,1 % des cas. Dans 11,8 % des cas, des vidéos ou des photos à caractère sexuel sont diffusées sur les réseaux sociaux et internet à l’insu de la personne victime."

Ces violences numériques compliquent la prise de conscience des victimes selon Nayla Chidiac. "On n'a pas le face à face : un message, je peux décider de ne pas le regarder, explique-t-elle. C'est plus insidieux". Les jeunes femmes auront tendance à minimiser ces cyberviolences, car celles-ci s'éloignent des représentations "traditionnelles" des violences psychologique, verbale ou physique par exemple - bien que celles-ci soient très présentes aussi dans cette tranche d'âge. "Elles ne s'en méfient pas, explique Gabrielle Arena. Car au fond, cette cyberviolence on n'en a pas trop entendu parler".

Un délit puni par la loi

Pourtant, les cyberviolences sont reconnues et punies par la loi. Comme le rappelle le Centre Hubertine Auclert dont la mission est de sensibiliser à l'égalité femmes-hommes en région Île-de-France rappelle que "plusieurs textes du Code pénal sont mobilisables". Elle souligne néanmoins que "peu de textes permettent de prendre en compte la spécificité des relations de couple".

Par exemple, un SMS d'insultes ou humiliant est considéré comme un délit d'envoi réitéré de messages ou d'appels malveillants et peut être puni d'un an de prison et 15.000 euros d'amende. Cependant, le fait que le conjoint ou l'ex-conjoint soit l'expéditeur n'est pas constitutif d'une circonstance aggravante ou de l'infraction en elle-même.

Depuis 2016, le revenge-porn est aussi considéré comme un délit. La loi dispose que "porter à la connaissance du public ou d'un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même" est passible de deux ans de prison et de 60.000 euros d'amende.

Selon une étude publiée par 20 Minutes en février dernier, 26% des 18-30 ans avaient déjà vu passer du revenge-porn, et 2% disait en avoir été victimes.

Il ne faut pas banaliser ces situations

Gabrielle Arena, psychiatre
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Malgré toutes ces caractéristiques pénales, l'enquête En avant tou(te)s montre que les moins de 26 ans ne sont que 3% à entreprendre des démarches d'accompagnement, contre 10% de leurs aînés. "Il faut en parler, mettre tout cela en avant, montrer que tout ce qui est numérique c’est à la fois génial et positif et une ouverture, mais que ça présente une face B, souvent peu décrite, explique Gabrielle Arena. Il ne faut pas banaliser ces situations compte tenu de l'importance des SMS et des portables dans nos vies."

Car ces actes ont des conséquences durables et profondes. "Les victimes ressentent beaucoup d'humiliation, de la culpabilisation, de la honte et surtout une grande souffrance", souligne Nayla Chidiac. "Sur le plus long terme, il y a des syndromes dépressifs, des troubles alimentaires, et parfois certaines personnes font des tentatives de suicide."

C'est pourquoi, après avoir pris conscience de la cyberviolence, il est nécessaire d'en parler et se faire accompagner. Là est tout le paradoxe : le téléphone ou les réseaux sociaux passent du statut d'arme de la violence à sa parade.

Une "écoute à l'écrit"

Dans son enquête, En avant tou(te)s souligne l'importance de l'écrit comme moyen de communication pour les plus jeunes qui sont plus à l'aise pour discuter par tchat que par téléphone en appelant le 3919 par exemple. Nayla Chidiac l'observe aussi. "L'écrit a ce côté distance", explique-t-elle, qui permet de se confier plus facilement. Un aspect positif lorsqu'il faut en parler et surtout, lorsque le potentiel agresseur se trouve aux alentours.

Pour autant, Gabrielle Arena tient à nuancer ce pouvoir d'internet et des nouveaux moyens de communication. "Rien n’est simple, eux (les agresseurs présumés, NDLR) aussi sont branchés sur les réseaux sociaux, ils peuvent venir voir la victime en disant 'qu’est ce que t’écris ? À qui t’écris ?' Ce n'est pas comme si eux n’avaient pas accès aux réseaux !" 

Face à de telles situations, les moins de 26 ans sont davantage à s'opposer à la violence comme démarche informelle : plus de 33% des personnes interrogées disent manifester leur désaccord, contre 19% des plus de 26 ans. La nature de l'interaction n'est cependant pas précisée. "Si c'est par écrit, grâce à la communication indirecte, il n'y a pas de confrontation finalement", analyse Nayla Chidiac. Deuxième solution : se confier. Plus de 23% des moins de 26 ans disent parler des violences subies à leurs proches, contre 19% de leurs aînés.

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