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Scombrus : pourquoi ce chalutier géant est-il critiqué ?

ÉCLAIRAGE - Le chalutier est critiqué par des associations qui craignent une "industrialisation" de la pêche et des conséquences sur les ressources marines.

Le Scombrus à Concarneau
Le Scombrus à Concarneau Crédit : FRED TANNEAU / AFP
Coline Daclin Journaliste

C'est un navire de 81 mètres, capable de pêcher 120 tonnes de poissons par jour. Le Scombrus, un chalutier géant, est inauguré ce vendredi 25 septembre à Concarneau. Sur le papier, c'est un bijou technologique, doté d'"innovations majeures" : double-propulsion diesel-électrique, processus de congélation amélioré, "nombreuses tâches" automatisées... 

Mais le Scombrus fait aussi polémique. Plusieurs associations ont appelé à une manifestation dans la matinée ce vendredi : elles parlent des "funérailles de la pêche artisanale" ou "des ressources marines". La manifestation a été interdite par arrêté préfectoral, signale l'association Pleine Mer, qui se dit "scandalisé[e] par cette décision autoritaire et non démocratique". Elle promet donc une conférence de presse et un rassemblement sur un lieu privé à la place.

Plusieurs critiques sont faites à l'encontre du chalutier, qui pêchera des espèces comme le hareng, le maquereau ou la sardine, grâce à un grand filet qui ne touche pas le fond marin. D'abord, les associations de défense de la pêche artisanale craignent pour la concurrence que le navire représente et dénoncent "l'industrialisation de la pêche".

Un "accaparement des quotas français" ?

"Ce qu'on leur reproche, c'est d'abord leur accaparement des quotas de pêche français pour les Pays-Bas", explique à RTL.fr Thibault Josse, chargé de mission à Pleine Mer. En effet, la société France Pélagique, à laquelle appartient le Scombrus, est une filiale du groupe néerlandais Cornelis Vrolijk. Il débarquera toute sa marchandise aux Pays-Bas, et l'exportera ensuite. 

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La société s'est ainsi défendue dans Le Télégramme : "Ces navires artisans ne pourraient pas aller aussi loin que nous pour pêcher ces poissons. On ne marche pas sur leurs plates-bandes", assure-t-elle. "Ce sont 750.000 repas par jour dans le monde que nous fournissons grâce à la pêche pélagique que nous fournissons", soutient par ailleurs son directeur, Geoffroy Dhellemmes, auprès de l'AFP.

Mais il n'y a pas que la peur de la concurrence pour la pêche artisanale qui motive les associations à se mobiliser. Thibault Josse dit aussi craindre "l'impact sur les ressources" de poisson. Selon lui, la capacité de pêche du Scombrus est "monstrueuse". Le risque : voir diminuer le nombre de poissons dans la région, et donc les recettes des petits pêcheurs. 

La question de la sélectivité de la pêche

Le chargé de mission de Pleine Mer ne se dit pas opposé sur le principe à la pêche au chalut, "seulement aux navires de 80 mètres". Mais cette technique de pêche fait aussi débat pour des raisons environnementales. En effet, les filets sont souvent trop larges, et insuffisamment sélectifs dans la pêche. Les navires attrapent donc parfois des animaux comme les dauphins. Selon l'Observatoire des animaux marins Pelagis, 90% des dauphins retrouvés échoués sur les plages de la côte Atlantique seraient liés à une "capture accidentelle dans un engin de pêche".

L'association de défense de la mer Sea Shepherd, qui ne se joint pas aux contestations des associations de pêche artisanale mais dénonce tout de même la création du Scombrus, craint ainsi d'"un impact très important sur l'environnement". "C'est en contradiction totale avec une reconversion vers une pêche plus écologique, c'est démesuré", déclare Lamya Essemlali à RTL.fr.

Pour sa part, le constructeur se défend en assurant que la pêche pélagique "est extrêmement réglementée". Au sujet des prises accidentelles, il estime qu'elles représentent moins de 1% du total de poissons péchés. Denis Thomazeau, second capitaine du chalutier, assure par ailleurs à l'AFP que le chalut est doté "d'une trappe de sortie pour les gros poissons", et de "pingers", des dispositifs acoustiques destinés à éloigner les mammifères marins des chaluts.  

Enfin, Pleine Mer et les autres associations reprochent enfin à France Pélagique sa "mauvaise gestion sociale". Dans un communiqué, Pleine Mer assure que "si le Scombrus existe, c’est parce que l’équipage du Label Normandy (ancien chalutier de France Pélagique) a été remercié sous la forme d’un 'licenciement économique'". Thibault Josse évoque ainsi le licenciement "de 14 marins". 

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